Caster Semenya, l'athlète hyper-androgyne, une nouvelle fois déboutée

Caster Semenya, l'athlète sud-africaine hyper-androgyne, une nouvelle fois déboutée
Caster Semenya, l'athlète sud-africaine hyper-androgyne, une nouvelle fois déboutée - © Tous droits réservés

La Sud-Africaine Caster Semenya a perdu une bataille importante dans son long combat : la justice suisse a confirmé mardi que l’athlète devait prendre un traitement hormonal pour concourir sur sa distance fétiche, le 800 m.

"Je suis très déçue par cet arrêt, mais je refuse de laisser World Athletics me droguer ou m’empêcher d’être qui je suis", a réagi l’athlète dans un communiqué, promettant de se battre "pour les droits humains des femmes athlètes, sur la piste et en dehors, jusqu’à ce que nous puissions courir aussi libres que nous sommes nées".

Est mis en cause le taux naturel de testostérone de Caster Semenya, jugé trop élevé par la fédération internationale qui a défini en avril 2018 un seuil maximal de testostérone pour concourir avec les femmes sur des distances allant du 400 mètres au mile (1609 m), qui englobant donc le 800 mètres où concourt Caster Semenya. La fédération la considère comme hyper-androgène.

Voilà plus de dix ans que le bras de fer entre la coureuse sud-africaine et le monde de l’athlétisme dure. En 2009, déjà, alors qu’elle brille sur les pistes du stade olympique de Berlin, au point d’y remporter le titre mondial dans sa discipline, des voix s’élèvent. En cause, son apparence physique et sa voix jugées comme trop "masculines".


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La fédération pour qui "il est nécessaire de préserver l’équité de la compétition", lui a alors imposé des tests supplémentaires en amont des compétitions. Elle sera même suspendue pendant 11 mois pour être testée, comme un rat de laboratoire. En parallèle, l’athlète continue à rafler de nombreux titres sur sa distance de prédilection.

Je suis très déçue par cet arrêt, mais je refuse de laisser World Athletics me droguer ou m’empêcher d’être qui je suis

Caster Semenya championne olympique du 800 m

Un athlète extraordinaire, une mutante

Caster Semenya n’est pas la seule athlète “hors-norme”. Comme l’autrice July Robert l’avait décrit dans une chronique en octobre dernier, l’athlète hyper-androgène ougandaise Annet Negesa, affirme avoir subi, sans en avoir été avertie, une opération d’ablation des organes génitaux internes.

Dans le même ordre d’idée, Michaël Phelps qui, avec ses 28 médailles d’or, détient le record de titres olympiques, produit naturellement moins d’acide lactique qu’une personne lambda. Ceci lui permet de s’entraîner pendant des heures sans se sentir fatigué. Un avantage certain pour un athlète. Jamais la Fédération Internationale de Natation ne lui a demandé de modifier son patrimoine génétique. Faudrait-il également interdire les basketteurs dont la taille dépasserait un seuil limite ? Michael Phelps est admiré pour sa singularité, pourquoi pas Caster Semenya ?

Il est tout à fait normal d’être hyper-androgène et il n’y a rien de pathologique dans la situation de cette athlète

Au contraire, en avril 2018, la fédération a défini un seuil maximal de testostérone pour concourir avec les femmes sur des distances allant du 400 mètres au mile (1609 m). Concrètement, les femmes présentant un excès naturel de testostérone, en raison d’une variante génétique, doivent faire baisser leur taux de testostérone par un traitement dans l’espoir de pouvoir s’aligner sur les épreuves internationales.


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Une décision contestée par l’Association médicale mondiale "Nous pensons qu’il est extrêmement grave que les réglementations sportives internationales demandent aux médecins de prescrire des médicaments – des médicaments à action hormonale – aux sportifs afin de réduire les conditions normales dans leur corps", a déclaré dimanche Frank Ulrich Montgomery, le vice-président du conseil de l’AMM, lors d’une interview à la télévision nationale australienne.

Epilogue d’une longue lutte ?

Une décision que conteste depuis lors l’athlète, avec l’appui de l’Association médicale mondiale (WMA) et du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU. “Exclure les femmes athlètes ou mettre notre santé en danger simplement en raison de nos aptitudes naturelles place World Athletics du mauvais côté de l’histoire".

Cette semaine, pour la deuxième fois, la justice l’a déboutée : le Tribunal fédéral suisse, dans un arrêt rendu le 25 août et publié mardi soir, a confirmé la décision rendue l’an dernier par le Tribunal arbitral du sport (TAS), validant donc la réglementation de World Athletics. L’athlète, elle, ne souhaite pas céder et envisage de se reconvertir au 200 m, distance qui n’est pas couverte par la nouvelle réglementation.

Athlétisme : Caster Semenya devra prendre des médicaments

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