Le Scan : comment se calcule la taxe de séjour ?

Commençons par l’histoire croustillante d’un hôtel de Verviers : depuis plusieurs années, dix exactement, un établissement verviétois facturait à ses clients une taxe de séjour de 1€ par nuit et par personne. Rien de bien original jusque-là, tant dans la pratique que dans le montant, sauf que… cette taxe n'a tout simplement jamais existé pas à Verviers !

Car à Verviers, comme ailleurs en Wallonie, c’est bien la commune qui décide - ou non – d’instaurer la taxe de séjour.

Explications.

Une taxe communale pour la Wallonie

"C’est dû à l’autonomie fiscale des communes, qui est consacrée par la Constitution. Chaque commune est libre d’établir, ou non, certaines taxes et d’en choisir le montant ou le taux." Voilà ce que nous a dit Mathieu Lambert, lorsque nous sommes allés l’interviewer devant les locaux de l’Union des Villes et des Communes.

L’Union des Villes et des Communes se trouve à Namur, où la taxe de séjour est de 1,24€. Dans l’hyper touristique Durbuy, cette taxe n’est "que" de 1€. A Tournai, c’est comme à Verviers, il n’y a tout simplement pas.

A chaque commune sa logique et ses raisons d’instaurer une taxe de séjour.

Mons : d’un extrême à l’autre

En Wallonie, une ville se démarque : Mons. Il y a quatre ans, son statut est passé de "aucune taxe de séjour" à "l’une des taxes de séjour les plus élevées de Wallonie." Si vous décidez de passer une nuit à Mons, votre facture sera alourdie de 3€. Hormis Liège, nous n’avons pas trouvé plus élevé en ce qui concerne la Région wallonne.

Et voici comment le bourgmestre Nicolas Martin explique cette transition radicale : "Il nous semblait logique, dans une période où la ville est sous plan de gestion, que les visiteurs qui bénéficient des nouveaux musées et du patrimoine dans lequel on a investi, contribuent eux aussi, comme ils le font dans toutes les villes d’Europe et du monde."

Avec sa future nouvelle gare et ses nombreux nouveaux musées, Mons a plus que mis la main à la poche ses dernières années. Aussi, Nicolas Martin "assume totalement" cette petite contrepartie demandée aux visiteurs, d’autant que cette taxe plutôt élevée ne les empêche pas de venir : depuis l’instauration de la taxe de séjour, la ville de Mons a vu son nombre nuitées augmenter. "Aujourd’hui, nous devançons même Namur", sourit Nicolas Martin.

A Bruxelles, le même tarif pour tout le monde

En ce qui concerne la capitale, la taxe est passée de communale à régionale. Voilà ce que nous explique Eric Catry, le vice-président de l’hébergement touristique de la Fédération Horeca Bruxelles. Nous le rencontrons dans le hall d’entrée du très chic The Hotel.

Que vous séjourniez à Uccle, Berchem-Saint-Agathe ou Bruxelles-Ville, les règles sont donc les mêmes : vous allez payer "4€22 pour les hôtels et les apparts hôtels, et 3€12, TVA comprise, pour les résidences de tourisme, que l’on appelle communément 'les airbnb'".

Eric Catry estime que ces prix sont parmi "les moins chère au niveau européen". Quelques petites simulations plus tard, nous sommes en mesure de plus ou moins confirmer ses propos. Bruxelles se situe en fait au niveau des prix pratiqués par Paris (entre 2 et 4€) et Lisbonne (4€), mais la taxe de séjour est effectivement plus élevée à Berlin (6€), Rome (7€) ou Amsterdam.

La capitale néerlandaise deviendra en janvier prochain la ville européenne avec la taxe de séjour la plus coûteuse d'Europe : 7% du prix de la chambre + 3€. Autrement dit, 10€ pour une chambre à 100€.

A quoi sert l’argent des taxes de séjour ?

Même si elle apparaît sur votre facture, la taxe de séjour est bien à charge des établissements. Les hôtels wallons doivent la payer aux communes et les hôtels bruxellois à la région.

A Mons, Nicolas Martin estime qu’elle "rapporte un demi-million d’euros" par an. Cela ne représenterait "qu’une partie du financement destiné aux secteurs du tourisme et des musées, qui font vivre le secteur hôtelier montois."

Sauf que cette explication laisse sous-entendre que l’argent perçu via cette taxe serait nécessairement réinvesti dans le tourisme. Or, comme nous indique Mathieu Lambert, les recettes fiscales des communes sont dites "non affectées". Cela veut dire qu'une dépense "ne correspond pas nécessairement à une recette"

Les taxes de séjour tombent en fait dans le pot commun des recettes communales et rien n’assure que les autorités dépensent exactement, pour le tourisme, ce que le tourisme leur a rapporté.

Vous voilà prévenu pour votre prochaine escapade, que la destination soit Amsterdam ou Verviers.

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