Les ateliers du Forum mondial de la langue française

Les fameux "fils rouges" du Forum ont investi la Haute école Hazinelle de Liège
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Les fameux "fils rouges" du Forum ont investi la Haute école Hazinelle de Liège - © Boris Krywicki

Vacances d’été ou pas, la Haute école Hazinelle de Liège est prise d’assaut en ce jour de fête nationale. Les rubans rouges qui caractérisent le Forum mondial l’annoncent: le lieu accueille les participants studieux.

Des patrouilles d’hôtesses les aiguillent dans la cour principale vers les locaux idoines. Une quinzaine de formations se déroulent en même temps. Il faut faire un choix, rallier la bonne salle de classe. Les couloirs grouillent de curieux de toute la francophonie et ça se presse autour de l’unique ascenseur. L’on jurerait une rentrée scolaire anticipée.

"Technologie au service de la diversité de l’éducation", "L’entreprenariat social au service de la qualité de vie"… Les thématiques pleuvent et s’organisent autour des cinq grands axes du Forum mondial 2015 : éducation, économie, culture, citoyenneté et langue. Cette dernière artère semble attirer particulièrement. Plusieurs ateliers d’écriture proposent de s’approprier le français, de célébrer sa richesse. On retient l’un d’entre eux, dont l’intitulé laisse rêveur : "Le tour des 10 mots en 80 textes".

"La page blanche n’est qu’un mythe", lance Mathias Bressan, auteur-compositeur du collectif Du vent dans les cordes, pour ouvrir la séance. Il se propose d’éveiller, à l’aide de quelques exercices, notre appétence pour la créativité sur papier. Il laisse d’emblée l’auditoire circonspect avec son premier défi : traduire un poème lapon. Les plaisanteries fusent : "bien sûr, je parle lapon couramment ".

Évidemment, il s’agit d’inventer, à partir des assonances de ces mots abscons, une transposition française amusante. Le titre de l’œuvre originale, "Mon Ohcalan", signifie chez certains "mon oncle Octave", alors que d’autres y voient une déclaration d’amour où il désigne "mon cher". "Vous vous retrouvez face à l’inconnu, démunis. C’est la meilleure façon d’inclure votre personnalité dans la création, avec des interprétations uniques", explique l’animateur. Certains se mettent même à chanter leur traduction imaginaire.

Airs lacunaires

S’ensuit une réécriture d’un classique, pour forcer l’inventivité face à plus de contraintes. Les participants doivent remplacer des passages de "Ne me quitte pas" de Jacques Brel à l’aide d’éléments imposés. Ils proviennent de "La caravane des 10 mots", l’un des stands du Forum. "inuit", "kermesse" ou encore "zénitude" s’intègrent plutôt bien aux paroles et l’on assiste à d’ingénieuses modifications. Le morceau canonique mue en "Ne me kitsche pas", certains transforment des noms en verbes ("grigri" devient "grigriter"). Mathias Bressan ajoute à la liste un choix tiré au hasard toutes les trois minutes. "Ces mots proviennent des anniversaires de noce", avoue-t-il. Voilà "jade", "albâtre" et "érable" qu’il faut intégrer au texte.

L’assistance se prête au jeu et découvre de nouvelles manières de s’initier à l’écriture. Pressé par le temps, Mathieu Bressan ne peut proposer tout ce qu’il avait prévu. "Envisagez la rencontre de ce matin comme un échauffement", se console-t-il, avant de citer plusieurs pistes pour aiguiser l’inspiration.

"Feuilletez des dictionnaires, de pharmacie ou de symboles, prenez des pages au hasard et partez de votre trouvaille pour rédiger. Vous pouvez aussi vous lancer dans des répliques à des œuvres existantes, en bâtissant exactement le contraire du texte de base". Les participants repartent le cerveau en friche, avec, dans leur besace, de nouveaux outils pour réinventer leur langue. Les plus assidus reviendront demain : les créations sorties de leur plume, ils devront les clamer au cours d’un atelier oral.

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