Le Scan : les sacs à usage unique vont-ils profiter du coronavirus pour faire leur grand retour ?

En mai 2019, la décision avait été approuvée par l’ensemble des pays membres : l’Union européenne allait interdire toute une série de produits en plastique à usage unique. Pourtant, la crise sanitaire actuelle pourrait bien changer la donne. C’est d’ailleurs déjà le cas aux Etats-Unis.

La force du lobby américain

Espèce menacée il y a encore quelques semaines, les sacs plastiques à usage unique font un retour fracassant en tête de gondole de nombreux supermarchés américains. Dans des villes estimées avant-gardistes en matière d’écologie comme New York ou San Francisco, les caissiers et les caissières emballent à coups de doubles sacs jetables.

La raison ? Une mise en garde de la Plastic Industry Association, un des grands lobbies du secteur, qui rappelait dès le mois de mars dernier que les sacs réutilisables étaient de véritables nids à bactéries et virus. Il demandait ainsi au gouvernement américain de "se positionner contre l’interdiction des produits plastique à usage unique, au nom de la sécurité publique".

L’équipe du Scan a voulu savoir si l’argument hygiénique avancé par la Plastic Industry Association, qui a donc été suivi dans une dizaine d’Etats américains, était valable.

Elle s’est rendue au Laboratoire Hospitalier Universitaire de Bruxelles (LHUB-ULB) pour y rencontrer Véronique Yvette Miendje Deyi, la responsable biosécurité. Deux sacs lui sont présentés : un en tissu, réutilisable, et un autre en plastique fin, à usage unique.

Scientifiquement, ça ne tient pas la route !

Véronique Yvette Miendja Deyi nous explique tout d’abord qu’une seule étude a été publiée à propos de la durée de vie du virus sur le tissu, qui y "survit pendant 24 heures", soit trois fois moins longtemps sur le plastique. Un résultat à néanmoins "prendre avec des nuances, car tout dépend évidemment de la qualité du tissu". Par exemple, pour l’herpès ou la grippe, l’OMS estime qu’une qualité différente de tissu fera varier la durée de vie du virus "de quelques heures à plusieurs jours".

Reste que pour la spécialiste, l’argument du lobby américain ne tient pas la route : "Tous (les sacs), quel que soit le moment de leur vie, peuvent contenir et héberger des microbes. Que ce soit dans la fabrication, le stockage, le transport et l’utilisation. Tous peuvent avoir des virus, celui stocké chez vous comme le neuf donné en magasin."

Interdire les sacs réutilisables reviendrait donc, en exagérant, à interdire les vêtements.

L’Europe dit non

Malgré le doute scientifique, le discours des lobbies a fait mouche aux Etats-Unis. Et chez nous ?

Début avril, European Plastics Converters (EuPC) adressait ce courrier à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, ainsi qu’aux commissaires du Marché intérieur, de l’Environnement et de la Santé alimentaire. Les arguments et les demandes suivaient assez logiquement ceux de leurs homologues américains.

Frédérique Ries, parlementaire européenne dont la lutte contre le plastique à usage unique est le cheval de bataille, tient à nous rassurer : "Rien ne va changer ici. Les lois ont déjà été votées".

Reste que l’eurodéputée n’hésite pas à parler de "Corona Washing". Les lobbies utilisent la crise actuelle comme un "alibi universel" pour faire pression sur les institutions : "Au nom de la crise, on devrait revenir sur tout ce qui est engrangé ou aller beaucoup moins, sinon pas du tout. Ça ne va pas !"

Et le cas du plastique n’est pas un cas isolé : "Le secteur plastique, aérien, maritime… Je peux vous en citer dix qui ont écrit à la Commission, aux députés ou au Parlement."

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