Des datas liées au genre qui pourraient sauver des vies

Des datas liés au genre pourraient sauver des vies
Des datas liés au genre pourraient sauver des vies - © Getty Images

Les hommes et les femmes ne sont pas égaux face aux virus : les grandes pandémies, comme Influenza ou Ebola, n’ont pas touché les deux sexes de la même manière.

Pour le coronavirus, la tendance se confirme sur le plan mondial : les hommes auraient un taux de mortalité plus haut que les femmes. Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions mais comprendre comment la science oublie trop souvent les différences entre hommes et femmes -- et pourquoi -- est pourtant essentiel dans le développement d’un vaccin adapté à tous et toutes.


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Les hommes meurent plus

Chez nous aussi, selon les chiffres disponibles actuellement, les femmes infectées auraient plus de chance de survivre à la maladie que les hommes. Difficile d’expliquer à l’heure actuelle cette différence mais les professionnel.le.s du secteur mettent en avant une combinaison de facteurs biologiques (le sexe) et comportementaux (le genre). Pourtant, la publication des données par sexe n’a commencé que le 2 avril en Belgique et de nombreux autres pays, dont la Russie, les Etats-Unis ou l’Angleterre, ne le font toujours pas de manière généralisée.

Avec un taux de mortalité plus faible, les femmes pourraient apporter des données vitales à la recherche

Pourquoi collecter des données par sexe n’est pas la norme

Depuis toujours, le corps humain est considéré comme le corps d’un homme, comme si les seules différences entre le corps des hommes et des femmes n’étaient que leur taille ou leur appareil reproducteur. Les “proportions idéales parfaites du corps humain”, l’Homme de Vitruve, de Léonard de Vinci n’étaient-elles d’ailleurs pas celles d’un homme ? Dans son livre “Femmes Invisibles”, l’écrivaine et féministe Caroline Criado Perez explique que le concept du corps humain “trouve son origine chez les grecs anciens, qui ont d’abord vu la femme comme un “corps d’homme mutilé”.

“La femme était considérée comme un homme retourné de l’intérieur. Les ovaires étaient appelées des testicules féminines. Il a d’ailleurs fallu attendre le 17ème siècle pour qu’elles reçoivent leur appellation propre”, écrit-elle. Même s’il est évident que la médecine ne perçoit plus les femmes comme des hommes corps mutilés, l’enseignement médical a hérité de certaines mauvaises habitudes, comme celle de ne pas collecter automatiquement des données par sexe.


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Pourquoi ces données sont-elles importantes ?

Le sexe impacte la manière dont nos corps expriment les symptômes et comment il réagit à certains médicaments. En 2016 par exemple, l’Université de Leeds a publié une recherche démontrant que 50% des femmes sont plus susceptibles d’être mal diagnostiquée d’une crise cardiaque. La raison ? Les symptômes qu’elles présentent sont différents de ceux des hommes. Dans son livre, Caroline Criado Perez ajoute : “Le système immunitaire serait à l’origine des réponses spécifiques par sexe aux vaccins : les femmes développent des anticorps plus élevés et ont des réactions indésirables plus fréquentes et plus graves aux vaccins. Une étude de 2014 proposait de développer des versions masculines et féminines de vaccins contre l’Influenza”. Alors que des données spécifiques au sexe pourraient contribuer à trouver des solutions adéquates à tou.t.es (et non à la moitié de l’humanité), pourquoi leur collecte n’est-elle pas encore automatique dans tous les pays ?

Encore aucune réponse définitive

L’initiative Global Health 50/50, en collaboration avec la chaîne américaine CNN, se charge à présent de rassembler les données sexuées existantes publiées par les gouvernements. Dans une interview accordée à la BBC, la responsable de cette initiative, la professeure Sarah Hawkes, explique : “Je ne peux pas encore donner de réponse définitive sur pourquoi les hommes sont plus touchés que les femmes. Mais comme chaque maladie, il est fort probable que ce soit le résultat d’une combinaison entre le facteur biologique (le sexe) et le facteur comportemental (le genre)”.

Comprendre comment la science oublie trop souvent les différences entre hommes et femmes est essentiel dans le développement d’un vaccin adapté à tous et toutes

Prendre les femmes en compte dans la recherche pourrait sauver des vies...

Une répartition des données de la crise du coronavirus par sexe - et leur analyse genrée - est indispensable. Sinon, des réponses médicales inadéquates pourraient être formulées. C’est pourtant simple : avec un taux de mortalité plus faible, les femmes pourraient apporter des données vitales à la recherche. Si certains pensaient pouvoir balayer les questions d’égalités sous le prisme de la crise, détrompez-vous : ces questions-là pourraient bien sauver des vies.

 

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Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.