Le Scan: vous achetez des fraises en plein mois de janvier? Pour quel coût énergétique?

Comme chaque semaine, vous vous rendez dans le supermarché le plus proche pour faire vos coursesDans votre caddie, vous mettez du lait, des œufs et un pain du rayon boulangerie. Puis au détour des rayons, vous voyez des fraises. Elles sont belles, d’une bonne taille et d’un rouge éclatant. 

Ce ravier semble n’avoir rien de particulier, mais les fruits qu’il contient ont été récoltés en janvier. Des fraises en hiver ? Si cela est possible, c’est parce quelles ont été produites dans des serres, éclairées et chauffées.

30.000 tonnes de fraiseproduites chaque année

C’est à la frontière belgo–hollandaise que sont installées ces serres. Hoogstraten est une coopérative qui rassemble plus de 150 producteurs dfraises. Le label couvre la moitié de la consommation belge, proposant des fruits à ses acheteurs toute l’année. Pour ce faire, ils alternent entre différents modes de cultures : culture hivernale sous éclairage, serres chauffées, tunnels en plastique, plein champ, etc.

Pour Peter Rombouts, superviseur de production, ils font cela avant tout pour répondre à la demande des consommateurs : “Nous avons des clients qui veulent des fraises toute l’année et ça leur permet d’aller chez le même producteur. Si on ne produisait pas à cette période, ils devraient acheter des produits étrangers en hiver. Ils ne sauraient pas quand faire la transition entre l’achat de ces produitet des nôtres.

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30.000 tonnes de fraises sont cueillies chaque année à Hoogstraten © Tom Rousseau
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Les LED permettent de consommer 5 fois moins d'électricité © Tom Rousseau

Il est vrai que nous raffolons de ces petits fruits rouges. Le Belge est l’un des plus grands consommateurs en Europe avec 2,2 kilos par an et par habitant. Mais pour pouvoir produire des fruits, un fraisier a besoin d’une certaine chaleur, 20 degrés en journée et 8 la nuit. Une température difficile à atteindre actuellement sans un petit coup de pouce : les serres sont donc chauffées, mais aussi éclairées en journée.

On prend différentes mesures pour limiter l’impact énergétique et lumineux de serres

Une situation qui a du mal à passer pour certains, en ces temps de conscience climatique. Mais Peter Rombouts’en défend : “On prend différentes mesures pour limiter l’impact énergétique et lumineux de serres. On ne veut pas que notre production utilise de l’énergie du réseau. Une machine transforme le gaz en électricité, pour éclairer les lampes, et le circuit de refroidissement de cette machine génère de l’eau chaude, qu’on utilise pour réchauffer la serre. Les fraises ont aussi besoin de CO2. Ce CO2, on le récupère du processus de combustion de la machine. Au final, on ne consomme pas énormément.”

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En France, des serres similaires émettent des lumières visibles en pleine nuit © Le Scan

Une pratique éco-friendly ?

Un discours plein de promesses mais qui, venant de la part de l’exploiteur, pourrait être biaisé.

Vous êtes peut-être tombés sur ces photos venant de France, cet été. Des exploitations bretonnes de tomates, sous des serres semblables à celles de Hoogstraten, émettaient des lumières étonnantes en pleine nuit. Des éclairages violet et jaune qui perturbaient les habitants, mais déréglaient aussi les oiseaux, qui se retrouvent à chanter en pleine nuit, du fait de la lumière constante.

Nous avons demandé à Marc Migon, responsable administratif et technique des serres de l’UCLouvain, si ce scénario breton pouvait arriver à Hoogstraten. Après avoir observé différentes photos, Marc Migon assure que du côté du producteur belge "tout est mis en œuvre pour respecter l’environnement immédiat des serres". Il est vrai que des rideaux de protection empêchent toute pollution lumineuse, sans compter que les LED ne sont allumées qu’entre 5h30 du matin et le coucher du soleil.

Quant à la consommation d’énergie, Marc Migon donne là aussi raison à Hoogstraten : l’équipement utilisé (LED, rideaux de protection) est le même que celui des serres de l’UCL et il permet de réduire "de 5 fois la consommation énergétique" et de chauffer "deux fois moins pour un même espace".

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A Wépion, pas l'ombre d'un fruit à l'horizon © RTBF

Qu’en pensent les producteurs "classiques" ?

A priori, les serres de Hoogstraten font le job : elles produisent certes des fraises toute l’année, mais réduisent un maximum leur consommation et l’impact sur l’environnement. Mais qu’en pense-t-on finalement du côté de Wépion?

Sur un terrain gelé, où quelques personnes sont en train d’installer une deuxième serre assez basique, nous retrouvons Luc Warnez. Chez lui, il faudra attendre le mois d’avril pour voir les premières fraises pointer le rouge de leur nezQuand on évoque les productions intensives du nord du pays, il est mitigé : "C’est fait sur des tables, il n’y plus de terre, plus rien de naturel là-dedans à part la plante… Mais c’est peut-être l’avenir. Avec le réchauffement climatique, du fait qu’il manque d’eau l’été, on sera peut-être obligé de faire comme eux."

Année après année, Luc Warnez voit les conditions climatiques changer. Il ne fait plus assez froid en hiver pour que les plantes dorment, et il ne pleut plus suffisamment pour ses champs de fraises. "Finalement, on sera peut-être bientôt obligés de faire comme eux."

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