En France, le bébé de Marina a été placé après un accouchement à domicile

Cette histoire, c’est celle de Marina, qui a accouché en France à son domicile le samedi 5 juin. L’accouchement se déroule sans encombre, après 7 heures de travail. Avec son compagnon, elle décide de faire ce qu’on appelle un “placenta lotus”, c’est-à-dire qu’elle ne coupe pas le cordon ombilical qui reste relié au placenta. Le cordon ombilical finit par sécher et par tomber tout seul, il n’est pas coupé d’un coup.                                                   

Cette pratique est controversée, notamment en raison du risque d’infection. Elle n’est donc pas possible pour les mamans qui accouchent à l’hôpital car le placenta et le cordon sont considérés comme des déchets. “Quand on dit que les bébés lotus ont plus de risque de chocs infectieux, je trouve que c’est très mal argumenté, explique aux Grenades Daliborka Milovanovic, une doula française qui accompagne les futures mamans lors de leur grossesse. Couper le cordon est aussi dangereux ! Des bactéries peuvent entrer dans la plaie. Il faut veiller à ce que cela soit hygiénique dans les deux cas. L’intérêt pour les parents qui pratiquent le placenta lotus est que le sang passe du placenta au bébé par le cordon, avec les fameuses cellules souches”.

Couper le cordon

Dès le lundi, Marina se rend à la mairie pour déclarer la naissance de son enfant. C’est là que les choses dégénèrent. L’officier de l’état civil s’inquiète ne pas voir de certificat médical. Marina n’en a pas, puisqu’elle a accouché chez elle. Il contacte alors un procureur. Des policiers, puis des pompiers et un médecin sonnent à la porte de Marina. “Et là, ils ont complètement paniqué en voyant le placenta lotus. Dans la société patriarcale, un cordon, ça se coupe. Nous devons couper le cordon avec nos enfants ! Et souvent, c’est le père qui s’en occupe ou alors le médecin qui représente l’autorité”, précise Daliborka Milovanovic. Le procureur décide de placer l’enfant dans une famille d’accueil.   

Ici, on est vraiment face à un cas extrême mais dans mon travail, je rencontre de nombreuses mères et de nombreuses familles qui sont terrorisées face à l’Etat et aux institutions. Je pense que Marina cumule plusieurs choses, ce n’est pas uniquement le placenta lotus bien sûr. Elle est russe et ne parle pas bien le français, son compagnon est congolais, ils vivent dans une cité. Marina est suivie régulièrement par les services sociaux à cause des violences d'un ex-compagnon envers ses autres enfants et elle. Cela semble permettre que l’on retire un enfant à des parents aimants et non violents”, poursuit Daliborka Milovanovic. En Belgique, le magazine axelle et la RTBF ont enquêté sur les placements abusifs d’enfants. 


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“On est toujours les oubliées”

Selon moi, l’accouchement à domicile médicalement assisté est mal vu, et on constate le nombre de bâtons dans les roues qui compliquent le travail des sages-femmes, explique-t-elle. Le 5 mai 2021 d’ailleurs, des sages-femmes du monde entier manifestaient à l’occasion de la journée internationale qui leur est dédiée. En France plus particulièrement, où les sages-femmes sont descendues dans la rue dans différentes villes du pays à l’appel d’une grève nationale pour demander de la reconnaissance et plus d’effectifs, selon l’agence de presse AFP. “On s’occupe de la santé des femmes et nous sommes des femmes”, précisait à l’AFP Camille Dumortier, présidente de l’Organisation nationale syndicale des sages-femmes (ONSSF). Ce qui explique, selon elle, le manque de reconnaissance de cette profession.

La crise du coronavirus a encore montré un certain oubli, elles n’ont pas été prioritaires pour recevoir des masques notamment. “Les compétences on les a, les actes on les fait, les responsabilités on les a, mais derrière on est toujours les oubliées”, estimait également Eve Rizzotti-Donas, une sage-femme française.


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Selon un rapport de l’ONU publié le même jour, il manque environ un million de sages-femmes dans le monde.La pénurie de sages-femmes entraîne un coût mondial terrible sous la forme de décès évitables”, avertit l’ONU, estimant que quelque 4,3 millions de vies de femmes et de nouveau-nés pourraient être sauvées chaque année si le nombre nécessaire de sages-femmes était disponible.

Recrudescence des problèmes

Marina, elle, a choisi d’accoucher seule. C’est encore plus confidentiel, les femmes en parlent peu. Ce qu’il faut dire, c’est qu’elles n’accouchent jamais vraiment toutes seules, il y a des sages-femmes qui viennent avant, et puis qui viennent après l’accouchement. Des bébés nés lors d’un accouchement non assisté, j’en ai vu des tas et ils vont très bien ! Ce qu’on constate surtout ces dernières années, c’est une recrudescence de problèmes lors de la déclaration de naissance dans les mairies, lorsque l’accouchement ne s’est pas passé à l’hôpital. Il y a notamment de signalements aux services sociaux, des mères désenfantées et cela se passe parfois à l’hôpital quand les mères refusent le déclenchement de leur accouchement ou une césarienne par exemple, on va leur imposer d’être suivies par les services sociaux”, souligne l’experte qui précise que tout cela fait partie des violences obstétricales. Oui, il y a des placements abusifs d’enfants parce qu’une maman a contredit un pédiatre ! Ce sont des violences étatiques et des violences institutionnelles”, s’insurge-t-elle.

Il faut intégrer la question de la maternité et des mères au sein du mouvement féministe. On ne sortira pas du patriarcat sans elles. Parce qu’ils nous tiennent par nos enfants. Nous sommes menacées et nos enfants aussi.

Daliborka Milovanovic a créé le collectif La révolte des mères, c’est comme ça qu’elle est mise en contact avec Marina. Une cagnotte est lancée pour subvenir aux frais juridiques, elle est communiquée sur les réseaux sociaux.On bafoue vos droits et pour vous défendre, il faut de l’argent. Alors le réseau des mères s’est mis en place autour de Marina. Beaucoup de mamans ont été solidaires et ont voulu l’aider, l’information a circulé dans les groupes de doula, de sages-femmes et de mamans sur les réseaux sociaux.” 

Des mamans “particulièrement vulnérables”

Jusqu’à trouver la somme nécessaire pour engager une avocate. C’est ainsi que, le 15 juin, un juge des enfants a cassé la décision du procureur de placer le bébé de Marina, estimant que ce placement n’avait pas lieu d’être. Elle est sortie avec son bébé dans les bras. L’histoire de Marina se termine bien. Elle reste néanmoins suivie par les services sociaux. 


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Les mamans sont particulièrement vulnérables dans cette société. Il faut intégrer la question de la maternité et des mères au sein du mouvement féministe. On ne sortira pas du patriarcat sans elles. Parce qu’ils nous tiennent par nos enfants. Nous sommes menacées et nos enfants aussi. C’est un cas tellement grave qu’on espère qu’il permettra de visibiliser les violences subies par les femmes. Nous savons que cela se passe dans les cabinets médicaux, dans les maternités, partout où il y a une autorité qui s’exerce sur les femmes et les enfants”, analyse Daliborka Milovanovic.

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