Danses underground: les femmes prennent leur place

Danses underground: les femmes prennent leur place
Danses underground: les femmes prennent leur place - © Tous droits réservés

Samantha Mavinga est l’étoile montante de la danse urbaine en Belgique. Liégeoise d’origine congolaise, c’est dans les maisons de jeunes et à la gare du Luxembourg qu’elle a fait ses premiers "steps" freestyle. Depuis, elle s’est imposée dans le milieu du hip-hop, a dansé avec les plus grandes stars et a décroché de nombreux titres en battle. Le 8 mars, à l’occasion du festival Lezarts Danses Urbaines, elle présentera le premier spectacle de sa compagnie Corpeaurelles.

Nous retrouvons Samantha Mavinga au KVS, l’artiste est en pleine répétition. Calme, look sportif, voix posée, elle revient sur ses débuts : "J’ai eu envie de danser depuis que je suis toute petite. Mon inspiration première c’était Mickael Jackson, je regardais ses clips à la télé et j’écoutais ses k7. Puis, j’ai commencé à danser dans les maisons de jeunes à Liège, avant de rentrer dans des écoles de danse. C’est là que j’ai travaillé mes chorégraphies, ma mémoire, ma psychomotricité, j’ai découvert que j’apprenais très vite les mouvements. Je me suis lancée dans le freestyle, et j’ai commencé à faire des compétitions. Petit à petit, j’ai réussi à faire ma place en tant que B-Girl dans le milieu en Belgique."

Un milieu de mecs

La scène belge des danses underground compte de plus en plus de femmes, de quoi se réjouir. "Moi j’ai 26 ans, je fais partie de la nouvelle génération, dans le break, il n’y avait que des gars avant. Je ne l’ai pas beaucoup senti mais c’est vrai qu’il y avait des stéréotypes du genre les filles ça ne peut pas faire ci ou ça ne peut pas faire ça. Certains nous sous-estimaient un peu mais moi je suis forte. Je sais tenir tête à un gars et je fais des acrobaties comme un gars. Dans la danse, j’arrive à mélanger mon côté masculin et mon côté féminin, c’est un point fort ", continue la danseuse. Samantha Mavinga a été beaucoup plus loin que juste "faire sa place", elle est devenue l’une des meilleures et a remporté plusieurs battles internationales telles que le Hip hop international, le World of dance, le Red bull dance your style et le juste debout.

Je sais tenir tête à un gars et je fais des acrobaties comme un gars. Dans la danse, j’arrive à mélanger mon côté masculin et mon côté féminin, c’est un point fort

"Il y a 20 ans les hommes étaient beaucoup plus présents, la danse hip hop c’était une culture assez masculine notamment à cause des conditions ; on apprend dans la rue, dans le froid. Mais depuis une dizaine d’année, on voit émerger de plus en plus des femmes, ça fait naitre de nouveaux styles de danse debout comme la house ou le waacking", explique Flora Chassang, chargée de projets en danse urbaine pour Lezarts Urbains. Le hip hop est un art qui peut être compliqué pour le corps de la femme. "Il faut bosser deux fois plus. Mais surtout, il faut avoir un mental solide. Le monde des battles est assez hostile, on ne s’y fait pas de cadeaux. Samantha a gagné le plus gros battle de house, et elle a gagné face à des hommes, c’est beau de voir ces femmes qui ne sont plus dans la comparaison avec les hommes mais qui se surpassent. Dans le hip hop on peut toujours aller plus loin", continue-t-elle.

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Paroles de femmes et de migration

Dans le cadre du festival organisé par Lezarts Urbains, dimanche 8 mars, Samantha Mavinga présentera Au Fil du Temps le premier spectacle de sa compagnie Corpeaurelles. Sur scène, quatre danseuses interrogent la mise à l’écart des femmes issues de l’immigration. Leur création revient sur le destin croisé de quatre lavandières qui dévoilent lentement leurs beautés, leurs forces, leurs fêlures et leurs talents cachés. "On est rencontrées au tremplin Hip hop, une formation professionnelle aux danses urbaines de trois ans. On est toutes les quatre d’origines et de cultures différentes. Moi je suis belge d’origine congolaise, Sarah Bidaw est française d’origine marocaine, Hendrick Ntela est belge d’origine angolaise/congolaise et Raquel Suarez Duenas est belge d’origine espagnole. On a créé le spectacle ensemble mais moi j’étais là pour trancher. On fait du freestyle structuré, le spectacle n’est jamais le même. Les chorégraphies sont inspirées de notre histoire, malgré nos cultures différentes on est toutes liées, chacune s’imprègne de la culture des autres. C’est important pour moi de parler de ma culture, c’est important d’être fière de qui je suis, j’ai des influences différentes et je mélange ça avec ma danse. Cette réflexion sur le partage des cultures, ça peut toucher des personnes qui ont subi des propos racistes ou des problèmes d’estime de soi."

