Contraception : ils s'y mettent

Contraception : ils s'y mettent
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La contraception masculine fait de plus en plus parler d'elle, principalement à travers la vasectomie, une méthode de stérilisation pour hommes. Cette opération mineure, mais bien souvent irréversible, permet à ceux qui ne veulent pas ou plus avoir d'enfants de libérer les femmes de la contraception... On vous explique tout.

Avant la diffusion de la pilule, le retrait était la technique préventive la plus utilisée pour éviter les grossesses. La méthode s'enseignait d’ailleurs de père en fils comme le rappelle Cécile Ventola dans un épisode consacré aux contraceptions masculines du podcast " Les couilles sur la table ". L'arrivée de la pilule contraceptive a en une génération renverser la balance comme l'expliquent les chercheuses, Cécile Thomé et Mylène Rouzaud-Cornabas, dans leur article : Comment ne pas faire d’enfants ? La contraception, un travail féminin invisibilisé

 


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À partir des années 1960, les méthodes médicales de contraception (en particulier la pilule anticonceptionnelle), gérées par les femmes, remplacent en effet progressivement le coït interrompu ainsi que les méthodes reposant sur la détermination de l’ovulation et l’abstinence. (...) Du fait notamment de la facilité d’accès et de synthétisation des oestrogènes mais aussi de leur rentabilité dans ce qui deviendra des produits pharmaceutiques, la recherche et le développement dans ce domaine se tournent essentiellement vers la compréhension du système hormonal féminin au détriment de la compréhension des fonctions reproductives masculines et, par conséquent, de la recherche sur des contraceptifs destinés aux hommes. 


La visite chez le gynéco est un véritable rite de passage pour les adolescentes alors que la visite chez l'andrologue est plutôt rare chez les jeunes garçons. Pilule dans un premier temps, stérilet par la suite, le chemin semble tout tracé pour la majorité d'entre nous. Contrôles, frais médicaux et pression psychologique, la contraception est majoritairement à charge des femmes. Un travail du quotidien largement invisibilisé. Et si le féminisme au masculin commençait par le partage de la responsabilité de la contraception ?

Une petite opération mais une grande décision


La vasectomie consiste à couper et bloquer les canaux déférents qui transportent les spermatozoïdes à partir des testicules, ce qui empêche les spermatozoïdes de rejoindre le sperme. Après une première consultation, le patient reçoit un formulaire d'information et après quelques mois de réflexion, il peut se faire opérer. L'intervention est pratiquée sous anesthésie locale dans le bureau de l'urologue, elle ne dure environ qu'une vingtaine de minutes, et est remboursée par la mutuelle. À savoir, l'homme n'est pas stérile directement après l'opération. Il reste encore des spermatozoïdes dans les canaux déférents et dans les vésicules séminales pendant quelques semaines. " C'est une intervention relativement fréquente, mais on en parle plus ouvertement aujourd'hui qu'avant. C'est la responsabilité des hommes de choisir de se faire stériliser, mais comme c'est irréversible, c'est au médecin de juger si le patient a les moyens de décider ou pas ", explique le professeur Tombal, urologue à Saint-Luc. L’opération est définitive, elle peut toutefois être réversible dans certains cas mais il s'agit bien d'une stérilisation. 

Partager la responsabilité

" Les femmes se posent de plus en plus de questions par rapport à la pilule, la société est de plus en plus anti-médicaments et c'est plutôt positif. Ce que j'observe, c'est que pour la toute grande majorité des vasectomies, la décision se prend au sein d'un couple ", continue le spécialiste.

Guillaume a 35 ans, il est père de trois enfants, il s'est fait opérer récemment. 

" J'ai entendu parler de la vasectomie, il y a 3 ou 4 ans. Après la naissance de mon troisième fils, la question de la contraception s'est reposée au sein de notre couple avec ma compagne. C'était normal que ce soit à mon tour de faire un effort. J'avais quelques appréhensions mais ma peur de l'intervention chirurgicale était minime par rapport aux trois accouchements qu'elle avait vécu... J'ai pris rendez-vous avec un urologue conseillé par mon médecin traitant. Il y a eu un premier entretien et puis l'intervention quelques mois plus tard. Je suis ressorti de l’hôpital après une heure, je n'ai ressenti aucune douleur. Je sais que certains urologues sont plus dissuasifs mais, à partir d'un certain âge et d'un certain nombre d'enfants, ça passe mieux. Mon urologue a vu ou senti que j'avais posé un choix très clair et ne m'a pas questionné plus que ça. Mais c'est sûr que l'aspect irréversible oblige à se poser des questions assez lourdes... Mais même si nous venions à nous séparer, même si l'un de mes enfants venait à décéder, dans tous les cas de figure, c'était clair pour moi, quoi qu'il arrive je ne voulais plus d'autres enfants. "

Déconstruire les idées reçues


Mais alors pourquoi, à partir d’un certain âge ou après avoir franchi certaines étapes de vie, les hommes n'ont pas recours plus souvent à cette technique ? Nombre d'entre eux ont encore du mal à passer le cap, ils sont mal informés et restent sensibles aux injonctions patriarcales. Certains pensent que la stérilisation va altérer leur vie sexuelle, qu'ils vont perdre leur virilité ou leur libido... Mais la vasectomie n’a aucun impact sur le désir, l’érection ou l’éjaculation. Contrairement à certaines croyances, " la vasectomie n’est pas une castration ", les hormones responsables de la virilité ne sont pas impactées par l’opération. " Pour moi, ce n'était pas du tout une démarche grave ou questionnante sur ma virilité. Quand, par la suite, on m'a demandé si ce n'était pas trop bouleversant, ça me fait un peu rire ", témoigne Guillaume. 


