Au programme du premier panel des Assises contre le racisme : l'importance des statistiques

Dans le cadre des Assises contre le racisme qui a débuté fin avril, les parlementaires bruxellois reçoivent deux à trois fois par mois des expert.es, associations et professionnel.les de terrain pour leur amener des témoignages, chiffres et constats dans l’optique de l’élaboration d’un plan régional de lutte contre le racisme et les discriminations.

Ce mardi 11 mai était consacré au premier panel, c'est-à-dire aux statistiques, données, études et objectivations. Le débat était présidé par la députée Margaux De Ré (Ecolo).

Chaque expert.e était invité à venir parler, une trentaine de minutes, de son travail et de ses constats. Parmi les membres et associations présent.es, Julie Ringelheim de la Ligue des droits humains, chercheuse qualifiée FNRS, UNIA, l’institution publique et indépendante visant à lutter contre les discriminations en Belgique, equal.brussels pour parler de son test sur l’égalité des chances et enfin la coalition NAPAR, composée de 60 organisations antiracistes s’activant sur le terrain pour aboutir à un plan d’action interfédéral.


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Les statistiques, un outil essentiel

Les statistiques permettent d’objectiver certains faits et d’appréhender complètement et correctement une étude, dans ce cas-ci les discriminations liées à l’origine d’une personne. Elles deviennent, selon les expert.es, un outil essentiel pour une action publique et politique. Elles posent un diagnostic pour comprendre quel groupe est plus touché qu’un autre, quelles sont ses difficultés, quelle ampleur elles prennent, mais aussi quelles sont les évolutions dans le temps. Pour ce faire, des données sont collectées par méthode quantitative ou qualitative, données qui sont protégées par des lois bien spécifiques. Si les témoignages peuvent être interprétés de différentes manières, les statistiques elles, permettent d’évaluer certains phénomènes de manière plus palpable, concrète.

La chercheuse Julie Ringelheim rappelle l’importance des lois dans lesquelles sont ancrées les collectes de données, comme la RGPD qui exige de n’utiliser les données que dans un objectif défini précisément et qui le justifie, ainsi que les anonymiser une fois exploitées afin de ne pas les attribuer à d’autres études. Elle souligne aussi l’existence de la loi du 4 juillet 1962 sur les statistiques publiques qu’elle juge non conforme aux réalités d’aujourd’hui. Cette loi pourrait constituer un frein, un obstacle et créer des incertitudes quant à ce que peut faire ou non l’INS, l’institut national des statistiques. Elle appelle donc les parlementaires à l’harmoniser tout en invitant tout le monde à utiliser les statistiques démontrant les inégalités et discrimination de manière critique et responsable.

"Les inégalités basées sur l’origine sont systémiques"

Louise Callier, membre d’Unia montre qu’à l’aide de données statistiques l’on peut démontrer que les personnes d’origines étrangères se trouvent dans des situations plus défavorables. Selon l'experte, au-delà des cas individuels, les inégalités jouent à un niveau structurel, systémique. Toutes les personnes présentes s’accordent d’ailleurs sur l’importance d’entrecroiser les discriminations et de les appréhender de manière transversales et intersectionnelles.

Kathleen Van Den Daele, directrice de Minderhedenforum et co-coordinatrice de la coalition NAPAR souligne les discriminations passées sous les radars et l’effet domino que cela peut entraîner. Par exemple, une femme racisée et non valide aura plus de difficultés à trouver un emploi, donc moins de possibilité d’avoir une indépendance financière et donc d’avoir un accès décent au logement.

Unia propose un plan de monitoring socioéconomique généralisé à toutes les régions, comme le fait déjà Actiris avec son propre personnel, afin d’évaluer les évolutions d’intégration, à l’emploi par exemple, aussi bien dans le privé que dans le public. Par ailleurs, l’institution a développé le projet "improving equality data in Belgium" (IEDCB) visant à suivre les tendances en matière d’égalité dans certains domaines, améliorer l’élaboration des politiques fondées sur des données probantes, évaluer le respect des normes belges et internationales de droits humains, rendre visible le chiffre des discriminations et agir en justice. Le projet et ses résultats seront plus largement développés le 18 juin prochain lors de leur conférence de clôture.

Comment ancrer ces outils dans le réel ?

En terme d’application concrète des données en action publique, toujours chez Unia, on retrouve le datamining. "Le challenge du datamining est de repérer des profils de comportement qui se dégageraient et entraîneraient des mécanismes systématiques de tri ou d’exclusion d’autres profils de travailleurs et travailleuses. L’idée est d’écrire un algorithme qui fera ressortir les entreprises dans lesquelles on verra des profils de discriminations", explique Louise Callier.

De leur côté, equal.brussels propose aux entreprises de remplir un formulaire d’égalité des chances préventif afin d’éviter tous types de discriminations. Sur l’année 2020, le service public a récolté 191 tests dont 84 des marchés publics à Bruxelles. Il ne s’agit donc que de la partie immergée de l’iceberg de ce qui existe. La difficulté réside dans le fait que le formulaire n’est pas digitalisé, ce qui ne permet pas de traiter des données en aval. Cela devrait être rétabli d’ici avril 2022. D’autre part, le formulaire faisant dix pages, certain.es y voient un côté rébarbatif, une obligation plutôt qu’un accompagnement.


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Sur le terrain il manquerait donc d’actions concrètes. Que faire de ces données lorsqu’on est confronté aux discriminations ? Des membres de la société civile, présents au débat du jour, se sont montrés désemparés à ce sujet. D’autres ont réagi face aux différents avis politiques exposés à la fin des présentations des expert.es :  "C’est une question qui doit rassembler l’ensemble des partis politiques. La société attend des actions et des engagements pour venir à bout des souffrances, des blessures, ou même des vies parfois amochées et cabossées", demandent-ils.

Rappelons que chaque commission consiste à discuter ouvertement de thématiques bien précises. Elles n’ont pas pour ambition de trouver une réponse ou une solution directe au terme des quatre heures de débat. L’intention est de collecter toutes les informations possibles concernant les discriminations raciales et d’en façonner, in fine, une proposition de loi au gouvernement bruxellois. Les principales réponses devraient par contre être amenées et mises sur la table le 15 juillet prochain lors de la séance de clôture des Assises.

Cet article a été écrit dans le cadre d'un stage au sein de la rédaction des Grenades.

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Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d'actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

Racisme anti-asiatique: JT 04/04/2021

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