Discrète, Samantha préfère les mouvements aux mots et elle utilise son corps pour s’exprimer. "Ça me fait trop du bien de danser. Avant j’étais hyper timide, grâce à la danse, j’ai fait beaucoup de rencontres, j’ai appris à me connaitre moi-même. Avant je n’avais pas confiance en moi, j’étais trop dure avec moi-même. Si je devais parler à la Samantha que j’étais enfant je lui dirais "Tu as trop évolué, tu dois être fière de toi et tu ne le dois qu’à toi-même"."

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Se faire rencontrer les mondes

Le festival Lezarts Urbains accompagne, diffuse et produit les artistes des disciplines urbaines. "Aujourd’hui, les cultures urbaines sont à la mode, nous, on travaille depuis des années à la professionnalisation des danseurs et on lutte contre l’utilisation du Hip Hop comme argument "diversité" de certains lieux. Pour nous, programmer ces artistes dans un théâtre c’est une façon de leur laisser dire "j’existe", c’est donner une place à un.e artiste à qui on n’a jamais dit qu’elle ou il était légitime. On mixe différents mondes, différents publics."

Si les cultures urbaines ont franchi les portes des plus grandes institutions culturelles, le hip hop reste un art de la rue.  "Nous, on a appris gare du Luxembourg, c’est le QG des danseurs à Bruxelles. Balou, c’est notre maitre Yoda à tous, il prend les jeunes danseurs et ils nous forment", confie Samantha Mavinga. Les danses underground sont un art de la transmission, les danseuses et danseurs sont autodidactes, même si aujourd’hui il y a des écoles, la création d’un langage avec son corps se fait de soi à soi en s’inspirant des rôles modèles de la communauté, d’où l’importance de voir émerger des figures féminines fortes. "Il y a eu des pionnières, comme Yipoon en Belgique et Marion Motin en France, qui a monté le premier crew exclusivement féminin. Elles ont inspiré la génération de Samantha qui elle-même inspire la future génération. "

Il y a eu des pionnières, comme Yipoon en Belgique et Marion Motin en France, qui a monté le premier crew exclusivement féminin. Elles ont inspiré la génération de Samantha qui elle-même inspire la future génération

Toujours dans cette optique de partage, Samantha Mavinga et Hendrick Ntela ont formé le collectif 100% féminin One Nation Crew. Elles apprennent aux danseuses à aller toujours plus loin, à ne pas se contenter de copier mais à repousser les limites de la créativité.

En marge des shows de danse et des battles sont aussi organisées des conférences dont une rencontre intitulée "She persisted" : danseuses et chorégraphes en danses urbaines, présence et apport dans le mouvement. Un moment d’échanges, de témoignages et "d’empowerment" autour du parcours inspirant de danseuses urbaines. Mais surtout l’occasion de se poser la question de la place des femmes dans le milieu.

RDV les 7 et 8 mars au KVS, nos coups de cœurs women power :

SAMEDI 7 MARS

Conférence : " She persisted " : danseuses et chorégraphes en danses urbaines, présence et apports dans le mouvement.

Fusion [krump & slam] : Joëlle livrera un texte poétique et engagé sur les violences sociales et policières. Elle sera accompagnée par la puissance du Krump de Hendrickx, dont chaque mouvement vient traduire les vers. Deux femmes, deux présences incendiaires.

Byas [ ragga, dancehall & danses traditionnelles africaines] : Trois femmes afro-descendantes dans un show qui met à l'honneur leurs racines à travers les danses de leurs cultures

DIMANCHE 8 MARS

Conference:  " Can she kick it? " Présence et apport des rappeuses (femcees) dans la culture rap.

One Nation Crew [danse hip hop] : Collectif de danseuses urbaines exclusivement féminin, leur crew d’ados pleine d’énergie présenteront en exclusivité leur nouveau show.

Au Fil du Temps, Création pour 4 danseuses, cie Corpeaurelles : Un spectacle qui parle de la mise à l’écart des femmes issues de l’immigration, mais avant tout l’histoire de quatre vies.

Dress, création pour 5 danseuses : Quasiment tous les styles se rencontrent. Du Hip-hop au contemporain, de l’afro au krump. Nonchalance et élégance se mêlent à une vitalité musclée.

Si vous souhaitez contacter l’équipe des Grenades, vous pouvez envoyer un mail à lesgrenades@rtbf.be

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