Brexit: les femmes et les minorités fragilisées

Brexit: les femmes et les minorités fragilisées
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Le Brexit n’amène pas seulement un vent de tourment politique mais également des perspectives plus inquiétantes pour les femmes et les minorités du Royaume-Uni. Mary-Ann Stephenson, directrice de l'association Women Budget’s group, à l’origine d’une étude pointue sur les conséquences du Brexit, met en exergue trois risques majeurs d’une sortie avec ou sans accord de l’Union Européenne. Tout d'abord, elle pointe le rapport du gouvernement britannique sur l’impact du Brexit concernant l’égalité des chances. Celui-ci ne prend pas du tout en considération l’impact économique possible sur les femmes et les minorités. Ce qui signifie pour l'association de Mary-Ann Stephenson que s'occuper des femmes ne rentre pas dans les priorités du gouvernement de Boris Johnson. Ensuite, l’impact économique d’un Brexit “dur” aurait des conséquences disproportionnées envers les femmes : selon l'association, les femmes seraient les premières touchées par les suppressions d'emploi si des entreprises venaient à licencier, ce qui risque d'être le cas notamment pour les entreprises qui se délocaliseront dans l'Union Européenne. Ceci est confirmé par le think thank progressif IPPR qui annonce un impact général plus important de 2,5% pour les femmes en cas de Brexit dur. Enfin, l'association dénonce le manque de protection légale contre la régression économique qui menace ces femmes.

Le prix de la vie quotidienne risque d’augmenter considérablement, une fois le Brexit mis en œuvre. Le plan "Yellow Hammer" prévoit des hausses de prix catastrophiques pour les biens de première nécessité après la rentrée en vigueur du Brexit. Au premier rang des victimes de cette hausse de prix, les familles monoparentales dont on sait que, comme en Belgique, elles sont composées majoritairement de femmes avec enfants. Une situation dénoncée par l’ensemble des organisations de femmes du Royaume-Uni.

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Une perte de confiance face à l'avenir


Selon une autre étude menée en 2019 pour la Fawcett Society, une association s’occupant des droits des femmes, moins d’une femme sur cinq se sent en confiance si le Brexit devait se produire sans deal. Du côté des hommes, ils ne sont qu’un homme sur trois à s’en inquiéter. De même, 38% des femmes sont préoccupées par l’impact du Brexit sur leur bien-être. Un chiffre légèrement supérieur à celui des hommes qui démontre une réelle préoccupation dans le chef des femmes en ce qui concerne leur vie quotidienne.

Les femmes perdent également confiance envers le gouvernement Johnson: “Boris Johnson a un problème avec les électrices. Le gouvernement n’a de cesse de leur proposer la perspective d’une sortie sans accord de l’Union Européenne et celles-ci sont nettement moins à l’aise avec cette idée que les hommes. Tout laisse à penser que leurs craintes sont légitimes dans le sens où l’impact sur les droits et les finances des femmes seront sévèrement touchés.” déclare Sam Smethers, directrice de la Fawcett Society.

Ces perspectives inquiètent les associations de femmes qui procurent aide et assistance aux plus démunies. C’est notamment le cas de Foleshill Women’s Training Ltd chargée de soutenir et d’aider les femmes de Coventry dans le centre de l’Angleterre.

Un de leurs projets, basé sur l’aide aux femmes migrantes en vue de leur inclusion dans la société britannique, risque de s’arrêter net si aucun accord n’intervient entre le Royaume Uni et l’Union Européenne. Ce financement signifiera la fin pure et simple de l’aide à ces femmes sans aucune alternative pour les aider. Cela voudrait également dire la fin de deux contrats temps plein et la fin des projets d’aide direct pour soutenir les femmes précarisées, une centaine par an pour l’association de Coventry, et les aider à trouver un emploi. Selon la directrice de l’association, Christine McNaught, le gouvernement a beau avoir évoqué un plan de soutien national pour les femmes, aucune solution concrète de remplacement n’est actuellement sur la table et, quand bien même elle le serait, il faudrait un temps de mise en place, temps précieux que les associations ne possèdent pas vu les urgences sociales dont elles doivent s’occuper au quotidien. Face à ce sombre destin, la directrice appelle les organisations européennes à ne pas laisser les associations sans ressources.

Les associations anglaises ne sont pas les seules à être concernées par l’arrêt des financements européens. Les ressortissantes européennes vivant au Royaume Uni risquent, elles, de ne plus pouvoir bénéficier de soutien et des structures d’accueil en cas de violences domestiques après le Brexit, ce qui signifierait un renvoi vers leurs bourreaux.

Les minorités sont aussi visées !

Mais l’avenir incertain des femmes qui se dessine au Royaume-Uni concerne également les minorités, préoccupées par la montée du racisme et des violences les visant particulièrement. Dans un climat de méfiance généralisée envers le monde politique, les médias et les experts, on a en effet assisté à une libération de la parole et des actes racistes en Grande-Bretagne.

Les statistiques du Home Office démontrent une montée violente des actes racistes et une nette différence avant et après le référendum : En 2014-2015, 52.518 faits de racisme ont été enregistrés. L'année du référendum, on assistait à une montée de 19% et 62.518 faits enregistrés. Trois ans plus tard, le Ministère de l'Intérieur britannique recense  94.098 plaintes pour racisme pour l'année 2017-2018 et les chiffres de cette année risquent d'être, eux-aussi, en augmentation.

Un sondage organisé par le quotidien The Guardian a démontré qu’en mai 2019, on observait que 71% de personnes issues de minorités ethniques ont déclaré avoir dû faire face à la discrimination raciale alors que ce taux était de 58% avant le référendum.

Une montée inquiétante que dénonce dans cet article, Omar Khan, le porte-parole du think tank “Runnymede Trust”, un organe de réflexion sur le racisme et les discriminations. Celui-ci a déclaré au quotidien britannique que “le Brexit, tout en n’étant pas à l’origine du racisme, a mené à des niveaux plus élevés de manifestations racistes, le tout aggravé par la possibilité de les exprimer sur les réseaux sociaux.”

Ces attaques peuvent prendre plusieurs formes et aller jusqu’aux violences physiques et verbales en rue. En juin 2019, un pensionné londonien de 74 ans a été condamné à une amende pour avoir menacé et insulté une dame de façon raciste juste après le référendum.

Double peine

Dans ce contexte, il n’est hélas pas surprenant que les femmes issues des minorités soient doublement victimes parce que femme et parce qu’issues de la diversité. 74% de cette catégorie déclarent d’ailleurs avoir été victimes de racisme et de sexisme. De quoi redoubler les inquiétudes quant aux attaques dont ces femmes pourraient faire l’objet après la rentrée en vigueur du Brexit.

Si on ne sait pas actuellement si la sortie de l’Union Européenne aura effectivement lieu en janvier 2020 , il est établi que les femmes et les minorités risquent de payer le prix fort dans la future organisation politique du Royaume-Uni. 

Marie Cappart est historienne

" Les Grenades-RTBF" est un projet soutenu par Alter-Egales (Fédération Wallonie Bruxelles) qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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