À découvrir : l’expo photo de Nick Kuskin "1982 HARLEM FANTASY"

Un documentaire photographique inédit au cœur de la communauté transgenre new-yorkaise du début des années 80. Une trace historique sur l’émergence du mouvement des balls et sur l’expression des transidentités.

Nous retrouvons Nick Kuskin à la galerie "JPMDR Atelier" située au 21 rue Saint-Georges à Ixelles. Aux murs est accroché son travail photographique dédié aux balls et au voguing, un mouvement né à Harlem à l’initiative de personnes drag queen et transgenres afro et latino-américaines en réaction à l’homophobie, la transphobie et le racisme.

"Dans ces balls, la communauté noire LGBT parodie les concours de beauté de l’élite blanche, leurs postures et leurs gestuelles… Ils et elles commencent par prendre des poses très maniérées, inspirées des parades sur les podiums. Le nom voguing vient d'ailleurs du magazine Vogue qui incarnait tout ce à quoi cette communauté n’avait pas accès : la mode, l’argent, le luxe, la richesse, le capitalisme…", indique un article de France Inter. Longtemps marginalisé·es les vogueurs et les vogueuses sont aujourd’hui sur le devant de la scène. Regard 40 ans en arrière...

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"Dans ces balls, la communauté noire LGBT parodie les concours de beauté de l’élite blanche, leurs postures et leurs gestuelles… Ils et elles commencent par prendre des poses très maniérées, inspirées des parades sur les podiums. Le nom voguing vient d'ailleurs du magazine Vogue qui incarnait tout ce à quoi cette communauté n’avait pas accès : la mode, l’argent, le luxe, la richesse, le capitalisme…", indique un article de France Inter. Longtemps marginalisé·es les vogueurs et les vogueuses sont aujourd’hui sur le devant de la scène. Regard 40 ans en arrière...

Anthropologie et photographie

La mégapole américaine, Nick Kuskin la connait bien : c’est là qu’il voit le jour dans les années 60 dans une famille d’artistes. "Ma grand-mère était déjà photographe dans les années 20. Ma mère était autrice et poète pour enfants, mon père musicien de hautbois." Évoluant dans un milieu intellectuel et ouvert, la culture s’impose à lui. Son rapport au monde est également influencé par le brassage et la diversité des identités de sa ville. Adolescent, il se passionne pour la photographie. À 17 ans, il travaille notamment pour de nombreux professionnels, tel que Neil Selkirk qui collaborait avec l’immense Diane Arbus. À l’université, il étudie la photographie et l’anthropologie. "Je voulais explorer les cultures à travers la photo."


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Tout fraichement diplômé en 1982, il accompagne deux de ses amis réalisateurs italiens à une fête. "Il y avait des personnes transgenres. À l’époque, ils et elles faisaient partie de la ‘sub-culture’, et étaient très marginalisé·es dans la société." Ses amis, bien intégrés dans la communauté queer, sont invités par Pepper Labeija, icône des balls, à tourner un film au Harlem Fantasy Ball. En accompagnant l’équipe de tournage, le photographe saisit cet espace d’expression de soi à une époque de stigmatisation violente envers les personnes LGBTQIA+. "À présent, les balls sont entrés dans la culture populaire, mais à ce moment-là personne ne les connaissait. Les photos que j’expose aujourd’hui ont été prises lors de ce tournage réalisé en 24h. Nous sommes probablement l’une des premières équipes à avoir documenté les balls."

Je n’ai jamais oublié ces photos, je m’en souvenais même comme l’une des expériences les plus créatives et humanistes de ma vie

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© Nick Kuskin
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Saisir le réel

Nick Kuskin explique avoir été époustouflé et fasciné par l’émergence de cette communauté. "Il y avait quelque chose de très créatif, de très puissant." Parmi les personnes qu’il a photographiées, certain·es sont apparu·es dix ans plus tard dans le célèbre documentaire "Paris is Burning" de la cinéaste Jennie Livingston sorti en 1990.

Madonna dans les années 90 puis la série Netflix "Pose" récemment ont largement popularisé le voguing. "La série est super, mais les costumes, les décors...cest Hollywood ! La réalité, il y a 40 ans, c’était autre chose." Le mouvement était structuré entre différentes maisons, des lieux d’entraide et d’accueil. "Les vogueurs ont également une immense tradition de solidarité. Le mouvement a émergé dans les années 1970, sous la houlette de Crystal LaBeija, à l’apogée du racisme, de l’homophobie et de la transphobie, avant que le sida ne décime une partie de la communauté dans la décennie 1980. La ballroom a beau étinceler, elle connait les larmes", écrit le journal Le Temps dans un excellent article dédié notamment à la réappropriation du voguing par la culture dominante.

Sur les pas de Brueghel

Jusqu’à aujourd’hui, le photographe n’a jamais diffusé ces images. "Je ne savais pas où les montrer, je ne faisais pas partie de la communauté, je ne voulais pas me réapproprier ce combat. Je n’ai cependant jamais oublié les photos, je m’en souvenais même comme l’une des expériences les plus créatives et humanistes de ma vie."

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Après avoir fait de la photographie documentaire, commerciale et artistique et posé ses bagages dans différents pays, en 2018, il a déménagé à Bruxelles par amour. "Ça a changé ma vie, et le changement c’est essentiel. J’habite dans les Marolles, j’ai appris que Brueghel avait vécu dans ce quartier. J’ai commencé à l’imaginer marcher aux alentours en observant les gens. Je me suis dit qu’il était le premier photographe documentaire, et ce, 300 ans avant l’invention de la photographie."


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Inspiré par les pas du maitre incontestable, il a recommencé à penser à ses photos de Harlem. Il s’est fait envoyer les films de 1982 depuis les USA et les a restaurés pendant trois ans. Plus que jamais, il est nécessaire de rappeler ce combat de reconnaissance de la diversité des identités de genre.

Si aujourd’hui, les transidentités sont plus visibilisées dans la société, le travail à mener reste long pour lutter contre la stigmatisation. "Je pense que ces balls étaient l’une des premières impulsions d’une véritable révolution culturelle. L’évolution nous pousse à accepter plus de fluidité au sens large, et ce pour changer le système industriel et patriarcal du 20e siècle. En sortant des rôles préexistants, on peut partager plus entre nous, être plus relié·es."

L’exposition est à découvrir jusqu’au 28 novembre à la galerie "JPMDR Atelier" sur rendez-vous.

Si vous souhaitez contacter l’équipe des Grenades, vous pouvez envoyer un mail à lesgrenades@rtbf.be.

Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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