"Drop-shipping": quand les bonnes affaires sur Internet ne le sont pas toujours

Sur internet, la course aux prix les plus bas fait rage. Mais les bonnes affaires le sont-elles toujours ? Le Scan a enquêté et découvert une technique de e-commerce encore méconnue : le drop-shipping.

Une montre à 100 euros vendue seulement 10 euros, un collier soldé à -75% ou encore une promotion de 45 euros sur une douche. Sur internet, tout peut s’acheter, avec souvent de belles promotions. Mais derrière ces réductions se cache parfois une nouvelle technique de vente en ligne : le « drop-shipping ». Un système pas toujours à l’avantage du client.

Une technique de vente en pleine expansion

En français « drop-shipping » pourrait se traduire par « vente directe ». Concrètement, quand l’utilisateur achète un produit sur un site pratiquant le « drop-shipping », il ne s’adresse pas directement au vendeur du produit, mais à un intermédiaire (le gérant du site). Cet intermédiaire va ensuite passer commande au grossiste qui va livrer directement le produit de l’usine au client. Le « drop-shipper » empoche une commission sur chaque vente, sans gérer ni le stock, ni la livraison.

En Espagne, une entreprise spécialisée dans la vente de produits de bricolage et de jardinage utilise cette technique de vente. Avec 3,5 millions d’euros de chiffres d’affaires en 2017, le succès est au rendez-vous. « Nous n’avons pas de frais de stockage et nos marges sont petites, entre 5 et 15%. Nous pouvons donc offrir des prix très avantageux à nos clients, souligne le patron Jaume Riutord. "Avec le drop-shipping, on peut se concentrer exclusivement sur la communication et le service client ».

Deux éléments essentiels selon Pierre-Alexandre Billiet, directeur de Gondola et spécialiste de la grande distribution : « Le succès du drop-shipping repose sur la confiance de l’internaute. Les drop-shippers vont mettre en valeur les produits, traduire des pages de grandes plateformes d'e-commerce (qui suscitent habituellement plus de méfiance) et créer un site local ». Démonstration dans l’entreprise espagnole ; il y a un an, une version française du site a été lancée et, pour gérer la traduction du site et le service client, une Wallonne a été engagée.

Le drop-shipping est-il parfait ?

Assurance des prix les plus bas, service client de qualité. Si le « drop-shipping » peut être avantageux pour le consommateur, ce n’est pas toujours le cas. Certains « drop-shippers » se sont lancés dans une course aux marges les plus folles, quitte à tromper la vigilance de l’acheteur. Exemple avec un sac, vendu 75 euros sur un site, mais seulement 29 euros chez ce grossiste chinois. Une pratique totalement légale, même si elle peut paraître choquante. « Il y a un grand principe dans l’économie : la libre fixation des prix, souligne Etienne Mignolet, porte-parole du SPF Economie. Cette pratique est donc tout à fait légale si les règles classiques du e-commerce sont respectées telles que le droit de rétraction, la garantie,… »

Des lois oubliées et contournées

Mais ces lois ne sont pas toujours respectées par des vendeurs qui, parfois, n’hésitent pas à les contourner. Au cours de son enquête, Le Scan a découvert un site vendant des produits à l’effigie d’un célèbre dessin animé japonais. Problème, le « drop-shipper » ne dispose d’aucune licence de vente. Pire, le vendeur a même usurpé l’identité d’une autre entreprise. Contactée, la société lésée tombait des nues : « Nous n’avons aucun lien avec ce site. Notre avocat en a été informé et est sur le dossier ». Un cas, loin d’être isolé.

Autre site, autre problème avec un vendeur se présentant comme français, mais dont l’entreprise est basée et enregistrée à… Hong Kong. Dans cette situation, il n’existe, pour le vendeur, plus aucune obligation de respecter les lois européennes au grand dam des consommateurs, premiers lésés. Alors que sur les forums, les témoignages et plaintes se multiplient « Colis non reçu », « Grosse arnaque », « Mauvaise expérience », le SPF Economie est impuissant « il est très compliqué qu’un consommateur ait gain de cause quand l’entreprise est située hors de l’Union européenne ».

À peine débarqué chez nous, le « drop-shipping » possède déjà deux visages. Là ou certains misent sur la qualité des produits et sur le service… d’autres se concentrent uniquement sur le profit, quitte à contourner la loi.

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