De Sarajevo à Sarajevo: épisode 5 - Gozée la sanglante!

Coquelicot
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Coquelicot - © Martine Cornil

Les 21 et 22 août 1914, parallèlement à la bataille de Mons livrée par les Britanniques, un autre affrontement majeur se déroule aux alentours de Charleroi. Moins connu que les batailles de la Marne, de Verdun ou du Chemin des Dames, ce sera pourtant l’épisode le plus sanglant de l’histoire militaire de France.

Les troupes françaises, menées dans l’esprit d’offensive à outrance, manquant d’artillerie lourde, harassées par des marches et contremarches ordonnées par un état-major hésitant, vont se faire massacrer sur les hauteurs de la Sambre. Philippe Wille, historien amateur, a retracé l’histoire des combats autour de Gozée, au sud-ouest de Charleroi. Ecoutez-le ci-dessous.

>>> balade à la recherche d'un cimetière allemand conséquent à la bataille de Gozée

Offensive à outrance

C’est le maître-mot. Un siècle plus tard, cette doctrine militaire française est toujours citée en exemple pour dénoncer l’aveuglement, voire la stupidité des chefs militaires français. Symbole par excellence de ce funeste état d’esprit: le pantalon garance, popularisé dans un film d’Yves Boisset dénonçant l’incompétence et la nonchalance des officiers généraux.

La réalité historique est bien différente, et beaucoup plus nuancée. Dans les faits, la violence inouïe de la guerre de masse, industrielle, a surpris de part et d’autre. Ci-dessous, Philippe Wille - qui est aussi auteur de "L’Affaire oubliée de Charleroi" - fait une description de l'armée française.

La réalité, c’est que cette guerre, malgré les précédents dans les Balkans et en Afrique du Sud, est la première de l’ère moderne. La première à mettre en œuvre les armes du XXème siècle à une telle échelle: canons à tube rayé, obus explosifs de haute puissance, mitrailleuses se combinent pour enfanter l’enfer. La leçon est cuisante, autant pour les Français que pour les Allemands. La seule différence, c’est que l’élan Allemand semble irrésistible.

Philippe Wille explique ici comment l'armée française s'est battue sur les terres de Gozée

Les théoriciens d’avant-guerre polémiquent à l’infini sur la forme que prendront les batailles modernes

Sur le terrain, la théorie subit les dures lois de la réalité. Mais il fallut, dès les premiers mois de la guerre, trouver des boucs émissaires pour expliquer l’infortune des armes françaises. De nombreux officiers généraux furent destitués de leur commandement et envoyés à Limoges (ils furent "limogés"). Parmi ceux-ci, Lanrezac, commandant la 5ème armée à Charleroi. Un des rares opposants à la doctrine de l’offensive à outrance et qui sauva son armée d’une destruction certaine. La disgrâce rétribua sa clairvoyance.

>>> L'actuel professeur d'histoire militaire Mr Sterkendries répond à son homologue de 1964 Mr Bernard.

Le nombre, l’un des facteurs décisifs du succès allemand dans les premières semaines du conflit

L’état-major français n’avait tout simplement pas tenu compte des troupes de réserve dans son évaluation des effectifs ennemis. Ces troupes de réserve étaient pourtant des unités de première ligne dans l’esprit des stratèges allemands, fidèles en cela aux préceptes de la nation en armes chers à la caste militaires prussienne.

>>> Sur le champ de bataille en compagnie de Philippe Wille, avec des commentaires du prof. Sterkendries

Ainsi, si le mouvement imposé par le plan Schlieffen ne pouvait surprendre les Français, en revanche, la masse de troupes engagées sur leur aile gauche, elle, les prit de court jusqu’à la Marne. Des milliers de Français payèrent de leur vie cette incurie de l’état-major.

Patrice Hardy

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