Contraception: où sont les hommes ?      

Contraception : où sont les hommes ?      
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Contraception : où sont les hommes ?       - © Tous droits réservés

Cet article est le résumé d'un mémoire, ce travail de recherche universitaire est publié en partenariat avec le master Genre.

Aujourd’hui en Belgique et dans une grande partie du monde, les femmes sont majoritairement en charge de la contraception, que ce soit techniquement, financièrement ou mentalement. Les hommes ne partagent pas, ou très peu, cette responsabilité. La question est même rarement abordée au sein des couples, tant elle semble naturellement incombée aux femmes.

Pourtant, si les hommes utilisaient leur propre contraception, en alternance ou en complément, les bénéfices d’un partage équitable seraient socialement importants.

On rencontre régulièrement l’argument de l’homme irresponsable quand on évoque la contraception testiculaire

D’un point de vue de santé publique, les avantages sont au moins triples : ce partage pourrait diminuer les risques liés aux effets secondaires potentiels de la contraception médicale que de nombreuses femmes sont actuellement seules à supporter et souvent lourdement ; il pourrait réduire le nombre de grossesses non désirées et d’avortements ; et, enfin, les hommes pourraient contrôler plus efficacement leur propre fertilité et choisir plus concrètement quand et s’ils veulent devenir père. 


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Des freins sociétaux

Si ces avantages sont conséquents et si une volonté des couples se dessine également, pourquoi les hommes ne s’impliquent-ils pas ? Trois freins ont été identifiés.

Tout d’abord, des freins techniques car il existe actuellement très peu de moyens de contraception testiculaire… faute de recherche et de budget. Ensuite, les freins liés aux conseils des professionnel∙les de la santé puisque ceux-ci varient très nettement en fonction des contextes nationaux. Par exemple, la vasectomie est bien plus répandue dans les pays anglo-saxons.


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Enfin, le troisième obstacle, qui influence nettement les deux précédents, est fondamental : il s’agit des freins culturels. Pour de nombreux·ses chercheur·es, le déséquilibre contraceptif trouve en effet son origine dans les représentations des rapports sociaux de genre, c’est-à-dire les rôles spécifiques attribués aux femmes et aux hommes dans notre société, des constructions sociales qui dessinent la masculinité et la féminité, variables dans le temps et l’espace.

La division sexuelle du travail en est un enjeu essentiel. Les tâches sont séparées selon le genre et hiérarchisées, celles dites masculines étant davantage valorisées. La contraception médicale est ainsi socialement liée à la sphère reproductive elle-même attachée aux femmes.

En matière de contraception aussi, il faut se différencier à tout prix des femmes afin d’affirmer une identité sociale masculine

Ces principes de séparation et de hiérarchie étant bien ancrés, il est plus facile de comprendre pourquoi il s’agit pour les hommes, en matière de contraception aussi, de se différencier à tout prix des femmes afin d’affirmer une identité sociale masculine.


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Les hommes irresponsables ?

La socialisation genrée est un outil puissant pour construire ces identités. C’est ainsi que l’on rencontre régulièrement l’argument de l’homme irresponsable quand on évoque la contraception testiculaire : l’homme ne pouvant pas être enceint, la femme ne pourrait pas lui faire confiance. Ce comportement irresponsable résulte également des rôles attribués aux femmes et aux hommes. Si cette construction sociale peut parfois être profondément intégrée, ce n’est toutefois pas une caractéristique biologique.

C’est une vision naturalisante qui infantilise et dédouane les hommes de leurs responsabilités et pèse au final sur les femmes. Ces constructions sociales doivent donc évoluer vers d’autres modèles d’hommes soucieux de leur fertilité.

Par ailleurs, la contraception testiculaire représenterait également une menace pour la virilité en affectant son symbole suprême, le phallus. Perte d’érection, de libido, peur de devenir un sous-homme… les craintes imaginaires sont encore bien ancrées et liées à une certaine vision de la masculinité.


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Actions !

Si la grande majorité des hommes ne s’implique pas en matière de contraception, il existe pourtant diverses actions possibles et facilement réalisables : se renseigner sur l’offre contraceptive et s’impliquer dans la décision, participer équitablement aux frais, se rendre à la pharmacie, partager la charge mentale du rappel de la prise de pilule, questionner la pénétration comme condition obligatoire d’un rapport sexuel…

Ces constructions sociales doivent donc évoluer vers d’autres modèles d’hommes soucieux de leur fertilité

Certains hommes vont plus loin : ils utilisent une contraception, militent, participent même au développement et à la fabrication comme c’est le cas, en France, de l’association ARDECOM et du collectif breton Thomas Bouloù.


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Une bonne idée ?

Mais attention aux effets pervers. Une majorité de femmes semble favorable au partage de la contraception mais certaines restent réticentes. Il faut rappeler que la contraception médicale, et en particulier la pilule, est considérée comme une victoire fondamentale pour les femmes, et à juste titre. Certaines craignent donc que cette liberté leur échappe avec la contraception testiculaire.

Certains hommes, forts des rapports de pouvoir en leur faveur, pourraient en effet instrumentaliser l’égalité contraceptive pour contrôler la contraception des femmes, leur imposer une grossesse et limiter leur droit à disposer de leur corps.

Là encore, il apparaît primordial de déconstruire les rapports sociaux de genre qui subordonnent les femmes aux hommes, ces mêmes rapports qui assignent solidement les femmes à la responsabilité contraceptive et plombent l’utilisation et le développement de la contraception testiculaire.

Transformer nos scénarios

Ces rôles de genre ne sont toutefois pas immuables puisqu’ils sont construits. Les domaines d’action sont nombreux via, entre autres, la formation des professionnel∙les, la gratuité de la contraception, et bien sûr, l’éducation des plus jeunes, l’EVRAS qui est essentielle pour déconstruire les stéréotypes de genre et faire émerger de nouveaux modèles. C’est une transformation radicale de nos scénarios culturels dont nous avons besoin.


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Laurence Stevelinck a travaillé dans le journalisme et la communication. Militante féministe et titulaire d’un master de spécialisation en études de genre, elle travaille actuellement sur la thématique des violences conjugales et sexuelles dans le secteur des centres de planning familial.

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Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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