Comment traiter des violences faites aux femmes dans les médias ?

Ce mercredi 28 avril se tenait une journée de conférence organisée par l’Université des Femmes et Les Grenades, intitulée "De drame familial à féminicide : Comment les femmes journalistes ont transformé les pratiques pour relater des violences faites aux femmes".

Au programme : de nombreuses conférencières, la plupart journalistes, de Belgique, France et Espagne étaient présentes afin de témoigner de leurs expériences et donner des clefs pour relater justement de ces violences.

Une information "mal traitée"

D'abord, place aux constats. Lorsque l’on parle des violences faites aux femmes dans les médias, une étude de l'Association des Journalistes Professionnels (AJP) (qui émerge de l'assemblée Alter Égales) fait remarquer comment les faits sont mal traités. Sarah Sepulchre, professeure à l’UCL, a participé à l'étude et explique que le traitement médiatique des violences faites aux femmes est souvent cantonné aux dates du 8 mars, la journée internationale des droits des femmes, et du 25 novembre, journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes.


►►► Retrouvez en cliquant ici tous les articles des Grenades, le média de la RTBF qui dégoupille l’actualité d’un point de vue féministe


Pour la chercheuse, il est pourtant évident que ces violences ne s’arrêtent pas à ces deux journées et devraient être mieux visibilisées. D'après Sarah Sepulchre, une femme sur trois aurait déjà vécu des violences physiques ou psychologiques dès l’âge de 15 ans, l’auteur des violences étant souvent quelqu’un de proche, du cadre familial ou de l’entourage.

La plupart du temps également, constatent l'étude et la chercheuse, ces faits sont classés dans les rubriques "faits divers" qui spectacularisent la violence. C’est d’autant plus le cas lorsque la victime est connue, on assiste alors à une peopolisation de cette violence.

Les bons mots pour les maux

Sarah Sepulchre explique aussi qu’il y a une psychologisation médiatique des auteurs des violences, qui tend à atténuer leur acte: "Il était sous l’emprise de drogue, saoul, jaloux,…". Beaucoup de médias parlent d'ailleurs de "crime passionnel". Un terme qui n’a rien de légal. "Il s’agit d’un non langage dans un but d’euphémiser ces violences et de dissoudre la responsabilité des auteurs", introduisait d’ailleurs Martine Simonis, Secrétaire générale de l’AJP.

La victime, quant à elle, est souvent présentée avec une prévalence de connotations négatives, justifiant son statut psychologique, son milieu social ou son état de santé comme pour la culpabiliser des violences subies.

Il s’agit d’un non langage dans un but d’euphémiser ces violences et de dissoudre la responsabilité des auteurs

Les conférencières pointaient toutes du doigt une mauvaise utilisation sémantique dans les médias et insistaient sur l’importance du juste mot sur les maux : il ne faut pas confondre harcèlement sexuel, agression sexuelle et viol. Si le féminicide n’est pas encore légalement inscrit dans le Code Pénal belge, il est reconnu par l'ONU et l'OMS. De son côté, la RTBF s’est engagée à utiliser le terme depuis 2017.

L’importance des associations de terrain

Enfin, on retrouve un déséquilibre au niveau des sources. Les intervenant.es témoins sont souvent relégués aux institutions policières, judiciaires ou politiques, là où il faudrait aussi aller directement interviewer des associations de femmes, de terrain, qui connaissent et vivent les réalités quotidiennes. On leur tend pourtant peu le micro dans les médias, alors qu'il s'agit de l'une des recommandations de l'AJP concernant le traitement médiatique des violences faites aux femmes.

Camille Wernaers, journaliste aux Grenades et pour axelle Magazine, souligne leur importance : "Ces associations nous apportent les chiffres. Elles font ce travail de recherche fondamental sans lequel on ne peut pas travailler. Elles sont expertes sur le sujet, elles nourrissent nos papiers". Ainsi, Safia Kessas, journaliste et réalisatrice souligne à ce sujet : "C’est une continuité de la manière dont on accueille la parole. Quand on se tourne vers des associations, on ne le fait pas le matin même pour un papier à publier le soir".

Des clefs pour une évolution

Si le tableau était sombre il y a quelques années, il tend petit à petit à s’améliorer. Des journalistes se sont imposées afin de dénoncer ce mauvais traitement médiatique. L’AJP, l’UNESCO avec Anne-Marie Impe ou encore "Prenons la une" ont récemment publié des guides de bonnes pratiques à l’intention des journalistes pour mieux traiter du sujet. Chacun.e peut aller puiser des conseils afin de faire évoluer, améliorer ses articles.


►►► A lire aussi : Femmes, violences et médias: comment en parler?


Informer correctement des violences faites aux femmes demande une utilisation du vocabulaire avec beaucoup de précaution, de soin et de justesse. Cela demande aussi un éclatement des approches en le sortant des rubriques des faits divers et en le remettant à sa juste place : un fait de société qui se passe dans tous les domaines, aussi bien politiques, sportifs que culturels.

Plusieurs intervenantes insistaient aussi sur le fait d’insérer le numéro d’écoute violences conjugales 0800 30 030 dans les articles traitant du sujet.

Plus largement, les différentes intervenantes insistaient sur le fait que le changement doit aussi se faire aussi au niveau des rédactions. Tout d’abord, en faisant attention aux baromètres, notamment du CSA, pour arriver à une horizontalité en interne, les femmes journalistes étant encore sous-représentées au sein les rédactions.


►►► A lire aussi : Les inégalités de genre persistent dans les médias audiovisuels


Cela se passe aussi, selon les intervenantes, par des formations de genre et diversité dans les écoles de journalisme et en créant des rôles de gender editor comme c’est le cas en France chez Mediapart par exemple. Il s'agit d'un post transversal qui est en veille constante sur les sujets afin d’intégrer l’aspect genré dans sa couverture de l’actualité. Lénaïg Bredoux travaille à ce poste au sein du média indépendant français et rappelle l’importance d’améliorer les pratiques journalistiques. À la RTBF, c’est Safia Kessas, étant responsable diversité et égalité des chances, qui y veille.


►►► Pour recevoir les informations des Grenades via notre newsletter, n’hésitez pas à vous inscrire ici


Cet article a été écrit dans le cadre d’un stage au sein de la rédaction des Grenades.

Si vous souhaitez contacter l’équipe des Grenades, vous pouvez envoyer un mail à lesgrenades@rtbf.be

Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK