Coronavirus: le risque de violences conjugales augmente à cause du confinement

Coronavirus: le risque de violences conjugales augmente à cause du confinement
Coronavirus: le risque de violences conjugales augmente à cause du confinement - © PHILIPPE HUGUEN - AFP

Le numéro gratuit pour les victimes de violences conjugales est le 0800 30 030.

C’est l’un des risques du confinement : les violences conjugales pourraient augmenter car l’espace privé n’est pas toujours un lieu sécurisé pour les femmes. Cela a déjà été le cas en Chine et en Italie. La France s’y prépare : l’association féministe française Nous Toutes a lancé un message bien partagé sur les réseaux sociaux qui rappelle le numéro d’écoute et la secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, a alerté sur les risques accrus de violences conjugales. 

En Belgique, plusieurs associations féministes ont également lancé un message d’alerte à ce sujet, comme l’association Femmes de Droit. L’asbl Vie Féminine a adapté ses activités : elle a renforcé ses permanences juridiques et sociales et a reçu l’autorisation de la Région Wallonne de les effectuer par téléphone, ce qui n’est pas le cas en temps normal où il leur est demandé de les organiser physiquement.

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Un enfer pour les femmes battues

Je rappelle le numéro belge pour les violences conjugales (0800 30 030) et j'appelle les victimes, mais aussi les témoins éventuels, à ne pas hésiter à contacter ce numéro. Le risque de violences conjugales augmente en période de confinement qui peut se transformer en véritable enfer pour les femmes battues. Ne les oublions pas”, a quant à elle réagi la ministre des Droits des Femmes de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Bénédicte Linard, interrogée par Les Grenades.

Un enfer que redoute Josiane Coruzzi, directrice de l'asbl Solidarité femmes et refuge pour femmes battues. “Avec le confinement, le conjoint dominant va pouvoir être plus présent dans la vie des femmes, donc le harcèlement et la surveillance le seront aussi. Bien souvent, le travail du conjoint et les moments où il part à l’extérieur sont des périodes où les femmes violentées peuvent souffler. Ce sont des moments de petites libertés”, souligne-t-elle.

La société continue à juger les femmes violentées et à les croire à moitié. Cela ne va pas changer avec le coronavirus

“Comment est-ce qu’elles vont pouvoir appeler à l’aide ?”

Il faut bien entendu continuer de rappeler le numéro d’écoute sur les violences conjugales mais je me demande comment est-ce qu’elles vont pouvoir appeler à l’aide ? Les femmes victimes de violences conjugales ont peur de leur agresseur, elles ne vont donc pas pouvoir appeler ce numéro en sa présence. Elles nous appellent souvent quand elles sont seules, en cachette. Cela va être plus compliqué avec le confinement. Je pense qu’elles vont plutôt mettre en place des stratégies d’apaisement pour éviter d’être agressées mais il faut qu’elles comprennent que ce n’est pas elles qui sont responsables de ces agissements. C’est l’agresseur qui décide d’agresser”, continue-t-elle.

Le conjoint dominant va pouvoir être plus présent dans la vie des femmes, donc le harcèlement et la surveillance le seront aussi

Je ne m’attends donc pas à une hausse des appels sur la ligne d’écoute, je pense que ces appels vont diminuer. Il faut donc plus que jamais insister pour que les voisins soient attentifs à ce qui se passe autour d’eux. Nous ne recevons pas plus d’appels pour l’instant. Hier néanmoins, une femme qui nous connait bien a appelé le numéro pour expliquer que son mari télétravaillait et qu’il était très stressé par les microbes, qu’il avait organisé une dispute sur un sujet quelconque pour pouvoir la frapper violemment dans les côtes. Il faut savoir aussi que les enfants sont utilisés par les maris violents, le fait qu’ils restent à la maison est un risque de plus, pour eux et pour les mères”, indique Josiane Coruzzi.

Partir pour aller où ?

Par ailleurs, on demande aux femmes de partir, mais pour aller où ? Les maisons d’accueil ne vont plus pouvoir accueillir de nouvelles personnes, nous sommes déjà en grand nombre dans un espace réduit, ce qui est déconseillé en ce moment. En accord avec notre médecin traitant, j’ai réquisitionné une chambre à trois lits au cas où la maladie se déclarerait parmi les résidentes et qu’il faudrait mettre des femmes en quarantaine. Nous fonctionnons avec du personnel réduit à cause de la pandémie et nous sommes donc au complet ! Nous ne pourrons pas les accueillir. Je me demande s’il ne faudrait pas insister auprès de la police et de la justice pour que la loi sur l’éloignement des auteurs de violences soit mieux utilisée. Elle stipule que c’est à l’auteur de partir, pas à la victime. Mais où iront ces hommes violents ? Et si on se dirige vers un scénario comme en Italie ou en France, la police sera déjà bien occupée ailleurs”, s’insurge-t-elle. 

La société continue à juger les femmes violentées et à les croire à moitié. Cela ne va pas changer avec le coronavirus. Bien avant cette pandémie, nous savions qu’il fallait des formations pour la police et les magistrats. Ces formations sont toujours nécessaires”, termine-t-elle.

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Disputes et violences psychologiques

En Chine, le nombre de divorce a également augmenté suite au confinement. Sur Twitter, des femmes racontent être aux manettes du confinement, en faisant les courses, en s’occupant des enfants, sans recevoir d’aide ou d’implication de leur conjoint. Elles relatent des situations frustrantes, notamment les femmes en colocation où la promiscuité pèse.

Sarah est arrivée en Belgique il y a bientôt un an, elle n’a pas trouvé de travail. Elle raconte son confinement : “Les colocs sont envahissants et comme je n’ai pas une personnalité dominante, je reste dans ma chambre. Heureusement, il y a du soleil. Avec mon copain, nous avons des problèmes de communication. Je me rends compte que si j’ai des problèmes, toutes les personnes auxquelles je pourrais en parler sont liées à lui. J’ai perdu beaucoup d’autonomie psychologique en venant ici. Mon copain continue à sortir avec ses amis, malgré le confinement. J’ai appris hier que ma mère allait s’occuper des patients alors qu’elle est à risque. Je suis assez déçue. En pleine épidémie, il n’est même pas capable d’éviter de voir ses amis militants. Il faut commencer par chez soi avant de vouloir sauver le monde”.

“Je suis dans la salle de bain pour pouvoir vous répondre”

Depuis trois jours, on a eu trois crises à la coloc et les cris et les larmes viennent de ceux et celles qui sont le plus défavorisé.e.s socio-économiquement parlant”, soutient Coralie. “Il y a nos cris et nos pleurs et comment les autres y ont répondu. Je suis une femme au CPAS, je n’ai pas l’impression d’être prise au sérieux par les membres de la coloc. Je suis dans la salle de bain pour pouvoir vous répondre. Les raisons des disputes sont liées à la distanciation sociale qui n’est pas respectée. Ce sont des gens qui pensent être rebelles, contre l’Etat et les médias, et donc j’ai dû négocier pour qu’on ne fasse pas la fête ici. Hier, j’ai entendu de la part d’un de mes colocs qui si un de nous l’avait, on l’aurait tous, que cela ne servait à rien de prendre ses précautions. Nous sommes 12. Ils ne se rendent pas compte qu’on a des âges différents et des immunités différentes. On reçoit aussi beaucoup de mainsplanning de la part de ces hommes, c’est très fatiguant, nous sommes interrompues quand on essaie de parler de ce sujet. On nous dit que nous ne sommes pas rationnelles face à l’épidémie aussi, évidemment”, rapporte-t-elle.

Que faire ?

Face à ces situations violentes, Hafida Bachir, secrétaire politique de l’asbl Vie Féminine propose plusieurs solutions : “Il faut sortir ces situations du confinement des maisons, les mettre sur la place publique, contrer les discours qui minimisent et banalisent ces violences sous prétexte que la situation est trop grave pour créer des “différences” entre les genres. Tout ça en vient à culpabiliser les femmes qui osent dénoncer ce qu’elles vivent. Il faut réclamer des mesures de protections spécifiques qui vont au-delà des mesures sociales réclamées par les différents secteurs d’activités. N’oublions pas que les femmes victimes de violences traversent toutes les catégories professionnelles et sociales. Créons des réseaux de solidarités et de soutiens des femmes, qui s’appuient à la fois sur la mobilisation des femmes entre elles mais aussi en permettant à celles qui en ont besoin de disposer rapidement d’aide et de conseils. Il s’agit aussi de réinventer de nouvelles formes de solidarité en faisant appel à notre créativité !”

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Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d'actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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