Le Scan: le miel sans les abeilles?

Imaginez : vous déambulez au beau milieu de votre supermarché habituel, la liste de courses dans une main, un panier en plastique dans l’autre. Il est déjà rempli de légumes, de céréales, de blancs de poulet et de boîtes de thon, mais vous manque une chose. Une chose que vous appréciez particulièrement sur votre biscotte le matin, ou dans votre vinaigrette le midi, voire dans votre thé le soir. Cette chose, c’est le miel.

Maintenant que vous vous trouvez dans le bon rayon, face à ces dizaines de pots jaune orangé, prenez en compte cette statistique : 1 pot de miel sur 7 n’est en fait pas du miel.

Tout de suite, votre biscotte, votre thé et votre vinaigrette perdent en saveur, n’est-ce pas ?

Un rapport européen de 2015

Et pourtant, cette nouvelle n’est pas vraiment récente : en 2015, le Joint Research Center (grosso modo, le centre de recherche de la Commission européenne) sortait un rapport, à l’intérieur duquel était expliqué que sur les 900 pots examinés, 14% étaient suspicieux.

"On a trouvé dans la composition de ces miels, des traces de sucre de maïs ou de cannes à sucre" nous explique Alain Maquet, chef de groupe sur les fraudes alimentaires au sein du laboratoire.

Or, la réglementation sur le miel est très stricte : "Pour que le miel soit miel, il est interdit d’y ajouter quoi que ce soit."

Il y a quatre ans, le laboratoire s’était évidemment inquiété de tels résultats. Le terme de "fraude" avait même été utilisé, d’autant que "les fraudeurs s’adaptent aux techniques et essayent de contourner les méthodes".

Et ils le font de mieux en mieux : ce n'est plus du sucre de cannes ou du sirop de maïs qui est utilisé, mais du sirop de betteraves sucrières. "Les betteraves sucrières ont le même système de photosynthèse que les plantes où butinent les abeilles. Du coup, la distinction est très, très difficile à faire par nos machines."

Le labo alerte donc, mais ne peut prendre aucune mesure, car "ce sont les Etats européens qui doivent gérer cela individuellement". Sauf que depuis 2014 rien n'a véritablement changé.

Mauvaise nouvelle pour nos biscottes…

"L’alerte est orange, si ce n’est pas déjà rouge."

Mais sommes-nous vraiment concernés, nous, dans notre petite Belgique ? Attention, la réponse risque de vous décevoir...

Le laboratoire nous explique qu’il est impossible de localiser la provenance de la fraude. Autrement dit, aussi bien le miel français, espagnol, argentin, chinois, qu’un mélange de tous est susceptible de contenir cet ajout sucré et secret. "D’autant que rien est indiqué sur les étiquettes, nous prévient Etienne Bruneau, le président du CARI, une asbl qui surveille l’apiculture wallonne et bruxelloise. Les consommateurs sont totalement dans le flou."

L’impact sur le marché mondial du miel est d’ailleurs complètement désastreux. "Les apiculteurs pleurent, littéralement. J’ai rencontré un apiculteur espagnol qui n’arrive plus à vendre son miel depuis deux ans. Pourquoi ? Car les distributeurs préfèrent acheter du miel bon marché, qui est le plus souvent du miel en fait adultéré."

Adultéré, sous-entendu mélangé avec du sucre, histoire d’en augmenter la quantité, tout en en diminuant le prix. Mais aussi la qualité.

Bref, à défaut de miel, ça sent le vinaigre, pour notre vinaigrette.

Evidemment, vous pouvez toujours directement vous fournir auprès d’un petit producteur. Ses pots seront certes plus chers, mais a priori, ils ne contiendront pas de sucre ajouté. "A priori", car même les petites productions sont parfois victimes d’adultérations…

"Les apiculteurs peuvent donner à leurs abeilles une espèce de pâte sucrée, pour les aider à passer l’hiver. Malheureusement, avec un mauvais dosage, une partie de ce sucre peut ensuite se retrouver dans la récolte suivante." Cette explication nous est donnée par Alexandre Bernier, un apiculteur de la province de Liège qui vend ses pots de 500 g environ 7 euros, soit 14€/kg.

Ce prix nous semble bien élevé lorsque, de retour dans notre rayon de supermarché, avec notre liste de course dans une main et notre panier en plastique dans l’autre, nous lisons le prix au kilo des miels bon marché : de 10 à… 3.5 euros le kilo. Une différence de coût, mais aussi de qualité.

Pour terminer, voici en PDF le fameux rapport des laboratoires du JRC.

Un peu de lecture pour accompagner votre thé du soir.

Avec ou sans miel, c’est à vous de voir.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK