Comment mettre fin au sexisme au travail ?

Cet article est le résumé d'un mémoire, ce travail de recherche universitaire est publié en partenariat avec le master Genre.

Depuis l’avènement du mouvement #MeToo en octobre 2017, la parole se libère - ou plutôt les oreilles de la société s'ouvrent -, en témoigne les nombreuses révélations d’agressions sexuelles, de viols (par exemple les affaires Weinstein, Matzneff, les révélations d’Adèle Haenel, etc.) et ce dans tous les milieux (sport, culture, politique, musique, cinéma, etc.), ainsi que les récentes révélations d’incestes (affaire Duhamel).

Nous assistons à l’émergence d’une prise de conscience et d’un refus collectif de ces violences sexistes graves. Le sexisme en général, dans la rue et les transports par exemple, est régulièrement abordé et dénoncé. Dans le monde du travail, le phénomène est encore trop souvent tu par peur de perdre son emploi. En Belgique, des initiatives se développent de plus en plus pour le dénoncer. Citons par exemple le projet de "lutte contre le sexisme et le harcèlement de rue" de la police de Liège.


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Mais de quoi parlons-nous ?

Être sifflée dans la rue, être insultée, être fixée de manière insistante dans le métro, être constamment interrompue en réunion, vous trouvez ça normal ?

Selon la recommandation de 2019 du Conseil de l’Europe, le sexisme peut être défini comme "tout acte, geste, représentation visuelle, propos oral ou écrit, pratique ou comportement fondés sur l’idée qu’une personne ou un groupe de personnes est inférieur du fait de son sexe". Ce texte affirme que "les comportements sexistes affectent les femmes et les filles de manière disproportionnée, conduisant à la discrimination et empêchant leur pleine émancipation". En Belgique, nous étions le premier pays à disposer d’une loi sanctionnant ces comportements, la loi sexisme de 2014. Cette loi est valable dans tous les espaces publics, mais aussi sur les lieux de travail et les réseaux sociaux. Elle n’est cependant pas encore assez connue ni mise en application.

Au travail également

L’observation du contexte organisationnel des entreprises ou "culture d’entreprise" dévoile une série d’inégalités persistantes (rémunération, temps partiels, promotions, formations, etc.) et une répartition du pouvoir inégalitaire entre femmes et hommes au travail. Il existe un système de domination des hommes sur les femmes, schéma que l’on retrouve d’ailleurs dans l’ensemble de la société. L’étude des inégalités, discriminations et divers types de violences sexistes à l’œuvre dans les entreprises montre comment elles occupent un rôle essentiel dans l’établissement et le maintien de ces rapports de pouvoir. En effet, les entreprises sont généralement loin d’être les lieux neutres, sans identité sexualisée, accueillants et "safe" pour les femmes, le sexisme y règne souvent en maître…


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L’enquête "Sexisme, bientôt fini ?" réalisée par JUMP en 2016 montre que plus de neuf femmes sur dix ont déjà été l’objet de comportements sexistes sur leur lieu de travail.

Les actes sexistes font partie d’un continuum de violences allant d’actes d’apparence anodins comme des blagues, des remarques sur le physique ou l’habillement, des interpellations familières ("ma cocotte"), des sifflements, la diffusion d’images pornographiques, etc. aux actes plus graves comme le harcèlement sexuel, les agressions sexuelles ou le viol.

Le sexisme au travail, en plus d’installer un climat irrespectueux et d’un autre temps, a un impact très important sur la santé physique et psychique des femmes, sur leur carrière, et est donc un obstacle majeur à l’égalité professionnelle.

De "simples" blagues sexistes au bureau, c’est intolérable, illégal, et ce n’est pas "juste pour rire". Cela fait partie de toute une culture de violences et de domination envers les femmes.

Quelles pistes de solutions ?

Le féminisme est un humanisme, ce n’est pas une guerre de tranchées. Être impitoyable envers un comportement sexiste ce n’est pas faire la guerre à l’autre sexe. Ce qui se joue ici est un combat sur les valeurs, sur le respect des droits et des libertés pour la moitié de la population

Christiane Taubira, Libération, 28 janvier 2018.

Les moyens pour contrer les violences sexistes au travail en profondeur doivent prendre en compte leur caractère systémique. C’est tout le fonctionnement patriarcal de la société qui est remis en cause dans le refus de ces violences.

Il s’agit d’abord, au sein des entreprises, de faire passer le message de la tolérance zéro face au sexisme. Une position forte et engagée de la part de la direction donne l’impulsion et peut réellement changer la culture de l’entreprise. L’employeur ou l'employeuse est tenu·e à un certain nombre d’obligations en cette matière, comme de mettre en place des mesures de prévention, une procédure interne, et de veiller à l’information et à la formation des travailleurs et travailleuses, et ce avec l’implication de tous les partenaires comme les syndicats et la médecine du travail notamment.


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L’organisation de campagnes de sensibilisation et de formations spécifiques est très importante pour enrayer le phénomène. A titre d’exemple, l’ASBL Mouvement pour l’Égalité entre les Femmes et les Hommes développe actuellement le premier MOOC (Massive Open Online Course) de lutte contre les violences sexistes au travail financé par la Commission européenne et la Région wallonne.

Pour lutter contre le sexisme en général, et donc le sexisme au travail, il s’agit également de viser un changement global de la société via un cadre législatif, avancé en Belgique, mais où son application doit être renforcée. L’aspect préventif et l’éducation, dès le plus jeune âge, est aussi un facteur très important et il est réellement nécessaire de continuer à développer et à intensifier des politiques publiques qui tendent à supprimer les inégalités entre les femmes et les hommes.

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Sexisme envers les femmes: JT 07/03/2021

Infirmière en santé communautaire de formation, Claire Stappaerts est active dans la promotion de la santé à l’école depuis une dizaine d’années. A 36 ans, elle a également réalisé un master en sciences de la famille et de la sexualité, ainsi qu’un master de spécialisation en études de genre. Passionnée par la défense des droits des femmes, elle consacre une bonne partie de son temps libre à l’engagement associatif, politique et militant, et travaille aussi depuis 4 ans comme responsable d’analyse et de développement dans l’association Mouvement pour l’Égalité entre les Femmes et les Hommes.

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