65 000 emplois créés: merci le gouvernement fédéral?

Ce sont les journaux de Mediafin qui ont levé le lièvre : entre la mi-2014 et aujourd’hui, près de 65 000 emplois ont été créés. Depuis ce mercredi matin, partis de la majorité et membres du gouvernement se félicitent de ces bons chiffres.

Pas de quoi impressionner les socialistes du nord et du sud, qui ont réagi sur Twitter, en rappelant les chiffres de prévision de créations d’emploi de 2014 du Bureau du Plan : pour les socialistes, le gouvernement Michel n’est responsable en rien de ces créations d’emploi. Qui dit vrai ? Vous allez le voir, ce n’est pas si simple.

Les chiffres

De quoi parle-t-on ? Des créations d’emploi depuis l’arrivée de Charles Michel au 16, rue de la Loi. L’ancien patron du MR a prêté serment le 11 octobre 2014. Les négociations ont commencé fin juin, la référence est donc le 3ème trimestre 2014. À ce moment-là, la Belgique comptait 4 552 500 emplois. À la fin du 1er trimestre 2016, notre pays disposait de 4 617 200 emplois. Et donc, notre pays, depuis mi-2014, a créé 64 700 emplois.

Réponse des socialistes sur Twitter : à politique inchangée, le Bureau du plan prévoyait en 2014 la création de 66 000 emplois à l'horizon 2016. C’est correct : dans ses perspectives 2014-2019, le Bureau du Plan prévoyait effectivement une progression de 65 900 emplois entre 2014 et 2016.

Emballé, c’est pesé, le gouvernement Michel fait dans la manipulation ? Pas si vite.

Les prévisions

Lorsque l’on consulte les prévisions économiques du Bureau du Plan 2014-2019, les prévisions qui ont permis aux experts de déterminer, entre autres, les créations d’emplois, on lit ceci : "La croissance de l’économie mondiale continuera à se renforcer dans le courant de 2014 et en 2015, passant ainsi de 3% en 2013 à 3,6% cette année, pour monter à 3,9% en 2015. Le scénario retenu suppose, pour la période 2016-2019, qu’un tel rythme de croissance soit maintenu (…)".

Concernant la Belgique, le Bureau du Plan prévoyait une augmentation de 1,4% en 2014, 1,8% en 2015 et 1,6% pour les années suivantes, "un rythme très légèrement supérieur à celui de la zone euro".

Au final…

Deux ans plus tard, force est de constater – c’est le lot des prévisions – que tout ne s’est pas passé comme prévu. L’an dernier, "le Plan" faisait le constat de "performances mitigées" pour l’économie mondiale en 2014, d’une "année 2014 décevante" pour l’économie de la zone euro avec une croissance bloquée à 0,9%, soit 0,1% de moins que la Belgique (1%). Alors que le Bureau du Plan avait prévu 1,4%.

Dans ses prévisions économiques 2016-2021 du mois de février, le Bureau du Plan constate que, "en 2015, la croissance de l’économie mondiale a souffert du ralentissement de l’économie chinoise et des effets négatifs de la forte baisse des prix des matières premières sur d’autres économies émergentes comme la Russie et le Brésil. (…) En 2015, l’économie belge a crû de 1,4% (…) grâce au dynamisme de la consommation privée. En 2016, tant sous l’effet d’un ralentissement tant de la consommation privée que de la consommation publique, la croissance du PIB ne devrait plus dépasser 1,2%". Alors qu’en 2014 la croissance prévue pour 2016 était de 1,6% et de 1,8% en 2015.

Si on calcule le "manque à gagner" en terme de PIB, entre les prévisions 2014 et les chiffres dont on dispose aujourd’hui, prévisions 2016 comprises, on se rend compte que la Belgique a "perdu" 1,2% de PIB. Peut-on quantifier cette perte d’emploi en regard du PIB "perdu" ? Oui ! Il existe même une loi, la "loi d'Okun", qui fait le lien entre PIB et chômage.  Dans la revue économique de la Banque nationale de Belgique, K. Burggraeve, G. De Walque et H. Zimmer ont étudié la relation "entre croissance économique et emploi". Ainsi, à la lecture de cet intéressant article, on apprend que "lorsque le PIB augmente de 1% l’emploi s’accroît de 0,5%", un chiffre conforme à la moyenne européenne d’après ces trois experts.

L’on comprend donc que pour arriver à créer les emplois prévus par le Bureau du Plan, en 2014, il a bien fallu qu’une ou des mesures "fasse(nt) le job", si l’on peut dire. Ainsi, "l'évolution favorable des coûts intérieurs sous l’impulsion des mesures prises pour limiter le coût du travail et la dépréciation de l’euro soutiendraient la croissance des exportations", ce qui a permis de créer de l'emploi. Entre hausse de la TVA sur l’énergie, saut d’index, le pouvoir d’achat a pu être "entamé", mais ces mesures n’ont pas empêché une augmentation du pouvoir d’achat de 0,9% en 2015. Et, concernant le saut d'index, a pu créer également de l'emploi.

Conclusion

Le gouvernement Michel a-t-il créé, tout seul, 65 000 emplois ? Non.

Ces 65 000 emplois se seraient-ils créés tout seul, à politique inchangée, comme le prétendent socialistes du nord et du sud ? Non plus.

Le contexte international s’est dégradé, le contexte européen aussi. Le PIB de la Belgique n’a pas tenu ses promesses de croissance et, à partir de 2015, la responsabilité du gouvernement Michel est engagée sur cette question. Mais de la même façon, la baisse du coût du travail, la baisse du handicap salarial avec les pays qui nous entourent, entamés par l’équipe Di Rupo, a connu un coup de fouet depuis l’avènement de la "suédoise".

A politique inchangée, le nombre d’emploi créés aurait été inférieur aux 65 900 prévus par le Bureau du Plan. La politique du gouvernement a donc permis la création d’un certain nombre d’emplois. Combien ? Impossible de répondre à cette question. Mais l’action du gouvernement fédéral a eu une influence positive sur la création d’emplois ces deux dernières années.

En bref, comme souvent lorsqu’il est question de chiffres, la vérité n’est que rarement blanche ou noire. Préférez les nuances de gris…

@Himad

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