Combattre le sexisme en rebaptisant les rues de Bruxelles

Combattre le sexisme en rebaptisant les rues de Bruxelles
Combattre le sexisme en rebaptisant les rues de Bruxelles - © Tous droits réservés

Au départ, un constat affligeant : seulement 6% des rues bruxelloises portent un nom de femmes. Pour changer la donne, le projet féministe et technologique EqualStreetNames.Brussels permet repenser l’identité nominale de la capitale.

L’espace public est hautement politique. Les noms des rues, des avenues, des places sont loin d’être anodins. Ils ont été choisis pour rentrer dans l’Histoire de la cité. Ces personnages sur les panneaux font partie de nos vies, ils marquent nos existences, notre mémoire collective. Il y a cependant un problème, sur les 19 communes de la Région Bruxelloise, une immense majorité des noms attribués aux espaces publics sont ceux d’hommes non-racisés. Seulement 6% des rues bruxelloises portent un nom de femmes et une seule rue est attribuée à un homme transgenre. Comment se sentir citoyen.ne d’une ville qui invisibilise la majeure partie de sa population ? Cette inégalité flagrante mais banalisée n’est pas une fatalité. Open Knowledge Belgium, une association active dans la promotion des données et de la connaissance ouverte et la collective féministe Noms Peut-Être qui vise à dénoncer l’invisibilité des femmes dans l’espace public se sont associés autour du projet EqualStreetNames.Brussels. L’objectif ? Créer un changement positif pour notre société.

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La technologie pour dénoncer le sexisme

Pour faire prendre conscience de cette situation au grand public et au monde politique, des volontaires ont créé une carte permettant de visualiser les noms des rues de Bruxelles par genre. "Nous avons utilisé les données OpenStreetMap et de Wikipédia", explique Manon Brulard, en charge du projet pour Open Knowledge Belgium.  En février, 60 bénévoles se sont rassemblé.e.s pour ajouter les tags Wikidata (des tags contenant toutes les informations de Wikipédia) sur les rues de OpenStreetMap. Avec les noms masculins représentés en jaune, et les noms féminins en mauve, la plateforme permet de se rendre compte du déséquilibre présent dans l’attribution des noms des espaces publics en Région Bruxelloise. "Caroline Criado Perez a écrit un bouquin génial sur les données genrées, "Invisible Women", on fonctionne un peu avec la même idée ; pour rendre visible ce qui est invisible ou non conscientisé, il faut visualiser. EqualStreetNames.Brussels est un projet au confluent du féminisme et des technologies. On utilise la technologie pour nous aider à évoluer", continue la chargée de projet.

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Renommer la ville

L’espace public n’est pour l’instant “public” que de nom. Chacune et chacun devrait pouvoir s’y retrouver d’une manière égale. Or, cet espace est encore masculin, notamment par les choix qui ont été faits pour les noms de rue. Une rue, c’est un endroit que l’on va habiter, où l’on va se donner rendez-vous, où l’on va travailler. C’est un lieu qui va rester dans la mémoire collective. Il est dommage d’“oublier” les femmes qui ont, de tout temps, fait des choses remarquables, elles aussi”, indique Camille Wernaers, membre de la collective féministe Noms Peut-Être.

 

Pour rendre visible ce qui est invisible ou non conscientisé, il faut visualiser

 

EqualStreetNames.Brussels, ce sera aussi des ateliers une fois par mois. Le but ? Créer une liste de suggestions de noms représentatifs de la diversité de la Région Bruxelloise. Tout le monde peut être acteurs et actrices de l’action ", ajoute Manon Brulard. Des propositions en collectivité pour renommer la ville avec des profils de femmes issues de l’immigration, de personnes racisées, transgenres et LGBTQIA+.  Après chaque atelier, la liste de profils sera publiée sur la plateforme et servira de recommandations pour les 19 communes. Le premier atelier aura lieu le 23 Mars 2020 à La Maison des Femmes de Schaerbeek.

Un phénomène mondial

Le projet EqualStreetNames.Brussels est inspiré d’autres villes et compte à son tour inspirer d’autres villes. C’est Mapbox qui a commencé à montrer à quel point les rues aux noms de femmes étaient rares dans les grandes villes du monde. En 2015 déjà, cette plateforme de données de localisation avait créé une carte mettant en avant le sexisme des villes à l'aide des données d'OpenStreetMap. Les résultats sont aussi attendus que frappants : les rues aux noms d’hommes sont plus nombreuses et plus centrales que les rues portant aux noms de femmes. Le groupe a cartographié sept villes : Londres, Paris, San Francisco, Mumbai, New Delhi, Chennai et Bangalore. Ils ont constaté qu'en moyenne, seulement 27,5% des rues étudiées avaient des prénoms féminins. En comparaison, Bruxelles est une bien mauvaise élève… " Les noms de rue définissent en quelque sorte l'identité d'un lieu. Plus les gens voient le déséquilibre, plus ils commencent à réfléchir consciemment aux effets de la domination masculine " avait alors déclaré Aruna Sankaranarayanan, l’une des ingénieurs de Mapbox.

Bruxelles comptera-t-elle bientôt de nouvelles histoires au coin de chacune de ses rue ?

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