De Sarajevo à Sarajevo: épisode 1 - Au premier Jour

Coquelicot
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Coquelicot - © Martine Cornil - hapa@rtbf.be

Le 15 août, un dernier obus finit par toucher la poudrière du fort de Loncin. C’est la fin. Le fort explose, tuant une bonne partie de sa garnison. Aujourd’hui encore, le lieu reste une sépulture militaire. La résistance de Liège fait grand bruit à l’époque au point, fait unique, de voir la ville décorée de la Légion d’Honneur française dans les jours qui suivent.

Le 4 août 1914 au matin, l’armée allemande envahit la Belgique. Le premier militaire belge est tué à Thimister, sur les hauteurs de Liège. C’est un lancier, Antoine Fonck, de Verviers. Les Allemands ont posé un ultimatum la veille. Ils réclament le libre passage à travers le territoire belge pour leurs troupes qui doivent, selon les plans de l’état-major impérial, prendre l’armée française à revers.

Ultimatum

La Belgique est neutre, une neutralité garantie par les puissances européennes, y compris par l’Allemagne. Le gouvernement belge et le Roi Albert ne peuvent que rejeter cette exigence brutale, qui aurait rangé la Belgique du côté de l’agresseur.

Ainsi éclate le conflit qui couve depuis plusieurs semaines entre les puissances européennes. Depuis l’attentat qui, à Sarajevo, en Bosnie-Herzégovine, a coûté la vie à l’héritier des couronnes austro-hongroises.

Mais cela, c’est une autre histoire, nous y reviendrons.

L'arme secrête dévoilée

Car l’actualité se bouscule. La petite armée belge, mal entraînée, mal équipée, sans expérience militaire, fait face à la formidable machine de guerre allemande. Nul n’oserait parier un kopeck sur ses chances. Elle va pourtant donner du fil à retordre à l'agresseur prussien. Les forts de la ceinture de Liège notamment résistent , et résistent bien, dans des conditions épouvantables. Contraignant l’agresseur à mettre en œuvre de l’artillerie très lourde. Ainsi apparaissent les mortiers autrichiens de 420 millimètres : des géants capables de propulser des obus de près d’une tonne. Les allemands les ont baptisés ironiquement " Dikke Bertha ", du nom d’une des filles du magnat de l’acier Krupp. L’Autriche-Hongrie, qui construit et aligne ces mortiers n’a pourtant pas officiellement déclaré la guerre à la Belgique ! Mais chez les alliés centraux, on ne s’arrête plus à ce genre de détails. Ce qu’il faut, c’est aller vite, prendre les Français et les Britanniques de vitesse. Il faut en finir avec les Belges.

C'est après trois jours d'une pluie d'obus que le fort de Loncin, qui faisait partie de la chaîne de forts liégeoise, a explosé sous les obus allemands le 15 août 1914, tuant 350 de ses 550 soldats de garnison. La plupart des victimes sont toujours ensevelies dans le fort, devenu un lieu de mémoire doublé d'un musée.

Une résistance inatendue

En octroyant la Légion d'Honneur, la France entendait rendre hommage à une résistance qui, croyait-on, avait ralenti l’offensive allemande. Aujourd’hui, les avis sont plus nuancés. De nombreux historiens pensent que Liège n’a pas bouleversé l’agenda militaire allemand. Ce qui est sûr par contre, c’est que cette résistance – à Liège mais aussi ailleurs – a surpris l’agresseur, et galvanisé ses adversaires. Pour les alliés français et britanniques, il ne s’agissait plus seulement de venir au secours d’un petit pays, mais aussi de saluer son courage. Ce facteur psychologique, largement exploité, a joué en leur faveur. A l’inverse, la résistance belge alluma et alimenta une psychose côté allemand : celle des francs-tireurs. Les massacres de civils commencèrent dès le premier jour…

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