En Jordanie, des femmes emprisonnées pour avoir désobéi aux hommes

En Jordanie, des femmes emprisonnées pour avoir désobéi aux hommes
En Jordanie, des femmes emprisonnées pour avoir désobéi aux hommes - © Tous droits réservés

Dans un rapport publié le 23 octobre, Amnesty International alerte sur la situation des femmes en Jordanie. L’organisation a découvert sur place un système abusif de tutelle masculine qui sert à contrôler les femmes. Les Grenades ont interrogé Lauren Aarons qui a visité Juweideh pour Amnesty, la principale prison pour femmes en Jordanie. "Ce qui nous a vraiment surpris, c’est la connivence entre l’Etat jordanien, surtout les gouverneurs de province, et les tuteurs qui peuvent bloquer les choix de vie des femmes, par exemple se marier. Elles ont besoin de l’accord de leur tuteur pour cela. L’Etat, la police et les prisons font partie du système qui sert à punir les femmes qui désobéissent. Sur simple accusation de ces hommes, sans procès, elles restent parfois en prison pendant des mois", souligne-t-elle. l

Déclarées " absentes "

Sawsan* témoigne dans le rapport avoir été incarcérée pendant plus d’un an parce que son père s'était plaint auprès des autorités du fait qu’elle s’était enfuie avec un homme. En fait, elle s’était enfuie pour échapper aux abus commis par son père. "J’ai été arrêtée dans la rue à Amman, et la police m’a demandé mes papiers. Je ne les avais pas, alors ils m’ont demandé de venir avec eux au poste de police, mais au poste, ils ont trouvé un mandat d’arrêt parce que j’avais été déclarée "absente". Les deux policiers qui se trouvaient là m’ont frappée […] On m’a conduite auprès du suppléant du procureur […]. Il a dit que j’allais être détenue à la prison de Juweideh jusqu’à ce que mon père paie la caution pour ma libération ", a-t-elle expliqué.

Les femmes interrogées ont été arrêtées pour un ensemble de raisons, notamment pour une " absence " du domicile familial non autorisée par leur tuteur masculin et pour avoir eu des relations sexuelles en dehors du mariage (zina). " L’Etat jordanien reconnaît ces emprisonnements et dit qu’il place ces femmes en prison pour les protéger mais la plupart des femmes avec lesquelles nous avons parlé n’avaient pas besoin de protection ! Elles étaient placées en prison pour avoir désobéi ", remarque la chercheuse. 

Des femmes non mariées sont également forcées de céder leurs bébés considérés comme "illégaux", parfois quelques heures seulement après avoir accouché.

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D’autres pratiques sont dénoncées par l’organisation comme le fait que des femmes sont emmenées par la police pour subir des " tests de virginité ". Des femmes non mariées sont également forcées de céder leurs bébés considérés comme "illégaux", parfois quelques heures seulement après avoir accouché. "Nous qualifions cela de torture. Plusieurs femmes migrantes travailleuses domestiques nous ont dit qu’elles avaient préféré accoucher à la maison pour que leur enfant ne leur soit pas retiré. Elles avaient peur que l’hôpital les dénonce.", précise Lauren Aarons. C’est ce qui est arrivé à Ola* : "Je suis tombée enceinte et j’ai essayé de me marier avec cet homme. Mais le mariage n’a pas été approuvé, à cause de mon tuteur. Mes parents sont morts, et je n’ai que deux sœurs cadettes, pas de frère [...] Je suis allée à l’hôpital pour accoucher. L’hôpital m’a demandé si j’étais mariée et j’ai répondu que non, alors ils ont appelé la police. C’est comme cela que je me suis retrouvée ici.

Ouverture d’un foyer pour femmes en danger

L’Etat jordanien a pourtant adopté plusieurs réformes importantes visant à remédier au problème des violences liées au genre, notamment en ouvrant le foyer Dar Amneh pour femmes en danger. Mi-septembre 2019, ce foyer avait accueilli 75 femmes. " Il est donc incompréhensible que ces femmes se retrouvent en prison. Si elles étaient vraiment en danger et avaient besoin de protection comme le soutiennent les autorités, pourquoi ne sont–elles pas transférée dans ce foyer ? Certaines l’ont été mais pas toutes ", indique Lauren Aarons. 85 femmes ont en effet été placées en détention administrative pour zina depuis le début de l’année 2019. " Les femmes emprisonnées expliquent avoir trois choix, soit elles retournent chez leur père, soit elles se marient, soit elles restent en prison. Une des femmes m’a dit : " Présentez-moi n’importe quel homme, même un dealer, que je l’épouse. Je veux juste sortir d’ici ". Ce qu’on constate, ce sont de réelles atteintes à ce que les femmes puissent vivre seules, en toute indépendance ", conclut Lauren Aarons.

*Les prénoms ont été modifiés

 

"Les Grenades-RTBF" est un projet soutenu par Alter-Egales (Fédération Wallonie Bruxelles) qui propose des contenus d'actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias

 

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