Le Scan : reçoit-on vraiment l'énergie pour laquelle on paye ?

Le 16 novembre dernier, Greenpeace dévoilait son tout nouveau classement des fournisseurs d’énergie verte. L’occasion pour l’équipe du Scan de s’intéresser à ce qui sort de nos prises de courant. Et de se rendre compte que tous les contrats verts ne se valent pas.

De manière générale, quand on paye pour quelque chose, on s’attend à le recevoir. Le bon sens voudrait que cette logique commerciale s’applique aussi à l’énergie… Sauf que ce n’est pas le cas.

Tous les producteurs d’énergie, du plus écologique au plus pollueur, injectent en fait "de manière permanente leur énergie sur le réseau", explique Stéphane Bocqué, le porte-parole de la FEBEG, la Fédération Belge des Entreprises Electriques et Gazières. Et une fois sur le réseau, tout est mélangé, "impossible de différencier un électron issu du nucléaire d’un autre issu de l’éolien".

"L’énergie fait le chemin le plus court"

Dès lors, comment ça se passe entre la signature de mon contrat et le courant qui éclaire ma lampe ?

"Un peu comme l’eau, l’énergie fait le chemin le plus court" indique Mario Heukemes, depuis son chantier de centrale hydraulique à Liège. Une nouvelle centrale verte, fruit d’un partenariat entre la SOFICO, HydroB et une dizaine de coopératives, dont l’électricité produite n’ira paradoxalement pas forcément à ses membres. "On ne peut pas garantir que de l’électricité produite ici à Liège va arriver jusqu’à un consommateur qui est installé à Tournai, par exemple."

En d’autres termes, si vous habitez à côté de la centrale de Tihange, il y a fort à parier que l’électricité qui sort de vos prises soit nucléaire. Même si votre contrat vous promet l’énergie la plus verte possible…

Les Labels de Garanties d’Origine

Alors comment expliquer que ces contrats soient justement vendus comme "verts" ? Les fournisseurs s’engagent en fait "à ce que la quantité d’énergie que vous consommez soit couverte par une production d’énergie renouvelable quelque part en Europe".

Ce que sous-entend Stéphane Bocqué, c’est que le côté renouvelable s’effectue a posteriori : un contrat vert est non pas la certitude de recevoir de l’énergie renouvelable (vu que toutes les énergies sont mélangées), mais bien un engagement que l’équivalent de votre consommation annuelle sera produit en énergie verte.

Le caractère renouvelable de l’énergie est certifié par ce qu’on appelle les Label de Garanties d’Origine, mais tous ces labels ne se valent pas. Certains pays, du nord de l’Europe notamment, en produisent trop. Pour Greenpeace, un fournisseur qui achète ces labels là-bas ne fait qu’investir là où le renouvelable existe déjà. Il ne participe donc pas au développement de la transition énergétique.

A quelle énergie je contribue ?

Il y aurait donc les "bons" et les "mauvais" Labels de Garanties d’Origine. Ceux qui accélèrent la transition énergétique et les autres qui, au contraire, la ralentissent.

Un outil, le Greencheck, permet justement de savoir d’où viennent ces labels que votre fournisseur achète. Chaque Région propose sa propre version de cet outil. Pour la Flandre et pour Bruxelles, l’outil est bien développé. On voit par exemple ci-dessous à quel genre d’énergie cette personne bruxelloise participe.

Mais pour la Wallonie, le site de la CWaPE est incomplet. Impossible de voir si notre fournisseur investit dans des labels locaux ou étrangers par exemple. "C’est un peu un manque de transparence, admet Mathieu Soete, chef Climat et Energie chez Greenpeace Belgique. Mais c’est surtout quelque chose qui freine cette transition, car la première étape pour amener les gens dans cette transition, c’est de les informer."

Le président de la CWaPE, Stéphane Renier, nous a indiqué par mail qu’un nouvel outil Greencheck "était en cours de développement et sera mis en ligne courant 2021".

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