Coronavirus: les aides-ménagères s'interrogent

Coronavirus: les aides-ménagères s'interrogent
Coronavirus: les aides-ménagères s'interrogent - © Tous droits réservés

La pandémie de coronavirus continue de se répandre apportant son lot d’interrogations alors que de nombreuses personnes se sont rendues au travail après le week-end ce lundi 16 mars. Si les écoles, les bars et les restaurants sont fermés, le reste du pays continue de fonctionner normalement.

Parmi les personnes qui continuent à travailler et à se déplacer se trouvent les aides-ménagères, une partie de la population précarisée et essentiellement féminine. À Bruxelles, les travailleuses titres-services sont majoritairement des femmes (96%) d’origine immigrée (98%), vivant dans une commune pauvre, selon les chiffres de l’Observatoire belge des inégalités qui précise encore : “Alors qu’il s’agit d’un métier physiquement pénible, elles sont en moyenne plus âgées que le reste des travailleuses bruxelloises : un quart d’entre elles ont plus de 50 ans. Elles ont généralement des enfants, avec une proportion importante (16%) de mères seules”.

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“J’ai peur de contaminer des gens chez eux”

J’ai travaillé ce matin, je n’ai reçu que des consignes de base de la part de mon agence, c’est-à-dire garder des distances de sécurité et me désinfecter souvent les mains. Ce sont les consignes que l’on peut lire partout et rien de plus. Pour moi, ce n’est clairement pas suffisant, on devrait par exemple bénéficier de matériel adapté, si on veut pouvoir continuer dans ces circonstances. Il n’est pas normal de continuer à travailler sans être protégées, de travailler tout court en fait ! Une aide-ménagère est un luxe, ce n’est pas un service de première nécessité”, explique l’une d’entre elles souhaitant rester anonyme.

J’ai peur de, sans le savoir, contaminer des gens chez eux. Je ne veux pas transmettre le virus à des clients. J’ai plusieurs personnes âgées et des familles avec des enfants malades parmi ceux-ci. Certaines personnes annulent les prestations pour se protéger mais nous, nous ne sommes pas protégées. Nous ne sommes jamais très protégées dans ce métier, nous passons en dernier”, déplore-t-elle. 

Il n’est pas normal de continuer à travailler sans être protégées, de travailler tout court en fait !

“Nous sommes dépassés”

De nombreuses agences de titres-services maintiennent leurs activités. C’est le cas d’Aaxe Titres-Services qui gère 5 bureaux à Bruxelles. “Tout le week-end, nous avons répondu aux questions des travailleuses qui se demandaient si elles allaient être payées et ce qu’elles pouvaient faire avec leurs enfants. Nous sommes débordés et objectivement dépassés par cette crise sans précédent. Nous agissons avec le plus de bon sens possible”, explique André de Sauvage, le directeur de cette entreprise.

Nous sommes submergés depuis ce matin d’appels, de sms et de mails de clients à cause du coronavirus. Nous répondons que les autorités permettent que les aide-ménagères travaillent à la condition qu’elles ne soient pas malades et que les clients ne soient pas malades, qu’elles portent des gants, qu’elles se lavent les mains, etc. Nous avons également reçu une quantité impressionnante de certificats médicaux qui font partie des mesures de précautions prises par le corps médical. Si une travailleuse se présente comme malade, elle reçoit 7 jours de quarantaine”, précise-t-il.

Solidarité

Du côté des clients, certaines voix se font entendre comme celle de Thérèse qui a publié un post sur les réseaux sociaux dans lequel elle explique que même si elle va demander à son aide-ménagère de ne pas venir nettoyer chez elle, elle continuera à la payer. “C’est important de continue à la payer sans lui faire courir de risques. Tous mes amis font la même chose en ce moment. Si les patrons des agences de titres-services ne l’acceptent pas, je la paierais directement sur son compte. Il faut être solidaires, j’espère que d’autres clients feront pareil”, indique-t-elle.

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Les gestes de solidarité des clients vont effectivement être importants, ce sont des travailleuses qui ont des revenus très bas, elles vont être frappées de plein fouet. Nous n’avons par ailleurs pas la trésorerie pour tout cela, notre système est spécifique : nous préfinançons les salaires des travailleuses et nous nous remboursons ensuite avec les titres-services, pour les salaires futurs, l’ONSS, etc. Si nous devons les rémunérer sans recevoir assez de titres-services pour compenser, nous n’allons pas durer longtemps, 15 jours ou trois semaines maximum. Certains clients, c’est vrai, disent qu’ils vont payer même s’ils annulent, d’autres ne répondent pas mais je les comprends aussi : certains clients ne savent pas non plus s’ils seront encore payés dans 2 mois. Il y a des vraies craintes, est-ce que l’économie toute entière va s’arrêter ?”, analyse le directeur André de Sauvage.

Nous sommes submergés depuis ce matin d’appels, de sms et de mails de clients à cause du coronavirus

L’employeur ne peut pas obliger à prendre des congés

Il y a eu un assouplissement du chômage économique puisque le délai d’attente est supprimé mais j’attends que les autorités fassent preuve de mansuétude”, fait remarquer André de Sauvage. Certaines travailleuses titres-services peuvent bénéficier de ce chômage économique les jours qui ne sont pas prestés. Ce n’est cependant pas le même montant que leur salaire habituel, c’est un montant moindre. " Quelques femmes vont donc travailler coûte que coûte, en laissant leurs enfants seul.e.s à la maison quand elles n’ont pas de solution de garderie ", rapporte Rose Monata, une travailleuse titres-services.

D’autres agences de titres-services annoncent la fermeture des services ou demandent aux travailleuses de prendre congé ou d’utiliser leurs heures supplémentaires pour ne pas venir travailler. “Aujourd’hui, toutes les aides-ménagères n’ont pas le droit aux allocations de chômage économique. Le chômage force majeure nécessite une reconnaissance par l’Onem qui n’est pas encore accordée au secteur des titres-services à ce jour. L’employeur ne peut pas non plus obliger à prendre des congés, des heures de récupération et laisser sans revenus”, explique la FGTB.

Les femmes sans-papiers qui travaillent dans ce secteur seront quant à elles particulièrement vulnérables. Pour elles, la règle est celle du “pas de travail, pas de salaire”.

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Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d'actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.