12 féminicides en Belgique en 2020

12 féminicide en Belgique en 2020
12 féminicide en Belgique en 2020 - © Tous droits réservés

Le 22 juin, deux femmes ont été tuées par leur (ex-)compagnon en Belgique. Marie-Paule Lheureux a été tuée par son mari, Daniel Haumont, qui lui a tiré dessus à bout portant avant de se suicider.

Le même jour, Jessika O. a été tuée à coups de couteau dans son habitation par son compagnon, Steven D., duquel elle venait de se séparer. Il a été arrêté et mis à disposition de la justice. Jessika avait 4 enfants, âgés de 3 à 5 ans.

Christiane, Mégane, Katja, Myriam et d'autres femmes anonymes ont elles aussi été victimes de féminicide cette année. Elles ont été tuées par leur fils ou un agresseur sexuel, le plus souvent par un (ex-)compagnon. Leur nom est recensé sur le blog Stop Féminicide, gérés par des associations de terrain car la Belgique ne comptabilise pas officiellement les féminicides. On ne connait que les cas qui sont traités par les médias : 43 femmes ont été tuées en 2017, 38 en 2018 et 24 en 2019 dans notre pays. Elles sont 12 femmes pour les 6 premiers mois de 2020.


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La séparation, un moment décisif dans les cas de féminicides

Pour reprendre les mots du journal Libération, ces femmes sont tuées à cause de la "mentalité de propriétaire des hommes". Le journal Le Monde a quant à lui réalisé une grande enquête autour des 120 féminicides identifiés en 2018. Les journalistes écrivent : "Un schéma revient de façon récurrente dans ces couples : celui de la prise de contrôle radicale d’un homme sur sa conjointe, un homme qui fait tout pour la maintenir sous sa coupe. Ce phénomène d’emprise peut durer des années jusqu’à ce que la femme décide d’y mettre un terme en voulant reprendre sa liberté.

"C’est ainsi la séparation ou la menace de séparation qui provoque la plupart du temps le passage à l’acte, souvent très violent : pour les auteurs de féminicides, la rupture est vécue comme une dépossession à ce point insupportable qu’ils préfèrent tuer leur compagne plutôt que de la voir échapper à leur contrôle". Le journal constate également que ces violences sont considérées comme "privées" et tues alors qu'il s'agit d'un phénomène de société.


►►►A lire : Retour sur le terme "féminicide" après une tentative de meurtre


Continuum de violences

Depuis 2014, le dictionnaire le Robert a inscrit le mot "féminicide" à son répertoire : "féminicide [feminisid] adj. et n.m. 1. Qui tue une femme. 2. Meurtre d’une femme, d’une fille en raison de son sexe".

C’est ainsi la séparation ou la menace de séparation qui provoque la plupart du temps le passage à l’acte, souvent très violent : pour les auteurs de féminicides, la rupture est vécue comme une dépossession

Anthropen, le dictionnaire d’anthropologie contemporaine définit le féminicide comme "le point d’aboutissement ultime d’un continuum de violence[s] […] s’exerçant spécifiquement à l’endroit des femmes. En d’autres termes, on peut parler de [féminicide] lorsque le viol, l’esclavage sexuel, l’inceste, l’hétérosexualité forcée, les mutilations génitales ou celles effectuées au nom de la beauté comme la chirurgie esthétique, provoquent la mort d’une femme."


►►►A lire : "Continuum", une série de podcasts des Grenades sur les violences conjugales


En 2016, la Belgique s’est engagée à respecter la Convention d’Istanbul très contraignante en matière de violences faites aux femmes. Dans les faits, une majorité des articles de cette convention sont peu, mal ou pas du tout appliqués, selon les associations féministes.

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Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d'actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.