Femmes sans-abri: doublement invisibles

Maya est décédée dans les rues de Tournai la semaine passée.
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Maya est décédée dans les rues de Tournai la semaine passée. - © Tous droits réservés

Elle s’appelait Maya et était sans-abri. Maya est morte dans les rues de Tournai la semaine dernière. Elle fréquentait le centre de jour Braséro et L'Albatros, le samu social ambulant de la Croix-Rouge qui distribue des repas.

Il parait qu'il y avait de la place à Auxilis, l’abri de nuit, ce qui sous-entend qu’elle aurait pu s’y rendre. C’est mal connaitre les réalités des femmes sans-abri, leur invisibilisation et les violences spécifiques qu’elles subissent. Il n’existe pas assez de lieux en non-mixité pour elles.

C’est compliqué de trouver un abri pour la nuit. Il y a de plus en plus de personnes à la rue. Beaucoup plus de femmes qu’avant. Dans les abris de nuit, femmes et hommes, on est mélangés. C’est dérangeant. On ne sait pas être à son aise”, témoigne Patricia dans l’étude des Femmes Prévoyantes Socialistes “Sans-abrisme au féminin : enjeux et réalités”, sortie en 2017.

Pour les femmes, être sans-abri, ce sont des violences sexistes qui s’ajoutent aux autres violences de cette situation

Un parcours de violence

L’une des premières causes de sans-abrisme pour les femmes, ce sont les violences, notamment conjugales. “Pour les femmes, être sans-abri, ce sont des violences sexistes qui s’ajoutent aux autres violences de cette situation. Elles ont aussi souvent un parcours de violence derrière elles, des violences durant la petite enfance, des violences sexuelles, psychologiques, économiques, institutionnelles, etc. Sans oublier non plus celles qui restent dans leur foyer malgré la violence qu’elles vivent pour ne pas se retrouver à la rue”, analyse Ariane Dierickx, directrice de l’asbl L’Ilot qui lutte depuis 60 ans contre le sans-abrisme et gère trois maisons d’hébergement et un centre de jour à Bruxelles.


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Nous sommes vraiment dans une logique de lutte, on refuse que la société admette le sans-abrisme, à l’inverse d’une logique de “gestion” du sans-abrisme. On constate que souvent les gouvernements sont dans une gestion d’urgence et pas dans la recherche d’une politique sociale plus durable et juste qui permette d’accéder au logement, ce qui est au cœur de la question du sans-abrisme”, précise-t-elle. Les femmes étant plus précaires, leur accès au logement est plus limité.

Dans les abris de nuit, femmes et hommes, on est mélangés. C’est dérangeant. On ne sait pas être à son aise

Le règne de la débrouille

Je viens du secteur des droits des femmes et quand j’ai commencé à travailler dans le secteur du sans-abrisme, j’ai été marquée par l’absence de connexion entre les deux alors qu’il y a vraiment des liens à faire, poursuit-elle. Cela commence tout doucement à se faire mais je pense que si le secteur du sans-abrisme n’y était pas sensible, c’est parce que pendant longtemps on estimait qu’il s’agissait d’un phénomène masculin. Les dénombrements mettaient en évidence qu’il y avait plus d’hommes sans-abri, mais quand on gratte un peu, on se rend compte que ce n’est pas aussi simple que ça”.

Les femmes sont plus précaires, donc comment cela se fait-il qu’on ne les retrouve pas au tout dernier échelon de la précarité ? En fait, les femmes, parfois accompagnées d’enfants, se cachent, elles font tout pour ne pas rester à la rue, qui est un espace masculin et violent. Il y a des stratégies d’évitement comme aller dormir chez un ami une nuit, puis dans la famille, puis dans une voiture, puis de retour chez un ami, ensuite dans un squat et ainsi de suite. C’est vraiment la débrouille”.


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Des actions spécifiques

Selon Ariane Dierickx, il manque d’une formation obligatoire sur les inégalités de genre pour les travailleurs et travailleuses du secteur : “Pour l’instant, les solutions et les services ne sont pas adaptés. Je n’en démords pas, il faut des actions spécifiques pour les femmes sans-abri”. Au sein de l’Ilot, des formations sont déjà proposées qui lient les questions de droits des femmes, de violences faites aux femmes et les inégalités sociales.


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L’asbl va commencer une recherche-action visant à comprendre le lien entre les violences multiples faites aux femmes et le sans-abrisme. Il s’agit également de récolter des témoignages de femmes concernées et de professionnel.les, ainsi que des chiffres pour objectiver la situation et émettre ensuite des recommandations au secteur dans le but de mieux accueillir les femmes.

Maya est morte, seule, dans la rue ici à Tournai, en Belgique. Maya était sans-abri, elle est décédée d'hypothermie il y...

Publiée par Dom Moreau sur Mardi 1 décembre 2020

Reportage au Braséro à Tournai

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