Pierre-Yves Dermagne (PS): "À la place de Moreau, j'aurais démissionné depuis longtemps"

Pierre-Yves Dermagne (PS): "À la place de Moreau, j'aurais démissionné depuis longtemps"
Pierre-Yves Dermagne (PS): "À la place de Moreau, j'aurais démissionné depuis longtemps" - © Tous droits réservés

Cela va bientôt faire un an. Un an que le scandale de Publifin a éclaté, un an que le salaire de Stéphane Moreau (ex-PS) est connu, et... un an que ce même Stéphane Moreau est toujours en place. 

Le conseil d'administration de Nethys se réunit cette semaine, une réunion dont le chef de file du PS au parlement wallon, Pierre-Yves Dermagne, dit attendre "des décisions importantes au regard de l'avenir des 3000 travailleurs du groupe".

S'il est encore à la tête de l'entreprise, est-ce parce que Stéphane Moreau est le seul homme capable de garantir le maintien de ces emplois ? Invité de Matin Première ce lundi, le socialiste répond indirectement : "Moi, à la place de Stéphane Moreau, vu le scandale créé par l'affaire Publifin-Nethys, vu le traumatisme dans la population, j'aurais déjà démissionné depuis longtemps".

En ligne de mire notamment son salaire mirobolant, un salaire "inacceptable", estime Pierre-Yves Dermagne. "Gagner un million d'euros par an, c'est tout à fait inacceptable, ce n'est pas normal, martèle-t-il. C'est la raison pour laquelle, avec Paul Magnette (l'ex-ministre-président wallon, PS, ndlr), nous avions adopté des textes pour faire en sorte que son salaire redevienne décent."

Celui qui a été ministre des Pouvoirs locaux durant 183 jours avait, en réaction à cette affaire, annoncé une "tornade éthique wallonne". Mais il n'a pas eu le temps de la souffler lui-même. C'est le gouvernement de Willy Borsus (MR) qui a finalement adopté cette réforme de la bonne gouvernance.

Néanmoins, Pierre-Yves Dermagne la "salue", car, dit-il, elle reprend "à 95% (…) les textes" qu'il a définis au sein du précédent gouvernement. "Mais je le regrette, parce que nous aurons perdu un an, s'empresse-t-il de répéter. Et donc, clairement, la transparence, au niveau des mandats, au niveau des rémunérations des mandataires publics, ce sera pour après 2019."

Le plan Marshall "en voie d'extinction" ? "Totalement incohérent !"

Ce qu'il ne salue pas, par contre, c'est la sortie de Pierre-Yves Jeholet (MR) sur le plan Marshall. Le ministre wallon de l'Économie a déclaré à la fin du mois dernier : "Le plan Marshall est en voie d'extinction en 2019. Après, c'est fini".

"C'est tout à fait surprenant", réagit Pierre-Yves Dermagne, se lançant dans un rapide historique : en juillet, dit-il, Vincent Reuter, patron des patrons au sein de l'UWE, "défendait le plan Marshall" avant de rejoindre le cabinet de Willy Borsus ; le mois suivant, le ministre-président lui-même le défendait tout autant, promettant de "l'amplifier" : "Et qui dit 'amplifier', dit 'maintenir'", estime le socialiste.

"Et aujourd'hui, au mois d'octobre, on entend Pierre-Yves Jeholet critiquer le plan et demander son extinction. C'est totalement incohérent !", s'insurge l'homonyme socialiste.

On peut avoir certaines déceptions

Mais le plan Marshall a-t-il réellement porté ses fruits depuis son lancement en 2005 ? La Wallonie semble toujours à la traîne, avec un développement économique moins important qu'attendu. L'activité, la croissance, la production de richesses "restent inférieures" à bien d'autres régions d'Europe, reconnaît Pierre-Yves Dermagne. Et si, depuis 2005, les chiffres de l'économie wallonne n'ont pas bondi, c'est surtout la faute à la "grave crise économique et financière" de 2008, dit-il.

"On peut avoir certaines déceptions, confie le chef de file PS au parlement wallon. On peut avoir certains regrets par rapport à la manière avec laquelle la dynamique économique s'est relancée… Mais c'est un fait, les chiffres le démontrent : la Wallonie a rejoint le peloton des régions d'Europe. Avant, elle était à la traîne."

"Depuis 39 mois, les chiffres du chômage sont en baisse constante en Wallonie. Nous avons donc créé plus d'emplois que nous n'en avons perdus", se félicite d'ailleurs le socialiste.

"On doit continuer à travailler, mais sur la base qui était celle initiée par le plan Marshall. L'ensemble des intervenants, des acteurs économiques (…), tous vantaient les mérites du plan Marshall il y a encore quelques semaines."

Alors, que faut-il craindre d'une "extinction" du plan Marshall ? "C'est un mauvais signal aux entrepreneurs, aux investisseurs, à toutes celles et ceux qui font de la recherche en Wallonie pour développer une nouvelle économie, qui viennent en soutien au numérique, à la créativité…", prévient Pierre-Yves Dermagne. "Ce ne sera pas cohérent avec la politique qui a été menée pendant une dizaine d'années et qui a porté ses fruits et portent encore ses fruits aujourd'hui."

L'assurance autonomie ? "Aberrant

Et peut-être faut-il également craindre la nouvelle assurance autonomie, au vu du "grand flou" qui, selon l'ex-ministre socialiste, subsiste autour de cette mesure. Promise par le gouvernement MR-cdH pour 2019, elle sera en partie financée par les Wallons.

"La seule chose qui est certaine aujourd'hui, c'est que l'ensemble des Wallons de plus de 26 ans devront payer 50 euros par an. Ce qui veut dire que, par ménage, c'est 100 euros, soit l'équivalent de la téléredevance dont on annonce la suppression dans les prochains mois. C'est un transfert. Finalement, ce que l'on donne d'une main, on la reprend de l'autre."

"Pour le reste, c'est le flou complet. On ne sait pas quels services seront pris en charge demain par cette assurance autonomie. On entend dire qu'une fois en maison de repos on ne pourrait plus bénéficier de cette assurance. Vous allez cotiser à partir de 26 ans, jusqu'à 84-85 ans et, le jour où vous aurez un problème de santé, où vous devrez intégrer une maison de repos et de soin, vous ne pourrez plus bénéficier du fruit de vos cotisations pendant toutes ces années. C'est quand même aberrant."

Le gouvernement MR-cdH se défend : cette mesure coûte bien plus – 420 millions d'euros – que ce que les Wallons payeront – 100 millions. Mais tout ce que cela signifie, estime Pierre-Yves Dermagne, c'est que le gouvernement "va aller rechercher des budgets qui sont utilisés ailleurs, qui bénéficient à d'autres personnes aujourd'hui et même à des personnes âgées, qui sont en perte d'autonomie".

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