Action contre les féminicides, la lesbophobie et la biphobie : "Nous ne sommes pas des marchandises !"

Le numéro gratuit pour les victimes de violences conjugales est le 0800 30 030.

Des drapeaux multicolores, arc-en-ciel et féministes. Des personnes enlacées, pour se donner du soutien. Une action contre les féminicides, la lesbophobie et la biphobie a rassemblé plus d’une centaine de personnes ce mardi 24 août sur la Place de la Monnaie, à Bruxelles, 10 jours après le double féminicide, potentiellement lesbophobe, de Nathalie Maillet, directrice du circuit de Spa-Francorchamps, et Ann Lawrence Durviaux, professeure à l’université de Liège. Franz Dubois, le mari de Nathalie Maillet, les a tuées le 14 août. Ils étaient séparés.

Et si cette affaire a été fortement médiatisée, ce n’est pas systématiquement le cas pour les autres féminicides. Les noms de toutes les victimes connues cette année ont donc été cités lors de l’action, dont ceux de Mounia (36 ans), Jana (18 ans), et Anita (89 ans). Des femmes qui habitaient partout en Belgique, avec des âges très divers, des situations de vie très différentes.


►►► Retrouvez en cliquant ici tous les articles des Grenades, le média de la RTBF qui dégoupille l’actualité d’un point de vue féministe


Ce sont 16 noms qui ont été cités. Au moins 16 femmes ont été victimes de féminicides en 2021, c’est-à-dire tuées par des hommes, souvent les plus proches d’elles, parce qu’elles sont des femmes et parce qu’elles se libéraient de leur contrôle, d’une manière ou d’une autre, selon le décompte du blog Stop Féminicide. Et puis, il y a celles dont on ne connaît pas le nom car il n’y a pas de recensement officiel de ces actes en Belgique. Un recensement officiel est prévu dans le plan national contre les violences faites aux femmes.

3 images
© Belga

"Des mesures fortes contre les féminicides"

L’action a été organisée par des associations féministes et des associations LGBTQIA+. "On ne tue pas par jalousie, on ne tue pas par amour : on tue parce qu’on se sent légitime de tuer", ont collectivement rappelé ces associations. "Le récent double féminicide est un fait grave qui a soulevé de nombreuses questions, notamment dans l’utilisation des termes ‘crime passionnel’ et ‘drame familial’ par les médias, ce qui édulcore les faits, mais aussi parce que la dimension lesbophobe ou biphobe de cet acte n’est presque jamais évoquée. Il faut placer ces violences dans leur dimension sociétale", explique aux Grenades Ghyslaine El Moutaani, co-présidente de la Rainbowhouse, l’une des associations organisatrices.

"Par cette action, nous voulons rendre hommage à ces femmes. Au-delà du symbole, nous demandons des mesures fortes contre les féminicides et les violences faites aux femmes et aux minorités en Belgique. Certains chiffres parlent d’eux-mêmes : près 40.000 plaintes pour violences dans le couple ont été déposées en 2020 dans notre pays, avec un suivi relatif du parquet. Il y a aussi beaucoup à faire pour les femmes qui se situent à l’intersection de plusieurs oppressions : sexistes, lesbophobes, biphobes, transphobes. Elles sont dans l’ombre et elles forment un public très fragilisé. On peut s’inspirer de ce qu’il se fait à l’étranger", continue-t-elle. A ce titre, l’Espagne est fréquemment citée en exemple pour ses mesures préventives et sa loi de 2004, après le féminicide d’Ana Orantes en 1997.


►►► A lire aussi : Double féminicide à Gouvy : "C’est un homme qui a tué deux femmes parce qu’elles se désiraient"


"Des violences intolérables"

Sur les marches de la Monnaie, les prises de parole se succèdent dont celle de Roxanne Chinikar de l’asbl Garance : "Nous ne sommes pas des marchandises. Les féminicides sont aussi le résultat d’une société qui romantise la jalousie. Si l’on touche à l’une d’entre nous, on touche à nous toutes. C’est important de se réunir pour se soutenir collectivement mais aussi pour s’organiser", a-t-elle souligné avant de déplorer le manque de moyens avec lequel les associations de terrain doivent travailler. Malika Roelants du collectief 8 maars a quant à elle replacé les féminicides dans un contexte plus large : "50.000 femmes sont tuées chaque année dans le monde, selon les chiffres de l’ONU", a-t-elle déploré.


►►► A lire aussi : féminicides en Belgique en 2021 : "Il faut sortir du déni"


3 images
© Belga

Dans le public, Cécile, une Liégeoise, explique : "Je voulais venir leur rendre hommage, c’est très important pour moi d’être là aujourd’hui. Ces violences sont intolérables. Je pense beaucoup aux familles et aux ami·es de ces femmes". Après une minute de silence, puis de bruit, et les performances d’artistes, l’action a pris fin avec cet espoir : ne plus jamais avoir à se réunir pour rendre hommage à une autre victime de féminicide.


►►► Pour recevoir les informations des Grenades via notre newsletter, n’hésitez pas à vous inscrire ici


Féminicides : moment de recueillement et de dénonciation

Si vous souhaitez contacter l’équipe des Grenades, vous pouvez envoyer un mail à lesgrenades@rtbf.be

Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK