"Birds of Prey" : Harley Quinn, personnage féministe

Une chronique de Camille Wernaers

"Birds of Prey”, film de la réalisatrice Cathy Yan basé sur une histoire de DC Comics en salle depuis le 05 février, se centre sur le personnage de Harley Quinn, jouée par Margot Robbie. Harley Quinn est un personnage intéressant d’un point de vue féministe. D’abord parce qu’elle est fortement sexualisée dans les comic books, une hyper-sexualisation que l’on a retrouvée dans le film “Suicide Squad” (2016), où Harley Quinn était déjà interprétée par Margot Robbie.

Ensuite, Harley Quinn est la petite amie du Joker, elle est visiblement coincée dans une relation psychologiquement violente. Elle est également maltraitée physiquement par lui. “Harley Quinn” (de son vrai nom Harleen Quinzel) est souvent habillée comme un “arlequin”, un personnage type de la commedia dell'arte qui est apparu au XVI siècle en Italie dont le rôle s’apparente à celui de “bouffon du roi”. Dans “Birds of Prey”, cette emprise du Joker sur Harley Quinn est résumée en une phrase : “Un arlequin n’est rien sans son maitre”.

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Revirement féministe assumé et salutaire

Le film se permet un revirement féministe assumé et salutaire de ce personnage, sous l’égide de l’actrice Margot Robbie qui en est également la productrice. L’intrigue commence d’ailleurs par lui redonner un passé, en insistant sur ses études, son diplôme (elle est psychologue, elle a rencontré le Joker dans un asile psychiatrique) et sa bisexualité. Harley Quinn est quittée par le Joker, on la suit alors qu’elle gère cette rupture et retrouve son indépendance. Si on devait traduire littéralement le titre complet en anglais du film, il aurait fallu l’appeler "Birds of Prey et la fantabuleuse émancipation de Harley Quinn", ce qui a été traduit par "et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn". Dans le dictionnaire Larousse, le mot émancipation est traduit comme suit : "Action de s'affranchir d'un lien, d'une entrave, d'un état de dépendance, d'une domination, d'un préjugé". Dommage d’avoir perdu ce sens car c’est bien de l’émancipation du personnage dont il est question.

Moins sexualisée et filmée plus naturellement

Moins sexualisée que dans “Suicide Squad”, filmée plus naturellement, Harley Quinn est accompagnée de quatre autres femmes : Huntress (Mary Elizabeth Winstead), Black Canary (Jurnee Smollett-Bell), Cassandra Cain (Ella Jay Basco) et la policière Renee Montoya (Rosie Perez) dont le personnage est l’occasion d’aborder le sexisme de la hiérarchie de la police.

Les cinq femmes évoluent dans une ville de Gotham qui est très proche de toutes les villes du monde, elles font face à des insultes sexistes à la violence physique des hommes, à des tentatives de viol… Elles s’en défendent physiquement dans des scènes de combat impressionnantes, notamment les deux scènes dans le commissariat ou encore celle en roller. Car Harley Quinn pratique le roller derby, un sport féministe essentiellement pratiqué par des femmes.

“Ultra-violence castratrice”

Les scènes de combat n’ont pas plu à des nombreux internautes masculins. Sur internet, la plupart des critiques négatives sont écrites par des hommes. “J'ai vu des réactions de mecs outrés par "l'ultra-violence castratrice" du film - en disent-ils autant quand ce sont des mecs qui s'ouvrent les intestins ? Je ne crois pas, non. La violence de “Birds of Prey” reçoit une réception assez hostile là où j'ai trouvé les effusions de sang assez classiques. J'ai vu des hommes se plaindre que le film était misogyne, que ça réduisait le féminisme à donner des coups de pied dans les parties génitales mais il y a clairement un double-standard ici. On voit des films, genre John Wick (que je cite car c'est le réalisateur des films qui s'est occupé des scènes de combat de "Birds of Prey"), être acclamés pour les limites des combats sans cesse repoussées mais dès qu'une femme (Black Canary) en sauve une autre (Harley Quinn) d'un potentiel viol, ça crie au scandale. Et c'est réellement dommage parce que même si le film est cartoon, il dit des choses sur la catharsis, notre rapport à la violence et à la colère/frustration féminine qui ne peuvent pas être résumés à "c'est misogyne", ou autres”, réagit Océane Zerbini, créatrice du podcast The Lemon Adaptation Club et critique ciné/séries pour les Chroniques de Cliffangher, interrogée par Les Grenades.

Ce n’est à mon sens pas étonnant de voir autant de retours masculins négatifs. "Bizarrement" ils ont tendance à être plus tatillons quand des films mettent des femmes en avant, comme si c'était des tests auxquels nous échouons systématiquement... En soi, j'ai quand même vu plus d'hommes que d'habitude apprécier cette proposition, là où ça avait été plus dur pour Wonder Woman et Captain Marvel (sans compter les autres films qui mettent des femmes en avant comme Ocean’s 8 par exemple). Ça me rappelle ce débat stupide lancé par le site SensCritique sur le "surnotage" des films l'an dernier. On y retrouvait notamment un écart poussé dans la notation de Captain Marvel entre les deux genres. Ils se sont demandés si les femmes surnotaient les films. On peut dire qu'au lieu de penser que les femmes surnotent, ce sont les hommes qui sous-notent ?”, continue-t-elle.

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Du côté des spectatrices, le son de cloche semble différent. “Je vois pas mal de femmes satisfaites de revoir Harley Quinn dans ses grandes heures qui porte des tenues qui ne la sexualisent pas, notamment. L’équipe des Birds of Prey semble également apprécié et ça me fait plaisir”, précise Océane Zerbini. “Le gros souci actuel de Hollywood, c'est de vouloir recréer des personnages au lieu d'en faire des nouveaux. Pour plonger dans le débat "Une femme en James Bond ?", cela n'a aucun intérêt pour moi au vu de la psyché du personnage (sexiste, raciste, réactionnaire). En revanche, créer un personnage comme celui qui va être joué par l’actrice Lashana Lynch pour lui attribuer le matricule 007, voilà qui me semble plus intéressant. Même si elle porte le même matricule, je pense que la franchise ne copiera pas son caractère et ses aptitudes sur celles de Bond. Ce sera un personnage neuf, et c'est ça qui manque. Je trouve aussi qu'on est beaucoup trop sévères avec les réalisatrices qui ont un poids terrifiant à porter en cas d'échec, qui ne sera pas le même que celui d'un homme, encore plus s'il s'agit d'un réalisateur blanc. Guy Ritchie par exemple, a quand même enchaîné la masse de flops absolus, mais ça n'a pas empêché Disney de lui filer Aladin. Il y a à nouveau un double-standard préoccupant. Et pourtant, 2020 sera la 1ère année où une femme sera aux commandes d'un blockbuster live-action chez Disney (Mulan)”, conclut-elle.

"Birds of Prey" est soutenu par sa bande-son revigorante (Doja Cat, Hasley, Cyn, Jucee Foot), dont une version de "This is a man’s world". Histoire d’enfoncer le clou.

La bande-annonce du film

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