eSport à Bruxelles : la capitale s’active pour développer la discipline

Alors que le développement de l’eSport bat son plein dans certains pays du globe, notamment en Asie et aux Etats-Unis, ce n’est pas le cas partout. En Europe, on traîne un peu. En Belgique, on est très lent. Manque d’investissement, de structures ou encore d’intérêt public, les raisons de ce retard sont nombreuses chez nous. Mais, comme l’indique Philippe Bouillon, manager eSport du Sporting de Charleroi, la Belgique "a rattrapé pas mal de retard en quelques années seulement". Cependant, le chemin sera encore long.

En quête de professionnalisation et de reconnaissance, l’eSport belge tente d’évoluer. C’est d’ailleurs le cas à Bruxelles, où plusieurs initiatives pourraient bien faire bouger les choses…

Petit rappel : c’est quoi l’eSport ?

L’eSport, en français "sport électronique", c’est la pratique d’un jeu vidéo sur Internet ou en "LAN party" (événement rassemblant des joueurs sur un lieu précis) par le biais d’un ordinateur ou d’une console de jeux vidéo. Amateurs, professionnels en passant par joueurs occasionnels, il y en a pour tous les goûts. Malgré les nombreux débats autour de la reconnaissance de cette pratique en tant que sport à part entière, l’essor de l’eSport est assez important dans le monde. Malheureusement, on ne peut pas dire que ce soit le cas en Belgique.

Des initiatives bruxelloises en quête de légitimité

Pour pallier au retard belge, on se mobilise du côté bruxellois. Les choses semblent bouger peu à peu. L’ULB, le Sporting d’Anderlecht ou encore ZennIT Gaming asbl sont de bons exemples de la mouvance électronique dans la capitale.

L’Association eSport de l’ULB tente, de son côté, de faire découvrir l’eSport, de fédérer les gens autour de cette discipline et de développer le haut niveau belge. Elle permet notamment à des étudiants d’obtenir le statut d’e-sportif de haut niveau. Ainsi, des accommodements d’horaires sont possibles, comme chez les jeunes élites sportives. De cette manière, "les jeunes talents n’ont pas à choisir entre une opportunité de carrière e-sportive, souvent courte, et l’assurance d’avoir un diplôme qui reste un certain gage d’emploi dans le futur" déclare Gilles Tinant, président de l’AeS de l’ULB.

Les bons joueurs en Flandres se dirigent vers la scène hollandaise alors que les joueurs francophones filent vers la France

Un des problèmes majeurs empêchant le développement de l’eSport à Bruxelles et en Belgique, c’est le manque de structures. Pour Brieuc Adam, président et fondateur de l’ASBL bruxelloise ZennIT Gaming, les pépites de l’eSport noir-jaune-rouge sont attirées par les structures de nos voisins européens. "Il faut fournir des espaces équipés d’ordinateurs ou de consoles de dernière génération, des coachs, des bénévoles, des managers pour que nos joueurs belges puissent trouver ce qu’il leur faut pour atteindre un niveau professionnel" déclare-t-il. De cette manière, ZennIT Gaming entend bien s’ouvrir à tous et devenir un incubateur pour les jeunes talents souhaitant se professionnaliser. L’objectif est de pouvoir les garder au maximum sur notre territoire.

Un autre problème, c’est le manque d’investissement. Les annonceurs, sponsors et autres investisseurs sont peu présents. Pour Phillipe Bouillon, il y a très peu de moyens à disposition pour rattraper le retard de manière significative. C’est là qu’interviennent les clubs de football de la Pro League. A Bruxelles, c’est le cas du Sporting d’Anderlecht et de son joueur pro FIFA, Zakaria Bentato. Il y a eu une évolution depuis leur entrée dans la course "e-sportive". Ils représentent un tremplin pour la crédibilité de l’eSport, sont des aimants pour les annonceurs et des piliers pour le développement et la professionnalisation de la discipline. Inutile de dire que ce sont des acteurs importants profitant de leur notoriété préexistante.

2 images
Zakaria Bentato défend les couleurs du Sporting d’Anderlecht manette en mains © RSCA. be

Le politique ne s’intéresse pas à l’eSport

C’est un constat partagé par beaucoup. "On dirait bien que la pratique ne fait pas partie des priorités" déclare Brieuc Adam. "Si on veut continuer à développer le projet, il va falloir aller toucher le monde politique" pour Gilles Tinant. Sans suivi politique, il est difficile de développer l’eSport. Le MR semble répondre à ce sentiment général de délaissement politique. Après avoir organisé son premier tournoi FIFA qui a débuté le 10 avril dernier, le Mouvement Réformateur proposera une journée consacrée au gaming et à l’eSport le 18 avril prochain. L’entrée de l’eSport dans l’agenda politique serait-elle officielle ? L’avenir nous le dira. En tout cas, pour Philippe Bouillon, "tout ne va pas changer du jour au lendemain mais cette initiative est un pas vers un mieux".

Le "boom eSport" belge, ce n’est pas pour tout de suite…

Toutes ces initiatives locales ne sont qu’un début pour un réel développement de l’eSport. On est encore loin des situations chez certains de nos voisins ou en Asie et aux Etats-Unis. "Face à ce challenge, s’unir pour trouver des solutions est primordial" annonce Gilles Tinant. C’est peut-être bien la clé pour développer l’eSport chez nous. Au-delà des initiatives locales, il faudrait que tout un réseau se crée, qu’il y ait un suivi politique, des investissements conséquents… A partir de ce moment-là, nous pourrons parler de réelle évolution.

Malgré ce retard en matière e-sportive, il est important de rappeler que Bruxelles n’est autre que la capitale européenne du jeu vidéo en ligne. Le comité interne d’Esports Europe a en effet choisi d’y établir son siège en 2019.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK