Stéphane Hazée: "Publifin? Des réunions sans documents reçus à l'avance et des PV trafiqués"

Où s’arrêteront les implications de l‘affaire Publifin, du nom de cette intercommunale qui n’en finit plus d’ébranler le monde politique wallon, mais pas seulement ? Pour en parler ce lundi au micro de Matin Prem1ère, Stéphane Hazée, chef de groupe Ecolo au parlement wallon.

Le chef de cabinet adjoint de Paul Furlan est un pilier de ce système Publifin

Ecolo, qui dépose ce lundi, avec un autre parti de l’opposition, le MR, une motion de défiance à l’égard du ministre des Pouvoirs locaux, le PS Paul Furlan. Et ce malgré les explications fournies par le mandataire socialiste la semaine dernière.

"Il y a un scandale Publifin qui est immense. Le gouvernement n’a pas pris la mesure de la gravité de cette affaire. Quasi aucune réponse n’a été donnée aux questions que nous avons posées. La responsabilité du gouvernement est engagée car le chef de cabinet adjoint de Paul Furlan est un pilier de ce système Publifin, et le ministre était au courant car une liste des mandats privés et publics doit être envoyée au ministre président par chaque ministre au moment de l’engagement", explique le député écolo.

Si Paul Furlan a dit ne pas avoir cherché à savoir, la cellule s’occupant de collecter ces informations pour le compte du ministre-président, elle, ne pouvait donc l’ignorer. "À moins que sa cellule n’ait pas fait son boulot, mais alors c’est la responsabilité de Paul Magnette qui serait engagée", ajoute Stéphane Hazée.

La cellule des mandats n’a plus remis son rapport au parlement depuis 2010

Les garde-fous mis en place ont-ils eu des ratés ? Car une autre cellule, celle du contrôle des mandats, censée examiner l’ensemble des déclarations de rémunération des élus locaux n’a pas vu ce problème. "Comment est-ce possible que cette cellule ne fasse pas le boulot ? Cette cellule n’est pas indépendante comme l’a dit le ministre Paul Furlan, elle dépend directement de lui, et n’a plus remis son rapport au parlement depuis 2010", persifle le député vert.

Pour Stéphane Moreau, il y a plus grave encore. Des décrets qui auraient sans doute permis d’éviter l’affaire Publifin, n’ont jamais été mis en œuvre malgré le vote du parlement . "Pendant des années, on a dit que les intercommunales sont trop peu contrôlées. Le parlement en avril 2014 vote un décret permettant d’envoyer des commissaires du gouvernement et de faire une tutelle plus proche. Mais aucun commissaire n’est envoyé."

Qu’il dise qu’il a été bloqué par quelqu’un au gouvernement

Pendant des années Publifin est restée en dehors du droit wallon car elle était active sur plusieurs Régions et possédait donc un statut particulier. En mars 2014, suite à un accord de coopération, un décret est voté afin que Publifin retombe sous la tutelle wallonne pour mi-2015. "En juin 2015, juste avant l’échéance, PS et cdH introduisent une proposition de décret pour repousser de deux ans l’application de cette tutelle. Mais comment est-ce possible ?", s’emporte presque Stéphane Hazée.

Est-ce suffisant pour déposer une motion de défiance à l’encontre de Paul Furlan ? "Oui" selon le député, qui précise qu’en cas de non-démission de Paul Furlan, la motion sera déposée ce lundi, "à moins qu’il ne dise qu’il a été bloqué par quelqu’un au gouvernement pour faire ce travail. Mais jusqu’à présent, c’est lui qui est en première ligne."

Le gouvernement Magnette-Prévot s’assied dessus

Que sous-entend Ecolo ? "Prenez encore cette commission de déontologie et d’éthique. La parlement wallon l’a créée en avril 2014. Et puis le gouvernement Magnette-Prévot s’assied dessus. Le ministre Paul Furlan n’en fait rien non plus. Et j’entends ce week-end le président du Parti socialiste Elio Di Rupo dire qu’il faudrait créer une commission de déontologie et éthique alors qu’elle existe déjà. De qui se moque-t-on ?

