"Le gouvernement a décidé le RER à quatre voies. Cela n'est plus discutable"

À quatre voies ou à deux voies, l’avenir du RER wallon n’a jamais semblé aussi incertain. Problèmes de financement, retards importants des chantiers, notamment par rapport à leurs homologues flamands, c’est cet épineux dossier qui était abordé ce dimanche sur le plateau des décodeurs.

Car vingt ans après le début des travaux, les déclarations contradictoires de la ministre fédérale de la Mobilité sur le nombre de voies du futur RER a semé le trouble et entraîné une levée de boucliers en Wallonie, outre à semer le doute, y compris au sein de la majorité fédérale.

À l’image de sa ministre de tutelle, le patron de la SNCB, Jo Cornu, semble surtout préoccupé par l’optimisation des réseaux ferroviaires existants: " Nous avons deux objectifs à la SNCB. Mieux servir nos clients et contribuer à la résolution des problèmes de mobilité en Belgique. Dans la zone RER, actuellement, nous avons une occupation des trains de 60 à 80% pendant l’heure de pointe. Sans le RER. Pour augmenter l’attractivité des trains, il faut faire un certain nombre de choses dont pour faciliter l’accès au train. Wifi, parkings, quai adaptés, nouveaux trains double-étage, etc.".

Un discours qu’il dit centré sur le voyageur plutôt que sur l’infrastructure. Et Jo Cornu d’enchaîner qu’ "après avoir rendu le service existant plus attractif, et augmenté la capacité actuelle, il faut essayer d’utiliser au mieux l’infrastructure existante". Mais là encore, le patron de la SNCB ne parle pas de RER. Il préfère vanter les mérites des avancées technologiques à venir pour les trains, dont le pilote automatique.

"Ce que je crains, c’est que la SNCB plaide le ‘on va faire avec ces deux voies ‘ pour le RER"

Pour le député Fédéral Ecolo Marcel Cheron, ce volte-face est d’autant plus inquiétant qu’en 2003, huit axes de pénétrations avaient été promis par la SNCB afin de désengorger Bruxelles, l’une des villes les plus embouteillées du monde. " Cinq de ces axes étaient normalement à quatre voies. Trois sont déjà réalisés en Flandre, les deux wallons ne sont eux pas terminés. Et ce que je crains, c’est que la SNCB plaide le ‘on va faire avec ces deux voies ‘ pour le RER wallon". Tout cela notamment afin de privilégier les trains à double-étage ?

Même son de cloche du côté du ministre wallon de la Mobilité, Carlo Di Antonio (cdH), pour qui les propos de Jo Cornu sonnent plus comme des alternatives au RER que comme des solutions au blocage actuel. "Nous étions inquiets après avoir entendu Jacqueline Galant, nous étions rassurés le lendemain après l’intervention du Premier ministre, et aujourd’hui on a l’impression de revenir à la version de Jacqueline Galant qui consiste à ne pas faire l’infrastructure".

Les Wallons pigeons ?

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"C'est le gouvernement qui décide. Et il a décidé le RER à quatre voies. Cela n'est plus discutable" © Pierre Kroll/RTBF

L’élu cdH ne parle pas ouvertement de communautarisme, mais il teinte tout de même son propos de considérations qui vont dans ce sens: "Monsieur Cornu, si nous étions dans le même débat en Flandre, je ne suis pas sûr que votre position serait la même. Car aujourd’hui on nous dit que concernant le projet majeur, structurant, permettant d’organiser le transfert modal de la voiture aux transports publics, on va trouver des alternatives. Vous parlez de wifi, de trains qui ne sont remplis qu’à 60 ou 80%. Or la solution c’est le RER, tel que signé en 2003 ".

"C’est dans la déclaration du gouvernement"

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"C'est le gouvernement qui décide. Et il a décidé le RER à quatre voies. Cela n'est plus discutable" © Pierre Kroll/RTBF

Pour tenter de clarifier la position exacte de la majorité au pouvoir, point de ministre fédéral de la Mobilité, mais le député fédéral MR Vincent Scourneau. D’emblée, le projet initial à quatre voies est confirmé par le bourgmestre de Braine-l'Alleud comme si cela n’avait jamais été remis en question. L’occasion au passage de rappeler à Jo Cornu qui prend les décisions: "Ce n’est pas qu’une impression, c’est une certitude. On a un Premier ministre qui confirme et c’est dans la déclaration du gouvernement. Alors quand on le CEO d’une entreprise publique qui tente de renforcer l’offre, c’est légitime, mais c’est le gouvernement qui décide ; Et le gouvernement a décidé le RER à quatre voies. Cela n’est plus discutable".

