Bases de données culturelles : pour les femmes, l'enjeu de la visibilité est crucial

Il était une fois… deux filles en quête d’histoires nouvelles. Lasses de choisir entre leur engagement féministe et l’offre culturelle, de voir leurs étagères à livres ou DVD pleines de jeunes filles frêles, de preux chevaliers et de super-héros musclés.

Ce sont souvent les hommes qui figurent en tête des box-office et en vitrine des librairies. Et si certains tentent de créer sans stéréotype sexiste, d’autres sont des misogynes avérés, par leurs œuvres et/ou leur vie

C’est comme ça qu’Alice et Eléonore ont lancé " 1001 héroïnes ", un site qui répertorie les histoires portées ou racontées par des figures féminines. Séries, films, nouvelles, romans, bandes dessinées : elles partagent leurs coups de cœur, les découvertes qui les ont fait vibrer, et qui proposent un regard aux antipodes des clichés. "Ce sont souvent les hommes qui figurent en tête des box-office et en vitrine des librairies. Et si certains tentent de créer sans stéréotype sexiste, d’autres sont des misogynes avérés, par leurs œuvres et/ou leur vie" peut-on lire sur leur site. Pour entendre d’autres voix, elles ont trouvé la voie. Lancé ce mois de septembre, le catalogue propose une recherche par type d’œuvre (livre ou film féministe), par mot-clé ou encore par pays. Fatou Diomé, Elif Shafak, Virginie Despentes ou Céline Sciamma sont quelques noms sur lesquels on peut tomber. Les œuvres signées par des hommes sont bienvenues aussi, quand celles-ci correspondent à  la ligne éditoriale. Et si le tout jeune site n’est pas 100% exhaustif (elles ne sont pas encore 1001, et il en existe sûrement plus !), il ne demande qu’à l’être, puisque chacun(e) est libre de contribuer avec son héroïne préférée.

Romancières, poétesses, philosophesses

" C’est un constat, encore rappelé par l’Unesco en 2014 : les femmes sont particulièrement marginalisées dans la vie culturelle, que ce soit à des postes créatifs ou décisionnaires. En 2017, un collectif français interpellait la Ministre de la Culture sur le manque de visibilité des femmes dans la programmation de la Cinémathèque nationale. Et en Belgique ? Les chiffres manquent cruellement (une étude inédite sur les inégalités dans les arts de la scène en FWB est prévue en 2020), mais on en a quand même un peu. En 2018, une étude de l’institut artistique flamand sur l’égalité de genres du secteur artistique en Flandre, montre que les trois quarts des postes de direction sont occupés par des hommes. Elle souligne aussi un schéma clair est frappant : plus les subventions sont élevées, moins il y a de femmes au sommet ". Et plus les femmes ont de difficultés à accéder et contribuer aux arts, moins leurs histoires sont vues, lues, entendues… et moins elles inspireront d’autres à leur emboîter le pas. Pour enrayer le cercle vicieux, des initiatives comme ‘1001 héroïnes’ font un travail de défrichage pertinent pour une meilleure représentation. " Ce genre d’outil est nécessaire et on se réjouit que leurs bases de données soient bien remplies " commente Delphine Noels, scénariste et réalisatrice (‘Post Partum’).

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Dans un autre genre, ‘Les Plumées’ suit une démarche similaire : cette collection littéraire issue de la maison d’édition Talents Hauts s’attache à sortir de l’ombre des textes de femmes tombés dans l’oubli, du Moyen-Âge à aujourd’hui. Renée Vivien, Marguerite Audoux, Judith Gautier… des noms qui ne nous disent (encore) rien pour la plupart, et ce n’est pas un hasard. " Comme dans d’autres domaines, les femmes ont été invisibilisées, copiées, spoliées par le patriarcat " affirme sa directrice Laurence Faron dans un article du Monde.

Mais, pour revenir au numérique, il existe un outil récent et incontournable pour les héroïnes plumées en quête de visibilité : Ba(f)fe. Acronyme caustique de ‘base de données féministe’, le site propose depuis 2017 plus d’un millier d’articles (principalement en français) sur des sujets-phares, retrouvables par mots-clés : afroféminisme, violences conjugales, privilège masculin… Dans la foulée naît aussi son penchant ‘culture’, où l’on retrouve des œuvres variées "qui parlent de féminisme et de manière générale de tout ce qui touche à l'égalité de toustes"

Reprenant le principe, mais sur Instagram, le compte @curatedbygirls et le site du même nom, lancés par la Berlinoise Laetitia Duveau, braquent leur projecteur sur des talents féminins du monde de l’art, de la mode ou de la musique, issus du monde entier. Mot d’ordre : diversité et égalité. 

De manière plus officielle, il existe aussi le Centre d’Archives et de Recherches pour l’Histoire des Femmes – ou Carhif en abrégé, qui dispose d’une importante collection d’informations, archives et publications sur le sujet. C’est grâce à leur site que nous avons découvert le FraGen, une base de données en ligne de textes féministes européens " qui ont influencé le développement d’idées féministes dans 29 pays dans la seconde moitié du XXème siècle ". De quoi s’occuper joyeusement : leur site annonce l’équivalent de 1553 mètres d’archives et documents.

Les bases de données, la clé de la visibilité culturelle ? Encore faut-il les connaître pour les consulter, car elles aussi ont besoin de visibilité (serait-ce une des missions à peine voilées de cet article ?). Compilant des informations précieuses pour la postérité, ce genre de démarche permet non seulement de s’enrichir personnellement, mais aussi un contre-argument béton à ceux (et celles) qui pensent encore que " si les femmes sont trop peu représentées, c’est qu’elles ne sont pas assez nombreuses, ni assez douées ".

"Les Grenades-RTBF" est un projet soutenu par Alter-Egales (Fédération Wallonie Bruxelles) qui propose des contenus d'actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias

 

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