Échos de Beyrouth, l’art et la culture en solidarité avec les Libanais·es

Ce weekend, Bozar et la Chaire Mahmoud Darwich présentent un festival consacré à Beyrouth, ses artistes et ses écrivain·es. Un rendez-vous de beauté et de solidarité pensé par la programmatrice Nedjma Hadj Benchelabi. Rencontre avec une curatrice qui a à cœur de visibiliser les femmes sur les scènes culturelles.

Le Pays du Cèdre connaît une crise économique, sociale et politique sans précédent. Au Liban, les artistes comme les autres citoyen·nes vivent des difficultés extrêmes. Outre la classe dirigeante corrompue, l’envolée des prix, les pénuries et la pandémie, l’explosion survenue le 4 août 2020 au port de Beyrouth a laissé de terribles ravages dans une ville où l’entraide est le quotidien des survivant·es.

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Ici, à Bruxelles, du 12 au 14 novembre, c’est également la solidarité qui résonnera à Bozar. À travers une programmation pluridisciplinaire de 72h, les artistes et les écrivain·es de Beyrouth sont mis·es en lumières pour nous faire entendre des échos de leur réalité. Le festival offre par ailleurs une place de choix aux femmes artistes, une décision loin d’être anodine. "Je suis très sensible à la visibilisation des femmes. On ne montre jamais assez les femmes auteures, artistes, poètes et peintres", insiste la programmatrice de la Chaire Mahmoud Darwich, Nedjma Hadj Benchelabi.

Hommage à la grande cinéaste Jocelyne Saab

Le festival s’ouvre vendredi avec la performance de danse Told by my mother (Du temps où ma mère racontait) de Ali Chahrour. Le chorégraphe y met en mouvement des drames familiaux dans le contexte du départ de fils soldats sur le front syrien. "Ce projet est un hommage aux femmes et aux mères ordinaires, fortes et puissantes. J’apprécie beaucoup le travail de ce chorégraphe qui continue de créer à Beyrouth, et ce en dépit de tout."


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Samedi, le public pourra découvrir le film Lettre de Beyrouth, réalisé en 1978 par Jocelyne Saab. Ce documentaire d’une grande poésie est une claque de réalité. La cinéaste nous plonge au plus près de la population de Beyrouth et des soldats qui occupent le Liban alors qu’en 1978, le pays vit un bref moment de paix pendant la guerre civile. Les interrogations que soulève la réalisatrice et les réponses de celles et ceux à qui elle tend le micro entrent en résonance avec le temps présent, et ce plus de 40 ans après.

Outre la pertinence de son propos, cette projection est aussi une mise à l’honneur de cette grande cinéaste libanaise, décédée en 2019 à 70 ans des suites d’un cancer. "Reporter de guerre devenue cinéaste, elle a réalisé des documentaires bouleversants sur Beyrouth au moment de la guerre. Son style cinématographique radical et novateur, son art de l’analyse et sa faculté à questionner son époque ont marqué l’histoire du cinéma", écrit le centre national du cinéma et de l’image animée.

Dialogue entre générations de femmes artistes

Lettre de Beyrouth fait partie de sa fresque sous forme de trilogie avec Beyrouth jamais plus et Beyrouth, ma ville. Dans ses films, Jocelyne Saab a fait résonner les mots de Etel Adnan, l’immense artiste visuelle et poétesse libanaise, âgée aujourd’hui de 95 ans. Il n’y a pas à dire, les deux femmes ont marqué le paysage culturel libanais.

"Le présent s’expliquant souvent par le passé, revenir en arrière peut nous aider à projeter des futurs. C’est pour cela que l’on commence par ce film attachant dont l’étonnante actualité est interpellante", éclaire Nedjma Hadj Benchelabi. Pour elle, il est essentiel de montrer les liens entre les artistes de cette première génération comme Etel Adnan et Jocelyn Saab, et les artistes contemporain·es du monde arabe. "Elles font partie de la construction d’une avant-garde par des femmes artistes puissantes. Il n’y a pas de tabula rasa, il y a un lien entre cette génération qui a ouvert les portes et cette génération de jeunes artistes qu’on célèbre aujourd’hui dans l’art contemporain."

Écouter et partager les idées

Samedi, après la projection, des écrivain·es et penseurs et penseuses libanais·es dialogueront de l'avenir et de la richesse de leur culture avec leurs homologues belges et français·es.

La première conversation modérée par la journaliste Safia Kessas est placée sous l’angle politique avec Elias Khoury, grand écrivain de Beyrouth, et le politologue Ziad Majed. S’en suivra une rencontre littéraire animée par Leila Shahid, présidente d’honneur de la Chaire Mahmoud Darwich qui réunira deux jeunes autrices libanaises : Dima Abdallah et Katia Al Tawil.

"Dima Abdallah a écrit un magnifique livre ‘Mauvaises herbes’ qui parle de la guerre civile et de la poésie qu’il y a entre un père et sa fille, Katia Al Tawil est une jeune écrivaine arabophone. Cette rencontre sera l’occasion de poser la question de la langue avec laquelle on s’adresse aux différents publics et à soi-même."


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La discussion suivante évoquera Beyrouth à travers la cuisine. Autour de la table, l’éditeur et auteur Farouk Mardam ainsi que Ryoko Sekiguchi, qui a chroniqué la capitale libanaise où elle a résidé. Pour clôturer la soirée, deux slameuses feront raisonner les murs des Bozar. Dima Matta, une poétesse de Beyrouth, et Samira Saleh, poétesse vivant en Belgique présenteront une partie de leurs œuvres. Toujours dans cette idée de sororité intergénérationnelle, elles liront également un extrait d’une conversation entre Jocelyne Saab et Etel Adnan.

Enfin, le weekend se terminera dimanche avec la projection du film Sous le ciel d'Alice de Chloé Mazlo. Une œuvre qui confronte la vision idyllique et orientaliste de Beyrouth à la dure réalité.

Les échos solidaires de ce festival résonnent au-delà de la Méditerranée. "Les artistes que j’ai contacté·es sont touché·es. Katia Al Tawil me disait ‘je suis tellement contente que ça se passe à Bruxelles, qu’on pense à nous’. Elle a d’ailleurs écrit une annonce dans le quotidien libanais El Nahar. C’est un événement qui reste modeste, mais la sincérité du propos est là. En tant que curatrice, mes outils sont l’art, les mots, les images, la danse. Les artistes ont besoin de soutien, aucun·e artiste ne peut indéfiniment continuer à travailler dans la misère, ni au Liban ni ailleurs."

Pour en savoir plus sur la programmation

Liban : des scènes de guerre au coeur de Beyrouth

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Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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