Dans les cordes, le CEO de la SNCB tente de convaincre que ses alternatives au RER à quatre voies, bien qu’inscrites comme telles dans différents rapports, sont en fait des étapes pour aboutir au projet tel que décidé initialement.

Mais la précision de Jo Cornu se heurte à la pugnacité de Marcel Cheron : "Nous avons obtenu à la Chambre un audit par la Cour des Comptes. Qui vous a d’ailleurs beaucoup fâché. Ce rapport dit clairement que les travaux du RER sont interrompus".

La faute à qui ?

La seule chose certaine, c’est que concernant la responsabilité du chaos actuel, tout le monde se rejette la balle. Le problème semble cependant structurel, à tous les niveaux, y compris politique. " Cela fait deux ans que je demande à la ministre Galant de réunir les trois ministres de la Mobilité des trois régions. C’est là que doivent se discuter les grands dossiers tels que ceux-là. On ne va pas résoudre dans un pays si petit que le nôtre des problèmes de mobilité sans se parler. Impossible. J’ai l’impression que l’on veut nous cacher des choses car faire trois milliards d’économie, c’est impossible sans faire d’importantes coupes dans les infrastructures " argumente, le ministre wallon de la Mobilité.

Par rapport aux problèmes budgétaires du RER tels que soulignés en 2015, Vincent Scourneau (MR) s’empresse de rappeler que ceux-ci datent de bien avant : "Cela fait des années qu’on tire la sonnette d’alarme et aujourd’hui c’est madame Galant qui est exposée. Cela est dû à un manque, en ne provisionnant pas les comptes du RER". De là à parler des gares pharaoniques réalisées ces dernières années en Belgique il n’y avait qu’un pas, que Marcel Cheron s’empresse de franchir: "La gare de Mons dit le rapport de la Cour des Comptes, au début c’est 85 millions. À la fin c’est 270. C’est le choix d’investir dans des gares plutôt que dans des trains".

Chassez le communautaire…

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"C'est le gouvernement qui décide. Et il a décidé le RER à quatre voies. Cela n'est plus discutable" © Pierre Kroll/RTBF

Pourtant le fonds RER est un fonds indépendant. Largement sous-approvisionné depuis des années, tout le monde est d’accord sur la nécessité de le ré-alimenter, en Wallonie du moins. Car concernant les bailleurs de fonds potentiels, cela coince, comme le rappelle Carlo Di Antonio " Si la partie qui n’était pas faite n’était pas en Wallonie, la question ne se poserait pas. On a le sentiment que chaque fois qu’un dossier francophone est sur la table en termes d’infrastructures c’est un problème. Et au Parlement fédéral on nous disait qu’Anvers ne peut pas payer ".

Un problème communautaire ? Chez Ecolo en tout cas, on craint que les couacs de ces dernières semaines n’aient pas apaisé la situation. " Quand j’entends que la N-VA, vous voyez la N-VA monsieur Scourneau ?, dit qu’il faut d’abord s’occuper d’Anvers, on a compris. Notre réseau en Wallonie, plus vallonné nécessite une autre infrastructure. On a déjà négocié un epremière fois le RER globalement et on va devoir renégocier une deuxième fois ? C’est inimaginable".

Erreurs du passé

La répartition des investissements permettant à la Flandre, sur 100 euros investis à la SNCB d’en obtenir 60, aurait-elle été mal négociée par la ministre de l’époque, Isabelle Durant (Ecolo). Pas nécessairement. La disparité régionale relative à l’avancement des travaux du RER relèverait plutôt de la différence de configuration des deux régions comme évoqué par Carlo Di Antonio mais également des nombreux recours déposés en Wallonie concernant la ligne 124. Des problèmes de permis qui ont fortement handicapé la réalisation des 22 kilomètres de cette ligne.

Solutions du futur

Si les responsabilités du passé sont compliquées à définir, celles du futur ne le semblent pas moins. Car pour Jo Cornu, ce n’est pas à lui de s’engager sur la mise à quatre voies du RER mais bien à Infrabel. Seule chose certaine donc, le gouvernement semble, actuellement, bien décidé à porter à terme le projet RER à quatre voies. Quoi qu’en disent les ministres de la Mobilité présents, et à venir.

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