"Biotanistes", un récit qui interroge les stéréotypes

Ardu est l’exercice de résumer un ouvrage de plus six cent pages où il est question d’environnement, de politique migratoire, de sexisme ou encore de magie. Et pourtant, nous avons envie de vous y emmener, dans ce monde post-apocalyptique où survit une population principalement féminine épargnée par un étrange virus qui n’aurait touché que les hommes.

Ou de l’art, habilement maîtrisé de l’autrice Anne-Sophie Devriese, de mêler science-fiction et réflexions sociétales à destination de ses lecteurs et lectrices adolescent·es (mais pas que !)

Entre magie et débrouille

Dans ce récit au long cours, nous accompagnons Rim, jeune sorcière élevée au sein d’une collective de femmes qui s’est organisée pour faire face dans un monde qui a survécu au Fléau. La terre est sèche, les points d’eau sont devenus rares, les animaux ont été éradiqués de la surface terrestre … ne reste que la magie et la débrouille pour survivre à une maladie qui décime l’humanité.

Dans cette société devenue matriarcale, une question reste prégnante et va nous poursuivre tout au long de notre lecture : les hommes peuvent-ils survivre au Fléau ? Les femmes ont pris le pouvoir et ont relégué les rares survivants au rang de reproducteurs, mais se sont-elles trompées ?

Ose me dire que tu ne penses pas que leur place est à la maison, que ça vous libère du temps perdu à les protéger… voire à les sauver d’eux-mêmes. Ose me dire que ta mère n’a jamais mis une bonne correction à ton père. Ça ne l’a pas tué que je sache ! Il faut se faire respecter… Dire que certaines me traitent de réac’. Nous avons plus de chance de survivre, point. Ce n’est pas comme si je demandais le retour à la polygamie ou à l’esclavage !


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Malgré une entame un peu poussive et une pléthore de personnages à apprivoiser, l’histoire nous emmène rapidement tant le suspense est haletant. Grâce à leurs sauts dans le passé, les sorcières tentent de ramener semences et autres connaissances qui doivent leur permettre de reconstruire un monde vivable.

Chaque saut est une prise de risque importante, les sorcières ne sachant pas ni où ni quand elles "atterrissent". Mais ils peuvent également s’avérer salvateurs lorsqu’il s’agit d’échapper aux ennemies infiltrées dans la collective. Car si la sororité semble régner au sein de la communauté, l’autrice nous distille au compte-goutte quelques indices révélant les importantes luttes intestines et autres rivalités que la vie en vase clos peut induire.

Avant, les rapports femmes-hommes étaient inversés. (…) Bref, après l’effondrement, la capacité de survie des femmes a renversé le rapport de force et leur a donné l’occasion de s’organiser. Elles ont bâti les convents puis ont découvert l’arpentage. Le fléau s’est calmé, la contagion amoindrie. À moins que nous soyons devenus un peu plus résistants. Quoi qu’il en soit, le voyage a rendu les sœurs puissantes. (…) Pour la plupart des gens, un garçon mérite moins qu’une fille qu’on investisse dans son éducation puisque, dans tous les cas, il y a quatre fois plus de risques qu’il meure !

Une fiction habilement orchestrée

Violences sexuelles, adelphité, défense de l’environnement, biomimétisme, revendications sociales sont autant de thématiques abordées dans cette fiction habilement orchestrée pour ne pas paraître foutraque. Parce que finalement, la question principale est celle de savoir si les femmes auraient fait mieux. La simple inversion de la domination homme-femme ne permet pas à elle seule d’atteindre l’égalité.


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Au travers de son récit, Anne-Sophie Devriese pose les jalons d’une réflexion qui permettrait d’atteindre cette égalité pour laquelle se battent toutes les féministes et leurs alliés aujourd’hui. Empli d’humanisme, ce récit empouvoirant au même titre que peut l’être "Le pouvoir" de Naomi Alderman, entres autres, nous pousse dans nos retranchements et interroge les stéréotypes sociétaux ainsi que la crise capitaliste mondiale.

L’ampleur du défi que s’est imposé l’autrice en voulant mêler tous ces sujets dans un roman young adult est amplement relevé !

Biotanistes, Anne-Sophie Devriese, Éditions Actusf.


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July Robert est traductrice et autrice.

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