Le Scan : davantage de femmes à des postes stratégiques, un moyen d'aller vers plus de parité, mais aussi plus d'efficacité pour les entreprises

Seulement 34% de femmes dans les conseils d’administration des grandes entreprises belges. Seulement 16% dans les comités de direction. Ces chiffres témoignent du manque de diversité dans la haute hiérarchie. En Belgique, les postes à très hautes responsabilités sont encore occupés par une vaste majorité d’hommes. C’est le constat qui s’impose à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes ce 8 mars.

Des instances encore trop hétérogènes

La diversité assure pourtant le bon fonctionnement et la bonne gestion d’une entreprise. Une étude publiée dans le magazine Forbes en 2017 met en exergue les liens entre la diversité à différents postes stratégiques et les bonnes performances.

Les équipes prennent un pourcentage différent des bonnes décisions en fonction de leur composition :

  • 54% lorsqu’elles sont composées de personnes du même genre.
  • 78% lorsqu’elles sont composées d’hommes et de femmes.
  • 80% lorsque des hommes et femmes de différentes générations se retrouvent autour de la table
  • 87% si ce groupe de décision est également composé d’origines diverses. 
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L’étude publiée en 2017 démontre que la diversité en entreprise assure une meilleure gestion. © CLOVERPOP

Claire Godding est consultante en diversité et inclusion. Elle lutte pour imposer plus de mixité dans le monde de la finance. Elle se félicite des avancées faites dans ce secteur, mais selon elle, le combat pour la représentation féminine continue : "Ce qui fera le plus bouger les lignes en matière de mixité c’est d’avoir davantage le rôle modèle visible à tous les niveaux. Donc il nous faut davantage de femmes CEO et il nous faut davantage de femmes dans les comités de direction, dans des postes à responsabilités auxquels les autres femmes peuvent s’identifier.".

Vers une juste valorisation des compétences

Ce n’est que depuis les années 80 que le monde des entreprises accueille les femmes en son sein. Mais ce monde jusqu’alors presque exclusivement masculin ne semble pas encore s’être accommodé aux réalités vécues par les femmes.

Isabella Lenarduzzi est entrepreneuse sociale, elle conscientise et conseille les entreprises belges à l’inclusion mixte dans les postes clés. Selon elle, il est grand temps que la culture d’entreprise s’adapte : "Les femmes veulent être valorisées et reconnues à leur juste niveau de compétences. Et souvent ça crée des frictions. Car jusqu’à présent on a demandé aux femmes d’être des hommes comme les autres et de faire oublier qu’elles étaient des femmes et qu’elles avaient une vie différente. Pour un couple qui travaille tous les deux, les femmes continuent à passer plus de 15 heures par semaine en plus que les hommes à faire des tâches non rémunérées comme les tâches ménagères, familiales, etc. On n’a pas la même vie. Et donc ce qu’on veut maintenant c’est avoir les mêmes opportunités que les hommes, les mêmes revenus, les mêmes capacités de décider. Être assise à la table c’est une chose, mais avoir droit au chapitre c’est autre chose. Il est temps que ça se passe."

Des quotas légaux

Pour accélérer le processus de mixité aux postes à haute responsabilité, la Belgique a fait le choix de mettre en place la loi de 2011 sur les quotas de genre dans les conseils d’administration. Elle impose notamment aux entreprises belges cotées en Bourse et aux entreprises publiques d’y réunir au moins un tiers d’un des deux genres. En pratique, les mauvais élèves verront les décisions de leurs conseils d’administration invalidées et les membres se verront privés de leur rémunération.

Dix ans plus tard, 34% des membres des conseils d’administration concernés sont des femmes, le minimum légal reposant à 33,3%.

Le défi n’est tout de même pas réussi pour autant. Les postes pourvus restent très stéréotypés et tout le monde ne respecte pas les règles. Par exemple, l’entreprise Argen-X présente au sein du BEL 20 ne compte que 12,5% de femmes dans son conseil d’administration.

Ce chiffre bien en dessous du quota légal, mais il n’étonne pas Isabella Lenarduzzi :Il y a encore 4 entreprises sur 106 cotées en bourse qui ne respectent pas la loi. Il n’y a aucun contrôle de la loi et application des sanctions. Donc la moindre des choses serait que, quand une loi est votée, on fasse en sorte qu’elle soit appliquée. Il n’y a rien qui nous oblige à faire cela donc du coup c’est normal qu’on reste plutôt dans sa zone de confort. On va faire des petites choses, un peu de communication et du politiquement correct. Mais on ne fait pas les choses stratégiquement et donc la place des femmes n’avance pas dans les entreprises.”.

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Les conseils d’administration respectent tous ou presque le quota légal. © RTBF

Les comités de direction à la traîne

Les conseils d’administration atteignent globalement le tiers de femmes, mais la réalité est toute autre dans les comités de direction. Cet autre organe se situe bien souvent au plus haut de l’échelle hiérarchique et c’est l’instance où les décisions les plus importantes sont prises. En Belgique, seulement 16% de femmes les composent. Certaines entreprises n’en accueillent d’ailleurs aucune ou presque.

Par exemple, le comité de direction d’AB Inbev accueille 17 membres, mais il n’y a qu’une seule femme. Selon Laure Stuyck, porte-parole de l’entreprise, des mesures pour promouvoir les femmes ont été mises en place pour tenter d’y remédier : “Nous organisons des formations dédiées au leadership féminin. On a aussi des supports spécifiques pour les femmes enceintes, par exemple. Pour les congés de maternité, mais aussi quand elles reviennent au travail. Mais c’est surtout des formations spécifiques pour que les femmes aient aussi la possibilité d’atteindre de très hautes positions dans l’entreprise.”.

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Une seule femme figure parmi les 17 membres présents sur la page "our leaders" d’AB inbev. © AB Inbev

Si une prise de conscience semble avoir lieu, la culture d’entreprise a encore du chemin à faire pour pérenniser l’inclusion des femmes à tous les niveaux de pouvoir et dans toutes les instances.

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