Claude Rolin : "Il faut montrer aux gens le choix à faire pour donner un avenir à l'Union européenne"

Claude Rolin : "Il faut montrer aux gens le choix à faire pour donner un avenir à l'Union européenne"
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Claude Rolin : "Il faut montrer aux gens le choix à faire pour donner un avenir à l'Union européenne" - © Tous droits réservés

Quatre députés européens, quatre visions d'une Europe réformée. Aux lendemains du Brexit, le plateau des Décodeurs a accueilli quatre hommes politiques européens qui ont confronté leur vision de l'événement et des conclusions à en tirer.

Des Etats Nations qui se regardent le nombril

Gérard Deprez (MR) ouvre le bal en revenant sur le malaise des citoyens européens face à une bureaucratie qui leur semble "intouchable" et inefficace. "On ne peut pas dire que les opinions publiques ne soient enchantées par les performances de l'Union européenne." Un point de vue partagé par ses collègues députés, qui pointent différents éléments pouvant expliquer ce désamour.

"Je ne suis pas surpris par le Brexit, déclare Marc Tarabella (PS). J'y vois une opportunité, à condition que les dirigeants européens disent qu'effectivement, l'Europe dans laquelle nous allons, il n'y a plus d'espoir. Donc il faut relancer la machine. Les défis sont là, donc il faut se ressaisir."

"Ce discours hypocrite où l'Europe est pointée du doigt, ne faisant pas ce qu'il faut faire, doit cesser, martèle Claude Rolin (cdH). On en est partie coupable, mais ce sont surtout les politiques nationaux qui jouent ce jeu. Il n'y a pas assez de connexions entre les députés nationaux et européens."

Les gouvernements des Etats-membres qui se la joueraient trop perso, au détriment d'une cohésion européenne? Philippe Lamberts (Ecolo), en est persuadé.

"Aujourd'hui, il y a un manque de volonté politique, par exemple au niveau de l'harmonisation fiscale. Rien n'empêche les gouvernements européens de décider d'harmoniser les impôts des sociétés ou le système de protection social. Mais ils ne le font pas, ils préfèrent se mettre en compétition."

ll faut un véritable gouvernement européen

Une réforme de l'Europe est sur la table, où, selon Claude Rolin, "il faut modifier le contenant. Dans la construction européenne, on est quelque part à mi-parcours et il faut aller plus loin. Avoir plus de fédéralisme européen, avec une réelle démocratie, c'est-à-dire une plus grande place pour le Parlement européen." Gérard Deprez va dans la même direction, arguant que "l'impression des européens est que ce sont des bureaucrates qui impulsent toutes les décisions. Il faut un véritable gouvernement européen, la Commission incarne trop une bureaucratie, qui n'est pas un gouvernement élu."

Changer le contenant, mais aussi le contenu. Claude Rolin : "On ne peut pas rendre les citoyens en amour avec l'UE si elle se présente sans cesse comme une 'Europe sanction' et pas comme une Europe qui propose des projets positifs.  Il faut relancer la croissance et  l'économie pour l'emploi. Le paquet qui a été oublié dans les politiques européennes, c'est le social. C'est d'avoir une réponse sociale par rapport à ce que les gens vivent, en matière de sécurité sociale, de soins de santé, de protection contre le chômage."

Changer les politiques européennes

Philippe Lamberts revient sur les différentes décisions européennes très mal perçues par l'opinion, telles que les négociations du TTIP (accord transatlantique avec les USA), ou encore la décision de prolonger l'autorisation de commercialisation du glyphosate. "Je ne veux pas qu'on se dise qu'il suffit de faire un peu de tuyauterie institutionnelle à la Belge et les citoyens seront contents. Si on continue avec les mêmes politiques, comme le TTIP, si on continue à imposer aux gens ce qu'ils ne veulent pas, les gens n'apprécieront pas."

"Les députés européens sont élus par les mêmes citoyens qui élisent les députés nationaux, rappelle le député écolo. Les gouvernements de l'Union sont élus. C'est vrai que parfois ceux qui décident se cachent derrière les institutions ou les fonctionnaires pour ne pas à avoir à assumer politiquement leurs décisions. Ce qu'une majorité a fait, une autre majorité peut le changer."

Gerard Deprez insiste aussi sur le fait que les perçoivent les décisions européennes comme un peu trop immuables. "Quand vous avez un différend en Belgique, on dit qu'il faut changer de gouvernement ou de politique. Quand ça se passe au niveau européen, on dit qu'on ne veut pas de cette Europe-là."

Redéfinir le projet européen

Marc Tarabella ne va pas par quatre chemins. Pour lui, la redéfinition de l'Europe passe par son rétrécissement, en ne gardant que les pays qui partagent encore des valeurs européennes.

"Aujourd'hui la Hongrie n'a plus sa place dans l'Union européenne. Ils font des lois anti-européenne, et face à ça, un comportement amorphe des chefs d'Etat et gouvernement et du Parti populaire qui ne veut pas le punir. Il faut donner un signal fort que quand on transgresse les valeurs européennes, on est sanctionné. Aujourd'hui il y a une impunité totale, les chefs d'Etat et de gouvernement font ce qu'ils veulent. Il faut changer les traités pour changer cela."

Ceux qui veulent avancer vers plus d'intégration européenne ne doivent pas être freinés par ceux qui sont contre

"Je crois dans en l'avenir de l'Europe, qui passera peut-être par un rétrécissement temporaire, où chacun déclare clairement se intentions. Où ils sont dedans, où ils sont dehors. Il faut redéfinir le projet avec ceux qui le veulent vraiment. Aujourd'hui, beaucoup de pays considèrent l'Europe comme un Bancontact, et ça doit s'arrêter."

L'idée d'une Europe à plusieurs vitesses plane déjà sur l'Union... mais selon Claude Rolin, "Nous sommes une Europe à 28 vitesses. Il faut un espace démocratique et de gouvernance au niveau de la zone euro. Et ceux qui veulent avancer vers plus d'intégration européenne ne soient pas freiner par ceux qui sont contre."

Une distinction entre la zone euro les autres pays est également évoquée par Gérard Deprez. "Les 27 doivent continuer à gérer ensemble un certain nombre de sujets, comme les frontières. Et la zone euro doit véritablement devenir une zone de croissance. Il faut gérer les deux dimensions en parallèle."

Et le député cdH de conclure: "Il faut redonner sa dimension sociale à l'Union et redonner confiance aux citoyens. Et il faut une gouvernance sur la zone économique et monétaire. Nous avons le devoir d'avoir une expression la plus claire possible, il faut montrer aux gens le choix qu'il faut faire pour donner un avenir à l'Union européenne."

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