Pas assez de femmes ? "40 Under 40", une initiative qui fait débat

"40 Under 40", une initiative utile mais qui fait débat
"40 Under 40", une initiative utile mais qui fait débat - © Mongkolchon Akesin - Getty Images/iStockphoto

L'initiative belge "40 Under 40" a été lancée au début du mois de décembre. Son objectif est de "réunir de jeunes leaders talentueux de moins de 40 ans et de leur donner une plateforme pour développer leurs idées et avoir un impact positif sur la société belge". Si l’initiative a été saluée, le panel de ce projet (majoritairement masculin) fait grincer des dents sur les réseaux sociaux.

Depuis 1999, les 40 Under 40 sont une liste de personnes que le magazine économique américain Fortune considère comme étant les jeunes leaders les plus influent·es de l’année. Cette liste est diversifiée : dirigeants d’entreprises, personnalités politiques, sportifs, créateurs de mode et autres personnalités de moins de 40 ans.

Belgium’s 40 Under 40 est une version belge inspirée de celles des Etats-Unis. Les trois initiateurs du projet (qui promet la possibilité de publier du contenu médiatique dans L'Echo et De Tijd), Pierre Gurdjian (ULB), Gaëtan Hannecart (Matexi) et Laurent Coulie (IDeA Europe Foundation), expliquaient dans un article de l’Echo : "Notre pays regorge de jeunes talentueux, aux profils multiples".

Un site web a été créé (40under40.be) ainsi qu’un panel de 40 leaders, "prêts à transmettre leur expérience a été mis sur pied". Des personnes issues du monde des affaires, du public, de l’associatif et de la sphère académique. Ce panel est chargé de sélectionner les jeunes talents puis de les accompagner dans leur parcours. Les candidatures sont ouvertes jusqu’à la mi-janvier.


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Sans remettre en cause la qualité des personnes qui soutiennent l’initiative, c’est le manque de parité et de diversité du panel qui a suscité de nombreuses réactions. Au lancement du projet 40 Under 40, le panel comptait 33 hommes pour 6 femmes. Aujourd’hui, il compte 42 hommes et 9 femmes.

"Nous recevons de plus en plus de candidatures de femmes"

Pierre Gurdjian (ULB) est l'un des trois initiateurs du projet. Il répond à ce déséquilibre en mettant deux points en exergue: "D’abord : le groupe de participant·es sera composé avec un grand soin pour la diversité et sera donc paritaire entre les femmes et les hommes.

Ensuite : le panel de sélection sera composé à parité d’hommes et de femmes ainsi que d’autres critères de diversité. Le groupe de soutien n’est pas le panel de sélection. Le groupe de soutien est toutes une série de personnes qui ont accepté de mettre leur expérience et leur temps au profit des participant·e·s. Le panel de sélection sera composé à parité d’hommes et de femmes. Ce ne sera pas compliqué car le groupe de soutien sera un groupe ouvert.

Le panel de sélection sera composé à parité d’hommes et de femmes

Le panel de sélection ne sera pas composé de 40 personnes, ce sera une quinzaine de personnes. Et déjà aujourd’hui, si nous devions le composer, nous avons amplement de femmes de très grande qualité qui ont rejoint le groupe. Les participant·es auront le choix de travailler avec les membres de groupe de soutien, avec celles et ceux qu’ils et elles souhaitent approcher et avec qui ils et elles désirent travailler.

Nous sommes très impressionnés par la qualité (de tous les membres du soutien) et la qualité des femmes qui ont proposé de soutenir le projet. On reçoit tous les jours de nouvelles candidatures. Nous recevons de plus en plus de candidatures de femmes."

"Un panel loin d’être paritaire et diversifié"

Ana Seré, directrice du Wagon (une école d’informatique ciblée sur le développement web et la data), est à l’initiative d’une carte blanche qui pointe "un projet se voulant diversifié et inclusif alors que son panel ne l’est pas".

Je trouve que l’initiative n’aurait pas dû être lancée tant que la parité et la diversité n’étaient pas plus atteintes

Le début de la lettre ouverte donne le ton : "Vous vous direz peut-être : 'C'est une initiative formidable'. Nous aussi, avant de nous rendre compte que ces leaders accomplis sont composés à 82,5% d'hommes et à 17,5% de femmes. (…) Nous ne nous appliquerons pas au programme '40 under 40' ni ne l'encouragerons en aucune façon tant que cette question n'aura pas été abordée et résolue" (traduction de l'anglais).

Et cela intervient alors que le prix de l’Entreprise de l’année ("la distinction la plus prestigieuse pour une entreprise belge", peut-on lire dans cet article) a été remis le 7 décembre 2020 par un jury composé... de 11 hommes et d’une femme.


Ana Seré : "L'argument qu'il y a moins de femmes CEO ne tient pas la route"

Pourquoi avez-vous écrit une lettre ouverte contre l’initiative "40 Under 40" ?

A.S :" Ce n’est pas du tout une démarche contre l’initiative en tant que telle que je ne trouve pas mauvaise. Simplement, j’ai été assez choquée de voir que parmi la liste des personnes qui soutenaient l’initiative, au moment du lancement, il y avait 33 hommes pour 6 femmes. J’ai abordé ce sujet en le faisant d’abord de manière assez informelle (principalement sur les réseaux sociaux, via Linkedin), et les premières réponses, arguments qui sont revenus étaient du type "oui mais c’est parce qu’il y a moins de femmes CEO" ou encore "il n’y a que 3 femmes CEO dans le BEL20".

Sauf que, selon moi, cet argument ne tient pas la route : oui c’est vrai il y a moins de femmes CEO que d’hommes CEO dans le monde, de manière générale, mais ici on rassemble un panel de plus ou moins 40 personnes et donc c’est tout à fait possible de trouver des femmes. Je trouve ce raisonnement assez fallacieux, surtout que dans ce panel, il n’y pas que des chefs d’entreprises : il y a également des personnes issues du monde académique, de l’associatif, etc. Je ne comprends pas et je trouve ça un peu hypocrite que ce projet mise sur la diversité dans les candidatures mais qu’elle ne se retrouve pas dans le jury majoritairement masculin."


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Quelles seraient des pistes de solutions, selon vous ? 

"Je pense que plusieurs éléments de réponses sont possibles. Sur Linkedin, via des commentaires, certaines personnes qui participent à l’initiative ont expliqué qu’ils sont encore à la recherche d’autres personnes pour le jury et qu’ils allaient essayer de trouver plus de femmes. Sauf que, je trouve que l’initiative n’aurait pas dû être lancée tant que la parité et la diversité n’étaient pas plus atteintes. Selon moi, une des solutions pour remédier à ce problème aurait été très simple : faire un appel ouvert pour ce panel sur les réseaux sociaux.

Si vraiment ils ne trouvaient pas davantage de femmes (ce que je trouve désolant) cela aurait permis à plus de femmes de postuler. Je veux être dans une approche constructive, c’est un bon projet, je pense juste qu’il faut y mettre un stop et le reprendre lorsqu’on aura un jury plus paritaire et plus diversifié. Nous attendons un panel équilibré en termes de genre et un ensemble de mentors vraiment diversifié. 

J’ai également été agréablement surprises des personnes qui ont signé cette carte blanche. Parmi ces dernières, plusieurs personnes dirigent des entreprises, font partie du monde des affaires et réalisent l’importance de la situation. Notre but, au final, c’est de faire avancer la société, on a décidé d’écrire une carte blanche pour cela. Nous ne sommes pas dans la logique d’une pétition "contre"."


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Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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