Pour la libération de Rokia Traoré, avec le soutien du chanteur sénégalais Youssou Ndour

Pour la libération de Rokia Traoré
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Nous demandons au juge d’instruction en charge du dossier de Madame Rokia Traoré de lever le mandat d’arrêt international à l’encontre de celle-ci afin qu’elle puisse se défendre devant la justice belge. Nous demandons sa libération immédiate pour qu'elle puisse faire appel de la décision pour "irrégularité de la procédure", en raison de la non-compétence juridictionnelle de Bruxelles.

Le 30 octobre 2019, Madame Rokia Traoré reçoit un mandat d'arrêt à son encontre (indice rouge) pour enlèvement, séquestration et prise d'otage de la part de la justice belge. Elle est arrêtée puis incarcérée en France une première fois le 25 novembre 2019. Elle est arrêtée puis incarcérée de nouveau depuis le 10 mars 2020. La justice belge reproche à Madame Traoré, ressortissante malienne, d'avoir la garde de sa fille depuis 4 ans au Mali. Le père ne s'étant jamais manifesté pour obtenir une quelconque garde, décide subitement de saisir la justice alors que la mère ne s'était jamais opposée à toute visite de sa part.

Cependant, Madame Traoré a déposé une plainte pour attouchements sexuels, suite aux plaintes de sa fille de quatre ans. La justice belge ne tient nullement compte de la décision de justice malienne qui octroie le droit de garde à la mère ni des conditions de vie de l'enfant. En effet, cette dernière vit avec sa mère depuis quatre ans au Mali. Elle veille à lui offrir les meilleures conditions de scolarité et d'éducation, malgré le fait que le père explique dans son dossier ne pas être en mesure de contribuer financièrement à la vie de son enfant.

Madame Traoré ne peut pas, pour des raisons financières et professionnelles, se présenter à toutes les audiences devant la justice belge mais prend le soin de se faire représenter par une avocate. Madame Traoré a une audience prévue en mars 2020 et durant laquelle elle peut faire appel de la dernière décision qui octroie le droit de garde exclusif à son ex-compagnon. Pour ce faire, elle doit s'y rendre personnellement. Le juge d'instruction de Bruxelles accepte de lever le mandat d'arrêt à son encontre pour pouvoir assister à l'audience, à la seule condition de présenter l'enfant à son père.

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Elle risque donc soit la prison pour non-présentation de l'enfant ou de se voir enlever la garde de sa fille le temps que l'enquête prouve la véracité des plaintes de sa fille, procédure qui peut durer au moins un an. Madame Traoré a, depuis plusieurs jours, entamé une grève de la faim.

"Dysfonctionnement de notre justice"

L’histoire de Madame Rokia Traoré démontre les dysfonctionnements de notre justice belge à l’égard des mères monoparentales. Ces dysfonctionnements sont d’autant plus discriminants quand la mère est d’origine hors UE, autrement dit "racisée". En effet, l’histoire de Madame Traoré démontre qu’un père absent, et qui ne contribue pas financièrement aux besoins de l’enfant, garde son droit parental. Il peut à n’importe quel moment saisir la justice et faire condamner celle qui, jusque-là, a assumé toutes les charges émotionnelles, éducatives et financières de l’enfant.

Par ailleurs, c’est une aberration que Madame Traoré subisse ce que l’on appelle "le Mother Shaming" de la part de la justice belge car elle exerce une carrière internationale, et qu’elle semble avoir les bonnes conditions dans son pays d’origine pour concilier sa vie privée et professionnelle.

La justice belge reste extrêmement sexiste

Ce même argument n’est pas utilisé à l’encontre de son ex-compagnon pourtant absent deux semaines par mois pour exercer ses fonctions de directeur à l’étranger et ne semblerait pas être un obstacle pour une garde exclusive au regard de la juridiction belge. Les mères monoparentales sont sans cesse tenues pour responsables du désintérêt et du désinvestissement des pères à l’égard des enfants.

La loi du 18 juillet 2006[1] préconise la garde alternée entre les parents. Cependant dans les faits, c’est une minorité de père qui fait prévaloir ce droit. Ainsi, 80%[2] des familles monoparentales sont gérées principalement ou exclusivement par les mères. 40 % de ces femmes[3] ne perçoivent pas de pensions alimentaires. Pourtant ça ne prive pas les pères de leur autorité parentale, ni d’un droit de visite après avoir été absent pendant une longue durée. L’histoire de Madame Traoré démontre à quel point les mères sont montrées du doigt : leur témoignage est mis en doute, jusqu’à ce que les enfants soient, un jour, en mesure de s’exprimer sur des faits aussi graves que des violences ou agressions sexuelles qu’ils ou elles ont subies.

Protection des victimes

La justice devrait être protectrice des victimes et non du côté des bourreaux. Dans le doute, la justice devrait, avant d’incarcérer la mère, enquêter et prendre les dispositions pour protéger les enfants. D’autant que dans ce cas-ci, la mère se montre volontaire en se faisant représenter par une avocate auprès du tribunal belge. Une incarcération est un trauma non seulement pour la mère mais aussi pour l’enfant.

80% des familles monoparentales sont gérées principalement ou exclusivement par les mères. 40 % de ces femmes ne perçoivent pas de pensions alimentaires

La justice belge reste extrêmement sexiste. Le droit familial cherche à tout prix et en dépit du bon sens à instaurer une fausse égalité entre les deux parents séparés. Or, on sait que la toute grande majorité des familles monoparentales est constituée de mères seules avec les enfants. On sait également que dans de très nombreux cas, les pères ne réclament la garde que pour nuire à la mère ou pour éviter le paiement d’une contribution alimentaire, sans réelle volonté de s’occuper de l’enfant.

Bien entendu, il existe des pères formidables, cela n’empêche pas que le phénomène de société des pères démissionnaires existe.

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La justice ne peut pas entrer dans le jeu d’un père qui l’instrumentalise en vue de se venger de son ex-femme. Or, c’est trop souvent le cas. Et c’est précisément la situation que vit Rokia Traoré. Le droit pénal, les mandats d’arrêt internationaux doivent servir à protéger la société de gens dangereux et nocifs, les pervers qui vont en Afrique pour abuser d’enfants par exemple. Dévier la justice pénale de cette fonction pour priver une mère de sa liberté, la mettre en prison, alors même qu’aucun fait de maltraitance ne lui a jamais été reproché, c’est une dérive dangereuse.

A ces constatations générales sur le sexisme dans la justice, on peut aussi légitimement se poser la question du racisme. La décision judiciaire aurait-elle été la même si le père n’était pas belge et si la mère n’était pas malienne ? Il n’y a sans doute pas de réponse certaine à cette question, mais il faut reconnaître que les préjugés à l’encontre des Africains existent et influencent la justice.

Nous demandons que :

- La justice belge lève le mandat d’arrêt international déposé à l’encontre de Madame Rokia Traoré, afin que cette dernière puisse se présenter devant le tribunal de première instance belge et puisse se défendre ;

- Que ses pièces justificatives puissent être enregistrées et considérées par la justice belge ;

- Que la loi malienne en termes de garde d’enfant puisse être considérée par la justice belge ;

- Que le témoignage de sa fille puisse être appuyée par le diagnostic d’un expert pédopsychiatre spécialisé dans les cas d’inceste ;

- Que des dispositions soient prises pour que le père, s’il souhaite être en contact avec son enfant, puisse voir sa fille sous surveillance dans un espace rencontre parent-enfant ;

- Que si les faits d’attouchements ont été prouvés, le père se voit refuser tout autorité parentale et de visite, et ce dans l'intérêt du bien-être de l’enfant.

 

Une initiative du Collectif Des Mères Veilleuses et soutenue par :

 

