"Moins de cravates, plus de chattes": les militantes féministes dénoncent le sexisme au festival Ars Musica

Ars Musica, "Moins de cravates, plus de chattes" ?
Ars Musica, "Moins de cravates, plus de chattes" ? - © Tous droits réservés

Moins de cravates, plus de chattes". Une voix s’élève devant le cinéma Palace qui accueillait ce vendredi 29 novembre le dernier jour du festival Ars Musica, le festival de musique contemporaine. Cette voix est bientôt suivie par des dizaines d’autres.

Le slogan qu’elles crient fait référence à l’affiche du festival qui représente une cravate en forme de clef de sol et qui a fait réagir de nombreuses compositrices et musiciennes. "Si on avait voulu faire un détournement, nous n’aurions pas mieux fait. Cette affiche est vraiment révélatrice d’un certain fonctionnement au sein du festival", précise l’une des organisatrices de l’action lancée à l’initiative de quatre collectifs : F(s), Elles font des Films, réseau Fair Play et Engagement Art.

En moyenne, en trente ans, Ars Musica a programmé 3% d’œuvres composées par des femmes durant son festival. 97% d’hommes compositeurs durant 30 années ! Il n’y a aussi eu aucune femme durant 7 éditions ! 30 ans de sexisme, ça se fête

 

3% de compositrices en moyenne en 30 ans

C’est qu’elles ont compté et ont inlassablement cherché les compositrices invitées au festival, l’un des plus importants de Belgique qui fêtait ses 30 ans cette année. "En moyenne, en trente ans, Ars Musica a programmé 3% d’œuvres composées par des femmes durant son festival. 97% d’hommes compositeurs durant 30 années ! Il n’y a aussi eu aucune femme durant 7 éditions ! 30 ans de sexisme, ça se fête", expliquent-elles.

Autre information mise en avant par les activistes: les subventions accordées au festival. La région Bruxelles-Capitale, la ville de Bruxelles, la COCOF, la Fédération Wallonie-Bruxelles, Wallonie-Bruxelles International, Wallonie-Bruxelles Musique, SABAM for culture, Banque Nationale de Belgique, la Loterie Nationale ou encore la SACEM (France) subsidient à hauteur de plus de 500.000€ par an l’organisation d’Ars Musica.

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C’est n’importe quoi, reprends ça bobonne", lui répond un homme.

Une grande banderole est installée devant l’entrée avec l’inscription "Les femmes s’invitent au bal", cette soirée de clôture portant le titre de "Bal contemporain". Une des participantes tend des flyers. "C’est n’importe quoi, reprends ça bobonne", lui répond un homme. Soudainement, un passant prend la parole et interrompt tous les slogans de cette action non-mixte: "Je tiens à dire qu’il faut plus de femmes partout parce que c’est vous qui créez la vie". Alors qu’il quitte les lieux, une activiste conclut cette intervention inopinée : "C’était vraiment gênant". Les participantes lancent un nouveau slogan : "Ars Musica, le festival le plus sexiste de Belgique".

"Pas de quotas"

Pendant ce temps, à l’intérieur du festival, "Tout se passe bien et il y a une bonne ambiance", soutient Sarah Vermeulen, la porte-parole. "Je trouve cette action injustifiée", réagit quant à lui Bruno Letort, le directeur d’Ars Musica. "Quand j’étais à France Musique, j’ai interviewé un grand nombre de femmes. Il faut savoir qu’il y a une réalité, il y a moins de femmes compositrices que d’hommes. Je refuse par ailleurs les quotas. Je ne souhaite faire que des choix artistiques, me baser sur la musique et rien d’autre. L’année passée, nous avons envoyé un compositeur et deux compositrices en résidence au Canada, Alice Hebborn, Stefan Hejdrowski et Sarah Wéry. Quant à dire que notre affiche cette année est un emblème phallique… je voudrais remettre un peu de sérénité dans le débat. Je trouve qu’il n’est pas juste de calculer sur 30 ans, je suis directeur du festival depuis 6 ans et il y a de plus en plus de femmes programmées ", continue-t-il.

Sur son site, le festival se définit comme  "un état des lieux de la création musicale" et promeut un "large répertoire aux esthétiques plurielles". "Quand on reçoit autant de subventions, il faut effectivement faire attention à qui on invite. Ici, c’est systématiquement la même bande qui revient d’année en année, toujours les mêmes hommes ", remarque une organisatrice. "Dans les conditions pour recevoir ces subventions, il y a par exemple le nombre de concerts à organiser, c’est normal, mais il n’y a rien sur l’égalité de genre. Cela serait une bonne idée. On entend souvent l’argument qu’il n’y a pas assez de compositrices, elles sont là pourtant, elles existent, elles ne sont simplement pas sélectionnées. En conséquence, elles restent méconnues et invisibles", termine une des activistes présentes.

Après une heure, fin de l’action, le groupe se divise dans les rues du piétonnier, laissant voir la devanture du Cinéma Palace sur laquelle une phrase est écrite sur l’affiche du film "J’accuse" de Polanski : "J’abuse. Polanski violeur, cinéma complice".

Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par Ater-Egales (Fédération Wallonie-Bruxelles) qui propose des contenus d'actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.  

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