Au-delà de 12 semaines : le règne de la débrouille pour celles qui veulent avorter

Ce 28 septembre est la journée mondiale de lutte pour le droit à l’avortement. C’est également ce jour que la plateforme Abortion Right a choisi pour révéler les témoignages reçus par le biais d’un appel, lancé en juin 2021 et toujours ouvert pour recueillir la parole et le vécu des femmes ayant dépassé le délai légal d’interruption volontaire de grossesse.

"Cet appel à témoignage entend visibiliser des réalités dont on ne parle pas", explique Diane Gardiol, membre de cette plateforme bilingue qui rassemble les Fédérations de centres de planning familial et d’avortement, ainsi que des associations de défense pour les droits des femmes et pour les droits humains. "En Belgique, des femmes sont obligées d’avorter après le délai légal de 12 semaines pour différentes raisons. Quelles sont ces raisons ? Comment cela se passe-t-il pour elles", s’interroge-t-elle. En trois mois, une vingtaine de témoignages ont été recueillis.

Cela n’est pas à la portée de toutes les femmes, certaines d’entre elles, les plus précaires, sont donc obligées de mener leur grossesse non désirée à terme !

Parmi ces témoignages, celui d’une pharmacienne de 37 ans qui prenait la pilule depuis 20 ans en continu et découvre sa grossesse à 15 semaines. Elle a dû demander une IVG au Pays-Bas à 16 semaines de grossesse. "Il y a encore des clichés sur les femmes qui avortent après 12 semaines : qu’elles seraient inconscientes, qu’elles n’utiliseraient pas de contraception. Ici, il s’agit d’une pharmacienne qui connaît bien ce sujet, de par son métier. Elle continue en disant qu’elle s’est sentie comme une criminelle de devoir avorter à l’étranger", souligne Diane Gardiol.


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Un lien avec des violences

Une autre femme de 19 ans témoigne, dont le partenaire ne s’est pas retiré lors de la relation sexuelle comme ils l’avaient pourtant convenu. Elle découvre sa grossesse à 13 semaines et doit avorter dans un hôpital privé belge pour la somme de 1000€, à 14 semaines de grossesse. "Cela s’est passé discrètement avec juste le médecin, l’anesthésiste et l’infirmière, le soir. On voit qu’il y a la possibilité de profiter de ces femmes. Il faut des moyens pour se permettre d’avorter après 12 semaines, soit pour voyager à l’étranger, soit pour payer l’hôpital. Cela n’est pas à la portée de toutes les femmes, certaines d’entre elles, les plus précaires, sont donc obligées de mener leur grossesse non désirée à terme !", s’insurge-t-elle.

D’autres femmes ont également témoigné de cette forme de violence spécifique : le sabotage contraceptif. En effet, plusieurs d'entre elles, qui ont dû avorter après 12 semaines, ont mentionné le fait que leur partenaire ne s’était pas retiré lors de la relation sexuelle alors que c’était la méthode convenue.


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Une femme de 28 ans qui subissait des violences de la part de son partenaire découvre sa grossesse à 7 semaines témoigne encore qu’elle a décidé au bout d’une énième violence, de sortir de cette emprise avec l’aide de la police. A 14 semaines et 3 jours d’aménorrhée, elle a dû partir au Pays-Bas pour demander une IVG. "C’est effarant", réagit Diane Gardiol. "Les violences qu’elles a subies n’ont pas du tout été prises en compte, 'elle n’avait qu’à aller à l’étranger’. Il était essentiel de la prendre en charge en Belgique pourtant.."

Les témoignages apportent d’autres informations importantes sur le vécu de ces femmes : plusieurs d’entre elles, de tout âge, ont témoigné concernant une grossesse résultant d’un viol, le traumatisme de cette violence sexuelle les avait empêchées de demander plus tôt une IVG. Plusieurs femmes ont également rapporté avoir vécu un déni de grossesse qui les a empêchées de venir à temps.


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"Un délai hypocrite"

"Ce délai légal est hypocrite selon nous, car les femmes qui peuvent se le permettre avortent à 14, 15 ou 16 semaines. Ce qui est inquiétant, c’est que le corps des femmes est toujours un enjeu de négociation politique dans notre pays", conclut Diane Gardiol en faisant référence à la proposition de loi dépénalisant l’avortement et allongeant le délai légal pour avorter de 12 à 18 semaines.

En 2020, cette proposition de loi avait été renvoyée pour examen en Commission Justice de la Chambre à la demande du CD&V qui en avait fait une condition pour son entrée dans le gouvernement Vivaldi, et ce alors que six partis de la Vivaldi étaient favorables au vote de cette loi. "C’est une mise au frigo de cette proposition de loi qui pourrait pourtant améliorer l’accès à ce droit qui concerne directement la santé des femmes", selon Diane Gardiol. "On attend toujours la création du groupe d’expert.es promis par l’accord gouvernemental du 30 septembre 2020."


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La plateforme Abortion Right réitère d’autres revendications afin d'améliorer la loi IVG : outre le délai légal allongé, il faudrait que le délai de "réflexion", pour l’instant d’une semaine, soit raccourci et que les femmes soient mieux encadrées et soutenues tout au long de la procédure. Parallèlement à cela, la plateforme plaide pour un meilleur remboursement de la contraception au-delà de 25 ans pour toutes les femmes, "car la charge de la contraception repose à 90% sur elles". Enfin, "il faut parler de l’avortement et de toutes ces réalités, sortir du tabou qui les entoure, c’est aussi un enjeu important", résume Diane Gardiol.

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Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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