- Youssou Ndour, Auteur, chanteur, compositeur

- Fatma Karali, Collectif des Mères Veilleuses
- Miriam Baudoux, "Femmes de droits- Droits des Femmes" asbl
- Fabienne Richard, Le GAMS Belgique asbl
- Jeanne Delobel, Militante féministe
- Gia Abrassart, Café Congo
- Modi Ntambwe - Femme de Paix
- Maïmouna Coulibaly, artiste engagée
- Clarisse Mukanga, Citoyenne engagée
- Nathalie Stano, citoyenne et artiste engagée
- Milady Renoir, artiste solidaire de la lutte des sans papiers
- Anne Vanesse, Présidente de la Maison de la Famille Willy Peers
- Elise Wynen, Coordinatrice de la Maison de la Famille Willy Peers
- Vanessa Diaz, Citoyenne engagée
- Sinaj, Féministe et gesticulante, Paris France
- Collignon Nathalie, Chargée de projet, Université des Femmes
- Valérie Lootvoet, Directrice, Université des Femmes
- Yael Kusch, Citoyenne engagée
- Gillon Alain, Citoyen engagé
- Sylvie Olivier, Peintre-militante-feministe.
- Amélie Saou, Citoyenne engagée
- Iman Bakhi Benamor, Collectif des Mères Veilleuses
- Véronique Dockx, avocate et artiste
- Arlette Rusura, Collectif des Mères Veilleuses
- Megui Sacko, Citoyenne engagée, France
- Sahra Dattousaid, Membre de Fem and Law
- Hafida Bachir, Secrétaire politique à Vie Féminine asbl
- Madane Traoré, Citoyen malien
- Lénaïk Le Héritte
- Fatma Djiré, Citoyenne engagée
- Stephen Greenberg
- Korotoumou Diaby
- Michele Godefroy
- Lucie Goderniau, Université des Femmes
- Murielle Schiltz, Collectif des Mères Veilleuses
- Julien Truddaïu, Citoyen solidaire et allié
- Deborah Kupperberg, Fonctionnaire et militante féministe
- Nordine Saïdi, militant décolonial et membre de Bruxelles Panthères
- Selma Benkhelifa, Avocate à Progress Law
- Céline Beigbeder, comédienne et metteur en scène
- Laura Gaggiottini, Citoyenne
- Laurence Stevelinck, Militante féministe
- Eve Bonfanti, Actrice, artiste, révoltée
- Moctar SIDIBÉ, Ouagadougou-Burkina Faso
- Joseph Traoré, Bamako, Mali
- Lah Boubacar, Mali
- Cheick Abdoul Kader Tiegoum Maiga
- Anaïs Delmas
- Marie Leprêtre alias "Ma Tête est pleine d'endroits", artiste militante
féministe
- Shahin Mohammad, militante féministe intersectionnelle et
conseillère communale Ecolo-Groen Anderlecht
- Veronika Mabardi, autrice, Bruxelles
- Aya Kasasa
- Manoë Jacquet
- Julie Jaroszewski artiste et militante
- David Jamar, sociologue et professeur, UMONS, chef du service
sociologie et anthropologie.
- Marie Bodart, Juriste
- Marie claude Jouclas
- Francine Beril Deberdt
- Christelle Pandanzyla, Entrepreneuse pour la promotion des activités
économique et culturelle de la diaspora afrocaraibienne
- Mariam Keïta, Médecin et citoyenne malienne
- Sidibe Fabou
- Simonetta Benozzo, Torino, Italy
- Ousmane Diarra
- Marie-Paule Kumps
- Joëlle Sambi Nzeba, Autrice, poétesse, Slameuse.
- Erik Lemarié
- Abdramane Diarra, Doctorant - Université Grenoble Alpes
- Marie Claude Jouclas
- Mireille-Tsheusi Robert, Présidente  de Bamko-Cran asbl
- Charlotte Messéant
- Bernard Azen, Enseignant et citoyen engagé dans le monde associatif
- Adama Tandia
- Sélima Chibout
- Garance asbl
- Laloui Hind
- Dadaa Yass Dussi
- Corps écrits
- Sylvie Papeleux, Collectif des Mères Veilleuses
- Noura Amer, Présidente de AWSA-Be asbl
- Mathilde Laroque, Danseuse et chorégraphe à made with heART asbl - Rokia Bamba, Créatrice sonore, animatrice radio et Djette
- Souleymane Sow
- Syra Keita
- Armelle Mabon, Historienne
- Afi Tchoukpa, artiste peintre, France/Bénin
- Cheick Tidiane TRAORE
- Elza Vumi
- Antonia Neyrins, Auteure illustratrice de carnets de voyage et de livres
adulte/jeunesse
- Jade Van Herck, Auteure illustratrice de carnets de voyage et de livres
adulte/jeunesse
- Kinzola Masa - Fonctionnaire public / Liberation mind-ed activist
- Etienne Minoungou, Comédien, conteur, metteur en scène, dramaturge et entrepreneur culturel burkinabè
- Monique Mbeka Phoba, cinéaste et conférencière décoloniale
- Awa Sene Sarr, comédienne et militante
- françois makanga, comédien et guide de musée
- Véronique Clette-Gakuba, sociologue (ULB)
- Cécile Moupiga, Autrice
- Mansuela Nguizani co-fondatrice de l’association Ujima, productrice de
projets culturels et artistiques en lien avec les relations belgo-congolaises
- Dorcy Rugamba, Écrivain et Metteur en scène - Directeur de Rwanda Arts Initiative
- Perrine Crevecoeur
- Kiese Martine, Avocate au barreau de Bruxelles
- Maryse Hendrix,Présidente du CWEHF
- Marco Martiniello, Professeur de Sociologie, ULiège
- Elsa Bailly, ADIF Infor-Femmes
- Gorgui Wade Ndoye, Journaliste à l'ONU Bureau de Genève
- Laurence Vanpaeschen, Collectif des Mères Veilleuses
- Leila Cherradi, Psychologue sociale
- Stefania Perrini, Directrice du relais Enfants-Parents
- Aminata Dramane Traoré, Autrice, Femme politique et militante, Mali
- Boubacar Boris Diop, Ecrivain, journaliste et philosophe, Sénégal
- Patric Jean, Auteur et réalisateur
- Khadija Senhadji, Militante anti-raciste
- Teddy Mazina, journaliste photographe
- Fédération des centres de Planning familial des FPS
- Michel Ocelot, Réalisateur
- Jacquin Mariam Dialoo
- Teddy Mazina, journaliste photographe
- Fédération des centres de Planning familial des FPS

- Michel Ocelot, Realisateur
- Jacquin Mariam Dialoo
- Isabella Lenarduzzi, Jump
- Le "Festival Esperanzah!

 

[1]  Loi du 18 juillet 2006 tendant à privilégier l'hébergement égalitaire de l'enfant dont les parents sont séparés et réglementant l'exécution forcée en matière d'hébergement d'enfant, M.B. 04 sept. 2006, p. 43971.

[2] Chiffres repris de l’Etude de la Fondation Roi Baudouin en 2014 : "Pour une réponse structurelle à la précarisation des familles monoparentales en Belgique", pg 39

[3] Ibidem, pg29

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Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d'actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

 

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