Les quelques approximations d'Electrabel sur les centrales nucléaires belges

Les quelques approximations d'Electrabel sur les centrales nucléaires belges
Les quelques approximations d'Electrabel sur les centrales nucléaires belges - © Tous droits réservés

Lundi soir, sur les ondes de la Première, la séquence CQFD opposait la porte-parole d’Electrabel Anne-Sophie Hugé au professeur en électro-mécanique de l’université de Liège Damien Ernst. Alors que Doel 1 et 2 ont été prolongés par le gouvernement fédéral, cette décision politique n’a pas empêché plusieurs incidents, à chaque fois dans les parties non-nucléaires. Faut-il s’inquiéter ? Non, selon Electrabel, pour qui, "il y a une marge entre la réalité et la perception" :

"La réalité, c’est qu’il n’y a pas plus d’arrêts non-programmés maintenant qu’auparavant. Il n’y en a pas eu non plus en Belgique que partout ailleurs dans le monde. Au contraire, on est même en deçà de la moyenne internationale des autres centrales dans le monde."

Deux affirmations, plutôt rassurantes, sur l’état de nos centrales nucléaires. Mais deux affirmations que les statistiques tendent à (sérieusement) nuancer. Ces statistiques, ce sont celles de l’AIEA, l’agence internationale de l’énergie atomique, basée à Vienne. Sur son site, l’agence onusienne dispose d’un grand nombre de chiffres sur la production d’énergie nucléaire. Un chiffre nous intéresse plus particulièrement, celui du "Unplanned Capability loss", qu’on pourrait traduire littéralement par "Perte de capacité imprévue". Ce chiffre, calculé en pourcentage, est le ratio des pertes d’énergies imprévues sur une période donnée. En clair : les moments où un réacteur nucléaire ne produit pas d'électricité, de façon imprévue. Est imprévu tout arrêt qui n’a pas été planifié 4 semaines à l’avance, comme l’explique l’AIEA. Et bien entendu, pendant ces périodes, le réacteur ne produit pas d'électricité.

Attention : un arrêt imprévu ne signifie pas qu'il y a eu un danger nucléaire quelconque. Le sabotage du réacteur de Doel 4, par exemple, est également considéré comme une "perte de capacité imprévue". Idem pour de la récente panne à Doel ou encore la découverte des microfissures.

Néanmoins, lorsque on consulte les statistiques de l'AIEA, pour la période 2012-2014, on constate que les 7 centrales nucléaires belges ont un facteur de "perte de capacité imprévue" de 20,5%. De tous les pays au monde disposant de centrales nucléaires (il y en a 30), notre pays possède le taux de "perte de capacité imprévue" le plus élevé (l’Iran est deuxième avec 17% sur une seule centrale, la Grande-Bretagne est troisième avec 12,8% de "perte de capacité imprévue" sur 18 centrales nucléaires). La moyenne mondiale est de 3,8%, toujours pour la période 2012-2014. 

Quid du passé ?

L’AIEA dispose de statistiques sur toute la durée de vie des centrales nucléaires. Les réacteurs belges, en moyenne, ont un facteur de "perte de capacité imprévue" de 4,8% jusqu’en 2014 (derniers chiffres disponibles). C’est en deçà de la moyenne mondiale qui est de 6,1%. Et ces chiffres tiennent donc compte de la difficile période 2012-2014. Historiquement, donc, quand Electrabel dit que la Belgique se situe en deçà de la moyenne, c'est correct. Mais c'est erroné de dire "il n’y a pas plus d’arrêts non-programmés maintenant qu’auparavant", les chiffres de l'AIEA montrent le contraire.

Âge et disponibilité

"Doel 1, Doel 2, dont on dit souvent qu'elles sont les plus anciennes, ce qui n'est pas vrai, il y a des centrales qui sont anciennes dans le monde, elles affichent historiquement un taux de disponibilité de plus de 90%, ce qui est particulièrement élevé."

Il y a du vrai, et du faux. Effectivement, Doel 1 et 2 ne sont pas les réacteurs les plus âgés. Sur les 439 réacteurs nucléaires opérationnels, 44 sont plus âgés que Doel 1, le plus vieux des réacteurs belges. Ce dernier a été lancé ("connecté au réseau" pour reprendre la terminologie de l'AIEA) le 28 août 1974.

Sur ces 44 réacteurs plus âgés que Doel 1, 28 se trouvent sur le territoire des Etats-Unis. Un seul se situe sur le territoire de l'Union européenne : Borssele, ville néerlandaise en Zélande, guère éloignée de la frontière belge. Pour être complet, ajoutons que la Suisse dispose de deux réacteurs encore plus âgés : Beznau-1 (17 juillet 1969) et Beznau-2 (23 octobre 1973).

Quid du taux de disponibilité pour Doel 1 et 2 évoqué par Electrabel ? Au-dessus de 90%, vraiment, comme le dit l'électricien ? Pas vraiment à croire l'AIEA et la statistique "load factor" (qu'on peut traduire par "facteur de disponibilité"): 86,3% pour Doel 1, 83,4% pour Doel 2. Des chiffres plus que corrects, mais inférieurs aux déclarations de la filiale d'Engie.

Himad Messoudi

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