Le Scan : des frites "A" et de l'huile d'olive "D", peut-on se fier au Nutri-score ?

A priori, il n’y a pas de saison pour bien manger. Mais s’il devait en avoir une, ce serait sans aucun doute le mois de janvier. Quoi de mieux après tout que de combattre les disproportions de décembre avec des repas sains et bien équilibrés ? 

C’est un peu pour ça (l’excuse des Fêtes en moins) que le Nutri-score a été créé en France voilà 5 ans, avec un système des plus simples : sur l’emballage d’un produit, 5 lettres (de A à E) associées à 5 couleurs (du vert au rouge) pour vous informer sur sa valeur nutritionnelle.

"C’est un outil très visuel, très bien fait et clair, résume Marie-Noëlle Pernay, diététicienne à Nivelle. Et puis, c’est dans l’air du temps : ça va vite, on a un résultat immédiat."

Sauf que quelques scores peuvent surprendre…

Des frites "A" et de l’huile d’olive "D"

Voilà un exemple souvent repris pour pointer du doigt ce qui pourrait apparaître comme une incohérence, voire une erreur de calcul du Nutri-score : la majorité des paquets de frites entreposées dans les rayons frais reçoit la meilleure note alors que les huiles d’olives sont presque les plus mauvaises élèves de la classe.

Pour les explications, nous avons contacté le professeur Serge Hercberg, l’un des fondateurs du Nutriscore. Il nous explique que "les frites sont classées "A" car elles sont vendues natures". Autrement dit, il n’y a pas de gras, pas de sel, pas (encore) de mayo, ce qui veut dire que "cuites dans de bonnes conditions, au four, elles ne posent pas de problèmes sur le plan nutritionnel."

D’accord pour les frites sans sel et sans sauce… Mais comment se fait-il que l’huile d’olive ou le saumon fumé reçoivent une note de "D" ? C’est cette fois Marie Noëlle Pernay, une diététicienne de Nivelles qui nous explique : "Dès que quelque chose est salé, il apparaît avec un mauvais Nutri-score. Dès qu’il y a des graisses saturées, pareil. Donc un beurre bio ou de l’huile d’olive ne va pas nécessairement être bien noté."

Attention à la quantité

C’est l’une des choses que la lettre ou la couleur n’explique pas forcément : le Nutri-score est calculé pour une quantité de 100 g.

"On ne calcule pas qu’on va prendre une cuillère à soupe d’huile d’olive ou 10 g de parmesan, avertit la diététicienne. On calcule comme si on en prenait 100 g. Donc automatiquement, c’est flambé." 

Voilà pourquoi votre huile d’olive et votre saumon fumé, souvent consommés en petite quantité, ont bien du mal à obtenir une note satisfaisante. Sauf que Marie Noëlle Pernay admet qu’elle n’interdira jamais ce genre d’aliment à ses clients, malgré un Nutri-score de "D" ou "E".

Alors, mauvais pour la santé le saumon fumé ? Le professeur Serge Hercberg rétorque que "le fait de classer D ou E ne veut pas dire qu’on ne peut pas en manger. Ça permet simplement d’alerter le consommateur, lui dire qu’il doit en prendre en quantité modérée ou avec une moindre fréquence. Il faut savoir ce que dit le Nutri-score".

En d'autres termes  : non, une huile olive "D" en petite quantité n'est pas mauvaise pour la santé ; oui, des frites "A" accompagnées de sel et de sauce andalouse sont à éviter.

Le cas des sodas

Outre les frites, le beurre et l’huile d’olive, un autre élément récurrent du panier moyen pose problème : les sodas.

Il faut savoir que le Nutri-score n’est pas global. C’est-à-dire que sa formule ne va prendre en compte tout un tas d’éléments chimiques dont les effets sont scientifiquement incertains. Les additifs, les contaminants ou les allergènes n’entrent par exemple pas du tout dans le calcul du Nutri-score. "Il est difficile de faire la part relative de chacune de ces composantes" nous explique simplement le professeur Serge Hercberg, qui a préféré baser son algorithme sur des certitudes.

Les conséquences sont surprenantes : un Coca-Cola Zero ou une boisson énergétique Monster aura une meilleure cotation qu’une eau naturellement parfumée Simone a soif (la fiche descriptive de Simone a soif ici et celle de Monster ).

Evidemment, ce genre d'incohérence passe mal pour Antoine de Menten, l'un des fondateurs de Simone a Soif. "On supporte évidemment le Nutri-score, mais aujourd'hui il ne prend pas en compte les additifs, les pesticides, les édulcorants... c'est problématique." 

Difficile effectivement de comprendre qu'une boisson faite à partir de 4 ingrédients tous naturels (le sucre provient des fruits) soit moins bien classée qu'un soda certes "sans sucre", mais avec des édulcorants et tout un tas d'éléments chimiques "qui ne donnent pas confiance".

Voilà la réponse du professeur Serge Hercberg: "Le Coca Cola zero est en effet mieux placé sur le Nutri-Score, car il ne prend pas en, compte les additifs mais juste les éléments nutritionnels. Mais nous avons un discours fort pour rappeler qu'en dehors du Nutri-Score il faut privilégier des aliments qui ont pas (ou peu) d'additifs. Ce point sera mis sur la table lors de l'update prévu en 2021 (compte-tenu des travaux scientifiques qui s'accumulent dans ce domaine)."

Test Achat pousse pour l’obligation du Nutri-Score

La problématique des additifs et des édulcorants est l’un des rares défauts soulevés par Test Achat. Dans l’une de ses dernières enquêtes, l’association de consommateurs demande effectivement que ces éléments soient intégrés au calcul du Nutriscore.

Pour le reste, Test Achat assure que le Nutri-score bénéficie aux clients, qui prennent petit à petit le pli de faire des choix plus sains, tout en poussant certains fabricants "à modifier la composition de leurs produits afin de pouvoir se targuer d’un meilleur score".

Mais pour que cela devienne une généralité, Test Achat et six autres associations européennes demandent à la Commission européenne de rendre le Nutri-score obligatoire dans l’Union Européenne. Une pétition est même en ligne.

Alors, quid d'un Nutri-score obligatoire ? La diététicienne que nous avons rencontrée à Nivelles est pour, mais seulement avec une meilleure communication. Car il ne concernerait pas tout le monde de la même façon. "C’est calculé pour monsieur et madame Tout le monde, pour qui est en bonne santé. Si on est diabétique par exemple, cette cotation ne fonctionne plus."

Et on le rappelle une dernière fois, d'un bon Nutri-score ne découle pas nécessairement une bonne cuisine. 

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