Choc toxique de Maëlle: les femmes trop souvent sous-diagnostiquées

Le choc toxique, seulement de la faute des femmes ?
Le choc toxique, seulement de la faute des femmes ? - © Tous droits réservés

Maëlle, 17 ans, est décédée d’un choc toxique à cause d’un tampon. Dans les médias, de nombreux experts et médecins sont intervenus pour rappeler qu’il fallait informer les femmes des risques que comporte l’utilisation des tampons. Il est notamment conseillé de garder un tampon maximum 4h. Maëlle était, quant à elle, bien informée sur cette question selon le témoignage de sa maman.

Quand une femme arrive avec ces symptômes aux urgences, le choc toxique est-il dans leur check-list ?, questionne Marie-Hélène Lahaye

"Ce qui est frappant dans ce message qu’il faut informer les femmes, c’est cette idée que toute la responsabilité repose sur elles, que c’est à elles uniquement de faire attention. Si on creuse un peu plus, on voit qu’il s’agit ici d’une erreur de diagnostic. Maëlle a vu plusieurs médecins qui n’ont pas trouvé ce qu’elle avait, sauf le dernier alors que c’était trop tard. Il faut donc informer les femmes mais les médecins sont-ils informés ? Quand une femme arrive avec ces symptômes aux urgences, le choc toxique est-il dans leur check-list ?", questionne Marie-Hélène Lahaye, autrice du blog "Marie accouche là".

Mauvais diagnostics

L’autrice évoque également un paradoxe : les corps féminins sont particulièrement scrutés par les médecins mais les maladies typiquement féminines semblent moins bien diagnostiquées. "Quand on est adolescente, on doit aller chez le gynécologue pour avoir accès à la contraception, des jeunes filles en parfaite santé doivent donc aller chez un médecin. Quand on est enceinte ou quand on accouche, il y a un contrôle médical, ces événements de la vie des femmes sont sur-médicalisés. Il y a bien sûr des choses nécessaires, comme les échographies et le dépistage des maladies. Tout le reste, cependant, n’est pas forcément nécessaire, peser les futures mamans par exemple. C’est un contrôle de la vie sexuelle et reproductive des femmes. A côté de cela, les maladies féminines, dont l’endométriose, sont des maladies très mal connues. Les femmes qui pensent en souffrir vont vivre une vraie errance médicale. Pour l’endométriose, c’est un problème depuis des décennies. Il n’y a toujours pas de traitement à cette maladie, on estime visiblement qu’elle ne mérite pas assez d’attention. C’est lié à la problématique des tampons puisque, là non plus, les médecins ne prennent pas directement en compte la gravité de la situation", explique l’autrice.


►►► Retrouvez en cliquant ici tous les articles des Grenades, le média de la RTBF qui dégoupille l’actualité d’un point de vue féministe.


Est-ce qu’on dit aux autres : "je reviens, je vais changer mon tampon" ? Non, nous n’en parlons pas, comme si c’était secret

Le tabou des règles

Un autre aspect est le tabou qui entoure les règles, toujours considérées comme honteuses ou sales. "Est-ce qu’on dit aux autres : "je reviens, je vais changer mon tampon" ? Non, nous n’en parlons pas, comme si c’était secret. Cela se retrouve dans la médecine, est-ce qu’un urgentiste va facilement demander aux femmes malades si elles ont leurs règles ou si elles portent un tampon ? Ce n’est pourtant pas anecdotique, des femmes en meurent", continue Marie-Hélène Lahaye.

Des douleurs sous-estimées

D’autres stéréotypes patriarcaux rentrent en jeu dans la problématique du choc toxique, notamment le fait que la douleur des femmes est sous-estimée par les médecins, trop souvent interprétée comme étant psychosomatique. Une interprétation par le corps soignant qui se rapproche du cliché raciste du "syndrome méditerranéen", selon lequel les personnes d’origine étrangère exagèrent leurs douleurs et leurs symptômes. Là aussi, des personnes en meurent. En 2018, Naomi Musenga mourait après que l’opératrice du SAMU qu’elle appelait à l’aide suite à de fortes douleurs se soit moquée d’elle pendant de longues minutes. Une étude menée par l’Université de Pennsylvanie a d’ailleurs révélé que les femmes attendent en moyenne 16 minutes de plus que les hommes avant de se voir administrer un traitement antidouleur aux urgences. Certaines douleurs féminines sont considérées comme étant "normales", ce qui est l’une des raisons des mauvais diagnostics qui entourent l’endométriose. Il serait "normal" d’avoir mal pendant les règles.

Quand un homme va chez le médecin en ayant mal au bras, on va lui diagnostiquer un infarctus; quand une femme vient avec de la fatigue, on va lui dire qu’elle est surmenée et d’aller se reposer

"Dans une grande partie de l’histoire documentée, les femmes ont été exclues de la production des savoirs médicaux et scientifiques. Nous nous sommes donc fondamentalement retrouvés avec un système de santé fait par et pour les hommes" déclare la docteur Kate Young, chercheuse à la Monash University en Australie dans un article sur les biais médicaux de genre. Les symptômes pour une crise cardiaque ne sont pas les mêmes pour les hommes et les femmes mais les symptômes féminins ne sont pas bien connus des médecins. "Quand un homme va chez le médecin en ayant mal au bras, on va lui diagnostiquer un infarctus; quand une femme vient avec de la fatigue, on va lui dire qu’elle est surmenée et d’aller se reposer. On ne voit pas le risque de crise cardiaque. Malgré le contrôle médical qu’elles subissent, les femmes ne sont pas forcément mieux soignées" complète Marie-Hélène Lahaye.

Précarité menstruelle et toilettes publiques

Le choc toxique qu’a vécu Maëlle interroge aussi le concept de précarité menstruelle. Les tampons ne sont que depuis 2018 considérés comme des produits de première nécessité en Belgique, cela signifie que la TVA est moins grande et donc que le prix est plus bas. Néanmoins, cela reste une charge financière pour de nombreuses femmes et également pour les femmes sans-abris. Retirer son tampon tous les 4h demande d’en avoir un bon stock sous la main, ce qui n’est pas toujours possible quand on ne peut pas se les payer. Sans oublier que nos villes sont construites pour les hommes et que cela se ressent également dans les toilettes publiques. Si les urinoirs commencent à être plus présents dans les rues, où sont les toilettes utilisables par les femmes ? Retirer fréquemment son tampon exige d’avoir un endroit où pouvoir le faire. De nombreux restaurants ou bars refusent tout simplement l’utilisation de leurs toilettes si on ne consomme pas ou demandent de payer un petit montant en échange. Ce n’est donc à nouveau pas gratuit.

"La composition des tampons est intéressante : on y met n’importe quoi. Cela ne cause pas le choc toxique mais on permet aux femmes de s’insérer n’importe quoi dans le vagin. Et si les tampons sont si dangereux pour les femmes, j’aimerais poser une question : pourquoi est-ce qu’on continue à leur en vendre ?", termine Marie-Hélène Lahaye.


 ►►► Pour recevoir les informations des Grenades via notre newsletter, n'hésitez pas à vous inscrire ici


Reportage sur le décès de Maëlle dans notre journal de 19h30:

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK