Asma Boujtat est élue Ambassadrice des Sciences 2021

Asma Boujtat est élue Ambassadrice des Sciences 2021
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Asma Boujtat est élue Ambassadrice des Sciences 2021 - © Tous droits réservés

Asma Boujtat a été élue ce 11 février Ambassadrice des Sciences 2021 par la campagne WATS (Women Award in Technology and Science).

Le prix WATS a été créé par l'institut d'encouragement de la recherche scientifique et de l'innovation de la Région de Bruxelles-Capitale, Innoviris, pour améliorer la représentation des femmes dans les filières scientifiques. Cette campagne met en lumière des femmes actives dans le monde de la technologie et des sciences.

Différentes candidates ont réalisé des vidéos leur permettant de partager leurs expériences et leurs métiers.

Une autre image des scientifiques

Après un vote participatif et celui d'un jury composé de jeunes filles, c'est Asma Boujtat, technologue de laboratoire depuis 12 ans, qui a remporté le prix. "Je suis très fière et honorée", explique-t-elle aux Grenades. "Je me suis engagée dans ce concours pour montrer une autre image des scientifiques. On pense souvent à un homme avec des cheveux blancs et des lunettes derrière son microscope et surdiplômé. Moi, je n'ai pas fait de longues études universitaires, je sors d'une haute-école".

Elle reste marquée par un professeur de biologie qui lui a transmis sa passion. "J'ai beaucoup discuté avec lui et il était vraiment passionné. Il m'a donné envie de m'orienter dans la filière scientifique. Quand on est technologue de laboratoire, on fait des choses très techniques et ça me plait. J'observe, je manipule, je fais des expériences", précise-t-elle.


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La scientifique travaille en ce moment dans un laboratoire de microbiologie : "Notre équipe travaille sur les bactéries. On essaie de comprendre comment elles fonctionnent pour pouvoir mieux lutter contre elles, notamment par rapport à la résistance aux antibiotiques. De plus en plus de bactéries sont résistantes à nos médicaments, on doit donc mieux les comprendre. Je travaille plus spécifiquement sur la purification des protéines, je les rends le plus pures possible pour que mes collègues puissent travailler dessus".

Promouvoir les carrières scientifiques des femmes

Au début de sa carrière, elle a travaillé dans un laboratoire d'anatomie pathologique. "Après mes études, ce que j'ai trouvé génial, c'est qu'on peut se retrouver dans n'importe quel laboratoire, on n'est pas spécialisé·es dans un seul domaine en tant que technologue de laboratoire. Dans ce premier laboratoire, j'aidais les médecins à analyser les mélanomes ou les frottis vaginaux. On est vraiment polyvalent·es et on touche à tout", souligne-t-elle.

Quand on est technologue de laboratoire, on fait des choses très techniques et ça me plait. J'observe, je manipule, je fais des expérience

Grâce au prix WATS, durant l'année 2021, Asma Boujtat participera à des campagnes et des initiatives susceptibles d'enthousiasmer davantage les jeunes filles aux technologies et aux sciences. La scientifique recevra également 10.000 euros pour soutenir ses actions de promotion des carrières scientifiques des femmes.

"Durant mes études, j'avais très peur d'aller dans un "vrai" laboratoire. Je me demandais ce qui allait s'y passer, si c'était dangereux. Et en fait, je me suis rendue compte que la formation que j'ai suivie était super bonne. C'est ça que j'ai envie de dire : ce sont des métiers accessibles. Il faut balayer cette barrière d’inaccessibilité qui colle à la peau des métiers scientifiques. Ma fille de 6 ans m'a accompagnée un jour dans le laboratoire. Elle m'a dit que ce que je faisais était trop chouette. J'ai vraiment envie de communiquer là-dessus avec les jeunes", indique-t-elle.

Sous-représentation et invisibilisation

Le prix WATS a été remis ce 11 février, et ce n'est pas un hasard. Il s'agit du jour désigné par l'UNESCO comme la Journée internationale des femmes et des filles dans la science.

Même quand elles ont accès à ces métiers, le travail des femmes scientifiques est plus souvent minimisé ou invisibilisé, voire parfois attribué à des scientifiques masculins

C'est vrai qu'il y a matière à réflexion à ce sujet. En Région bruxelloise, les orientations STEM (acronyme de science, technologie, ingénierie, et mathématiques) sont les seules où seulement 20 % des étudiant·es en secondaire et 35 % des étudiant·es des universités sont des femmes. Cette sous-représentation est beaucoup plus forte en Belgique que dans presque tous les autres pays européens et ceux de l'OCDE.

Dans le monde, les femmes sont également sous-représentées dans le secteur de la recherche et sont toujours largement minoritaires dans les métiers scientifiques, selon l'Unesco. "Aujourd’hui encore, au 21e siècle, les femmes et les jeunes filles sont tenues à l’écart des domaines liés à la science, du fait de leur genre", a souligné la directrice générale de l’agence de l’ONU en charge de l’éducation, la science et la culture, Audrey Azoulay.


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Même quand elles ont accès à ces métiers, leur travail est plus souvent minimisé ou invisibilisé, voire parfois attribué à des scientifiques masculins. C'est que l'historienne des sciences Margaret W. Rossiter a nommé l’effet Matilda, en référence à la militante féministe américaine du 19ème siècle Matilda Joslyn Gage qui avait remarqué que des hommes s'attribuaient les pensées intellectuelles des femmes.

Dans ce contexte, l’année 2020 a été (presque) révolutionnaire. Le Prix Nobel a récompensé l'année dernière la Française Emmanuelle Charpentier (chimie) et les Américaines Andrea Ghez (physique) et Jennifer Doudna (chimie). Ces scientifiques ont ainsi obtenu des prix dans deux des disciplines fortement masculines : le Nobel de physique n'a été attribué qu'à 1,9% de femmes (4 sur 216), celui de chimie qu'à 3,8% de femmes (7 sur 186).

Durant tout le 20ème siècle, les femmes n’ont représenté que 3 % des scientifiques récompensé·es par un prix Nobel.


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