D’autres se font payer par des sociétés écran pour éviter l’impôt des personnes physiques

La solution passera-t-elle par une autre commission, de bonne gouvernance ? "J’entends bien que le gouvernement a envie de mettre vite-vite le couvercle sur la casserole, vite passer à autre chose, car des chefs de cabinet sont impliqués. On voit des rémunérations insensées. Un million d’euros par an (NDLR : Stéphane Moreau), ce n’est même pas ce que gagnent certaines personnes durant toute leur vie. D’autres se font payer par des sociétés écran pour éviter l’impôt des personnes physiques (NDLR : Alain Mathot). C’était déjà le cas il y a dix ans. Le parlement a voté un décret mais on retrouve la même pratique dix ans plus tard."

Le ministre-président Magnette tenterait-il de noyer le poisson lorsqu’il annonce qu’il s’occupera personnellement du cas Moreau ? Stéphane Hazée reste prudent : "Je ne mets pas en question la sincérité. Je dis juste qu’il y a des décrets existants, commençons par les appliquer. Faisons toute la lumière. Mais PS et cdH n’ont pas envie de cette enquête, bien évidemment car dans toute ces structures qui va-t-on retrouver ? PS, cdH et MR évidemment. Que le gouvernement fasse aussi la lumière sur les mandats des personnes qui travaillent dans les cabinets. Un grand nombre font un travail colossal sans avoir rien à se reprocher mais quelques personnes tirent les ficelles."

Totalement illégal

Va-t-on vers une guerre des tranchées au parlement ? La semaine dernière, le chef de groupe cdH au parlement wallon n’avait hésité à déclarer qu’Ecolo était au courant de ce qui se passait chez Publifin, au moins en partie, puisqu’il y avait des administrateurs écolo au sein de l’intercommunale. Administrateurs qui avaient voté pour l’adoption des comités de secteur, à la base du scandale.

Stéphane Hazée ne vacille pas: "Je veux dire stop aux amalgames car aucun Ecolo n’a touché un euro de ces rémunérations indues. Ce sont des mandataires PS, cdH et MR qui sont concernés. Effectivement des administrateurs Ecolo ont voté la création des comités de secteur, comme il en existe ailleurs. Mais comment pouvait-il savoir que le système allait être dévoyé par ceux qui allaient être désignés et qu’il s’agirait de mandats fictifs ? Marc Hody (NDLR : le député Ecolo mis en cause par Dimitri Fourny) n’était pas là en juin lorsque cela a été voté en juin 2013. Pourquoi ? Parce que sa désignation a été refusée par le collège provincial car il a refusé de signer le document que le collège provincial lui soumettait. Un document qui stipulait qu’il devait accepter les décisions que la majorité PS-MR prendrait pour l’intercommunale. Ce qui était totalement illégal. Et ce n’est qu’en septembre que Mr Hody a été désigné. Monsieur Fourny cherche donc à jeter un peu de boue, mais c’est un amalgame insupportable."

Publifin? Des PV trafiqués

Et le député Ecolo de renchérir: "Comment fonctionne cette intercommunale Publifin? Des réunions sans recevoir de documents à l’avance et des PV qui sont trafiqués. Marc Hody a dû envoyer un courrier d’avocat pour faire mentionner ses observations dans un procès verbal. Vous êtes en réunion, vous avez en face de vous le chef adjoint du cabinet du ministre, qui représente la tutelle, et qui laisse penser que tout cela est validé par la tutelle."

Et Stéphane Hazée de saluer le retour au sein de Publifin de Cédric Halin (cdH), à l’origine des révélations, en remplacement des administrateurs démissionnaires du cdH.  

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