Philippe (*) a 41 ans, il n'a jamais voulu d'enfant. " Ma volonté a souvent interpellé les gens. Il y a des groupes Facebook ou des forums pour les hommes qui ne veulent pas d'enfants, où l'on peut échanger. Je me suis décidé pour l'opération. Mon frère est médecin, il m'a recommandé quelqu'un. Je crois qu'il faut être un arriéré patriarcal pour voir un lien entre stérilité et virilité. "


Pour dépasser ces idées reçues, il est important d'associer la vasectomie à une image masculine positive afin de la normaliser et de la valoriser à l'image du Canada ou de la Grande-Bretagne où l'opération est tout à fait normalisée.

La stérilisation dans le monde


Selon l'analyse des femmes prévoyantes socialistes "Contraception masculine : à la découverte de la vasectomie – FPS 2018" , 20% des femmes interrogées au Canada ont rapporté que le moyen de contraception du couple est la vasectomie contre 8% en Belgique et seulement 0,2% en France. Par ailleurs, chez nous, la répartition des vasectomies n’est pas uniforme. En effet, environ les trois-quarts des hommes vasectomisés l’ont été en Flandre et seulement un quart en Wallonie. Cela concerne majoritairement des hommes entre 30 et 45 ans. Le profil type est un homme dans une relation stable dont le désir d'enfant a déjà été accompli.

La stérilisation définitive chez la femme est beaucoup plus lourde d'un point de vue chirurgical, elle n'est pas sans risque et nécessite une anesthésie générale. Dans son rapport de 2015, l'ONU s’étonne du faible pourcentage de stérilisation masculine alors que la vasectomie est plus efficace, moins coûteuse à réaliser et entraîne moins de complications que la stérilisation féminine. Cependant, la différence entre le nombre de stérilisations masculines et féminines est assez impressionnante. La stérilisation masculine représentant 10 % ou moins de toutes les stérilisations chez les couples dans 29 pays. Bonne nouvelle, en Belgique, selon l’INAMI, les vasectomies auraient augmenté de 16,5 % entre 2006 et 2016 tandis que les ligatures des trompes seraient en baisse.


Contraception rime avec innovation

La pilule pour homme fait régulièrement la Une des journaux et, cette année encore, le quotidien du médecin annonçait qu'une pilule contraceptive pour hommes venait de passer avec succès l'étape de l'étude de phase I, selon des données présentées au congrès de la société américaine d'endocrinologie, ENDO 2019. Selon une grande enquête sur la contraception menée par Solidaris, la commercialisation de méthodes telles que la pilule masculine pourrait intéresser près de 40% des hommes interrogés. La principale raison évoquée dans ce cas-là (51,7%) étant qu’ainsi les deux partenaires seraient pleinement impliqués. Mais cette commercialisation tarde à voir le jour, notamment en raison des effets secondaires qu’entraîne ce type de méthode. " Une raison quelque peu étrange quand les effets secondaires annoncés (acné, migraines, changements d’humeur, modification de la libido, …) sont les mêmes, ou presque, que ceux de la pilule féminine ", commente Solidaris dans son enquête.

L'alternative qui gagne du terrain est la méthode thermique. Elle est naturelle et sans danger, ni effet secondaire. Elle se base sur l’élévation de la température des testicules grâce à la température du corps, ce qui entraîne une infertilité temporaire et réversible. Le slip chauffant ou " remonte-couilles toulousain " (RCT) a été imaginé par le Dr Mieusset, andrologue. Il s’agit d’un slip, avec un trou pour la verge et la peau du scrotum. En version revisitée, l’Andro-Switch est un anneau en silicone. Il suffit d’introduire le pénis dans l’anneau et d’y glisser ensuite la peau du scrotum. L'anneau permet aux testicules de se maintenir en position haute, ce qui  augmente leur température de deux degrés, inhibant ainsi la production des spermatozoïdes. Le slip ou l’anneau doivent être portés 15 h sur 24 pour être efficace. Chloé De Bon est en train de réaliser un documentaire sur les enjeux de la contraception, elle a aussi lancé l'ASBL Femmes Prod qui sensibilise, informe et promeut le rôle et la place de la femme dans la société. L'association a organisé un atelier autour de l' Andro-Switch avec son concepteur Maxime Labrit. Chloé explique : " On a complètement médicalisé le corps des femmes et on s'est désintéressé de l'anatomie des hommes. Je crois que la contraception de l'avenir, c'est une contraception mutualisée où chacun prend ses responsabilités en se réappropriant son corps. Par exemple en utilisant l'androswitch pour les hommes et la symptothermie, une méthode naturelle basée sur l'observation de soi et de son corps, pour les femmes. " Messieurs, c'est à nous !


(*) le prénom a été modifié

 

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