Comment lutter contre les inégalités de genre à l'Université?

Comment lutter contre les inégalités de genre à l'Université?
Comment lutter contre les inégalités de genre à l'Université? - © Tous droits réservés

Une étude menée récemment à l’ULB a montré que la majorité des hommes et seulement 45% des femmes ne perçoivent pas d’inégalités de genre dans le fonctionnement universitaire. Or, l’Université est loin d’être épargnée par la question de l’inégalité, essentiellement en ce qui concerne la carrière. La même étude souligne en effet que près de 85% des professeurs ordinaires sont des hommes, que les femmes ont davantage tendance à reproduire des comportements auto-limitants ou encore qu’elles sont moins citées dans les publications scientifiques.  Pour lutter contre ce type de phénomènes, un projet européen propose d’accompagner les institutions académiques et de recherche dans leur démarche de mise en place d’un plan d’égalité de genre.

Le GEAR (Gender Equality Research and Academia) est une boite à outil développée par l’Institut Européen pour l’Egalité entre les hommes et les femmes. L’objectif est de fournir aux établissements et institutions académiques et de recherche des outils concrets pour mettre en place un plan pour l’égalité entre les sexes. Il s’articule autour de trois objectifs : favoriser l’égalité dans les carrières scientifiques, garantir l’équilibre entre les sexes dans les organes décisionnels et intégrer la dimension de genre dans le contenu de la recherche de l’innovation.

Un plan d’égalité entre les sexes, pour quoi faire ?

Comme le souligne la Professeure Tania Van Hemelryck (UCLouvain) dans le cadre du lancement de la campagne Together, " il ne faut pas croire que le monde académique est un monde idéal, instruit, policé. C’est une micro-société encore trop andro-centrée et patriarcale, fondée sur des rapports d’autorité ". La lutte contre le sexisme et les différentes formes de harcèlements est donc à cet égard indispensable et salutaire mais les actions visant à gommer les inégalités doivent être conçues plus largement au niveau structurel et doivent faire écho à l’ensemble de l’expérience académique.

Réduire les inégalités de genre revient à assurer une plus grande visibilité des femmes dans les domaines scientifiques, à limiter les conséquences des absences pour raisons familiales (congés parentaux par exemple), surmonter les préjuger dans les jurys de recrutement ou encore favoriser la mixité à tous les échelons. S’il s’agit d’actions qui adressent tant les inégalités visant les femmes que celles visant les hommes, il faut souligner que l’Université est encore largement considérée comme étant un " old boys club ". Cela favorise notamment le phénomène du tuyau percé qui se manifeste par une diminution du nombre de femmes au fil de l’avancée dans la carrière académique.

La plateforme GEAR propose une série de recommandations pour développer une vision stratégique afin d’établir un plan d’égalité hommes-femmes au sein de son institution, son université, son centre de recherche, son laboratoire. Et dans certaines de ces structures, il y a encore du travail…

6 étapes : du concret sinon rien !

La première étape, qui est parfois la plus compliquée, consiste à sensibiliser et à faire comprendre qu’il est nécessaire de mettre en place un plan conforme au contexte de l’institution : trouver des personnes ressources, des allié·es, des éventuelles sources de financement. Pour savoir comment agir, il faut avant tout savoir sur quoi agir : il est donc indispensable d’avoir une vue claire de la position de l’institution en matière d’égalité des genres. En bref, il s’agit là de mesurer l’état d’avancement en fonction de la législation, de collecter des données, de faire le point sur ce qui est déjà mis en place et de mesurer la marge de manœuvre et les domaines d’intervention.

Ce n’est que sur cette base qu’il est possible d’imaginer puis de mettre en œuvre un véritable plan d’égalité de genre. Ce plan doit ensuite être suivi et évalué pour garantir sa correspondance avec les priorités et des ressources de l’institution : c’est le moyen ultime pour s’assurer de la pérennisation d’une telle démarche et pour que le plan d’égalité de retombe pas comme un soufflé mal cuit.

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Et en Belgique ?

En Belgique francophone, on s’active aussi pour mettre en place des actions concrètes de lutte contre ces inégalités. On peut notamment souligner la nomination, dans les universités de conseillères aux recteurs pour la politique du genre et de "personnes de contact genre" (PCG) qui constituent un véritable réseau. Leurs missions ? Informer et sensibiliser en matière de gouvernance institutionnelle, de recrutement, d’articulation vies professionnelles et privées et de mentoring. Chaque année, un rapport sur l’état de l’égalité de genre dans les universités et le F.R.S – FNRS est ainsi préparé et publié.

Par ailleurs, en 2016, a été institué le Comité Femmes & Sciences, une commission accueillie par l’ARES dont les rôles sont notamment de formuler des recommandations sur les questions d’inégalités hommes-femmes dans les domaines académique et scientifique et d’assurer un échange de bonnes pratiques en la matière.

Doucement mais sûrement, des outils se développent et des actions sont mises en place pour limiter les inégalités dans le monde académique. On attend maintenant avec impatience la nomination de la prochaine femme rectrice en Fédération Wallonie-Bruxelles ! 

Sophie Leclère est docteure en Histoire (ULB et Université Saint-Louis – Bruxelles), est chargée de projet à l’UCLouvain. Elle a créé le site www.what-sup.net, premier blog sur l’enseignement supérieur, la recherche et le doctorat en Fédération Wallonie-Bruxelles.

" Les Grenades-RTBF " est un projet soutenu par Alter-Egales (Fédération Wallonie-Bruxelles) qui propose des contenus d'actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

 

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