Théâtre, danse et chansons au cœur de Liège

Catherine Huard, interprète de "Retour au territoire" déclame certains textes par cœur et en lit d'autres
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Catherine Huard, interprète de "Retour au territoire" déclame certains textes par cœur et en lit d'autres - © Boris Krywicki

" Je vois les gens sur les terrasses… Je les envie. Je marche, loin des pilleurs d’énergie ". Au milieu des étagères remplies d’ouvrages, Catherine Huard s’abandonne à une prose personnelle. Cette actrice de théâtre québecoise enchaîne en alternance poèmes et chansons issus d’œuvres multiples. Leurs mots investissent la librairie indépendante " Livre au trésor ", place Xavier Neujean à Liège. Les airs entonnés sont accompagnés par Camille Brunet-Villeneuve, délicate pianiste qui n’hésitera pas à souffler les paroles à sa comparse lorsque la mémoire lui joue des tours.

Le Forum mondial de la langue française regorge de contenu, de spectacles à gauche et à droite. Ils s’infiltrent au cœur de lieux connus pour les détourner. L’on ne compte plus les expositions photos, à la bibliothèque des Chiroux, ou les représentations musicales qui transforment les rues. Ici, l’échoppe à livres continue de vivre pendant la représentation. Le téléphone sonne, la caisse enregistreuse coulisse, les clients vaquent. L’artiste se joue de ce cadre et interagit avec le public, un peu assommé par la température. " Le spectacle parle de l’hiver. D’habitude je suis embêtée de vous parler de froid en été, mais vu la chaleur… ". Impossible de ne pas évoquer la neige, d’après elle, tant elle contient les zones d’ombres des Québecois.

Les rimes dans la peau

Intitulé " Retour au territoire ", la collection de déclamations se construit comme un ping-pong de tirades et de chansons auquel s’intègrent des zestes de philosophie. " Maintenant qu’on a tout le confort moderne, on a oublié la sauvagerie de nos ancêtres, dont on a besoin pour traverser la vie ". Ce genre de constats s’intègre au flux verbal du spectacle : impossible de saisir la part d’improvisation, le caractère spontané de ces logorrhées. En tout cas, le contenu touche à ce que nous sommes, ce que nous ressentons en voyage. " L’identité est une chose invisible qui nous fait apparaître quand l’on se rend quelque part ", philosophe Catherine Huard au détour d’un vers.

Déboussolé par l’univers rencontré, l’on sort de la librairie et tombe nez-à-nez avec un cours de danse au milieu de la place. " Vous qui passez, restez danser avec nous. Et la petite fille, là-bas ? ", lance l’animatrice. Il s’agit de danse afro urbaine, notamment pratiquée à Dakar, que les curieux passants vont découvrir. La particularité vient de l’attitude : il faut en faire trop, se montrer le plus théâtral possible en esquissant des pas un brin balourds. Une professionnelle décompose des mouvements simples pour que la troupe façonne ensemble une chorégraphie basique. Après quelques mouvements d’étirement, la quinzaine de personnes initiale est vite rejointe par les motivés provenant des activités des alentours.

Les danseurs en herbe bombent le torse, roulent des épaules et ondulent de bas en haut. Le dynamisme de la foule attire des badauds amusés qui filment l’originalité de la scène. Juste en face de la Cité Miroir, des paires de bras se balancent dans un rythme irrégulier. Le programme de cet après-midi sonnait comme la preuve qu’une promesse du Forum est tenue. Celle de pouvoir, en quelques pas seulement, changer de continent.

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