La Belgique pourrait-elle fonctionner avec 100% d'énergie renouvelable?

Parc éolien au large de la côte belge
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Parc éolien au large de la côte belge - © BENOIT DOPPAGNE - BELGA

Dans le cadre de l'opération "Le Climat et Moi", vous nous avez posé vos questions sur le climat. L'un ou l'une d'entre vous s'est demandé s'il était possible en Belgique de vivre à 100% d'énergie renouvelable (sans nucléaire) ou devra-t-on toujours importer de l'électricité ?

Cette question, vous êtes nombreux à la poser. Et plusieurs acteurs institutionnels ou associations se sont déjà penché sur cette problématique. Le bureau fédéral du plan a par exemple produit un rapport sur une Belgique se rapprochant des 100% énergie renouvelable l’horizon 2050. C’est aussi le cas de WWF.

Théoriquement, une société fonctionnant à 100% avec des énergies renouvelables est envisageable. Michel Huart, chargé de cour à l’ULB et conseiller scientifique à l’APERE (l’Association de Promotion pour les Energies Renouvelables) y croit en tout cas. Mais il faudrait voir cela à une échelle plus importante que la Belgique. "La Belgique n’est pas une île. Elle est interconnectée avec ses voisins, explique Michel Huart. Il faut imaginer ce scénario à l’échelle européenne pour qu’il soit viable." Le chemin vers une société 100% renouvelable ne se ferait pas du jour au lendemain. "La transition durera quelques décennies ", estime Michel Huart. D’après les chiffres les plus récents d’Eurostat (2014), la Belgique fonctionne avec 8% d’énergie renouvelable. En 2004, ce n’était que 1,9%.

Pour tendre vers une société 100% énergie renouvelable, il faut agir sur deux composantes essentielles: la production ET la consommation.

Production
Les trois sources principales d’énergie renouvelable sont l’énergie éolienne, l’énergie solaire et la biomasse, par exemple la combustion de bois ou de déchets organiques. L’avènement d’une société 100% énergie renouvelable demande donc des choix politiques et des investissements massifs dans ces technologies.

Le paysage s’en trouverait probablement modifié, avec la multiplication d’éoliennes à travers toute l’Europe.  Il suppose aussi d’imaginer un fonctionnement en réseau de manière à "minimiser le caractère variable de la production renouvelable" explique Michel Huart. La production d’énergie renouvelable dépend effectivement en grande partie de la météo. En travaillant à l’échelle européenne, on est assuré d’avoir en permanence des sites de production.

Imaginons un épisode de vent qui frappe la côte belge. Les éoliennes au large de Zeebruges tournent à plein régime et sont en surproduction. Cette surproduction est envoyée dans le réseau vers le centre de la France où le vent est absent. Plus tard, lorsque le vent s’estompe en mer du Nord et qu’il se lève, par exemple en Wallonie, les éoliennes wallonnes peuvent alimenter le port de Zeebruges et ainsi de suite… Et on peut faire le même exercice avec des panneaux solaires fonctionnant dans le Sud de l’Espagne tandis qu’il fait gris en Italie.

Stockage
Pour pallier le caractère variable de la production d’énergie renouvelable, il existe aussi des solutions de stockage de l’énergie. La surproduction d’un site éolien pourrait être stocké de manière chimique ou mécanique. Il s’agirait par exemple de pouvoir couvrir des besoins d’énergie d’une journée ou d’une semaine.

Le stockage chimique se matérialise par des batteries. Elles peuvent être classiques, comme les batteries au lithium que nous avons dans nos téléphones portables. "On peut envisager également des unités de stockage plus importante pour un quartier", prévoit Michel Huart de l’APERE. Ces batteries fonctionneraient avec des éléments chimiques moins rares que le lithium.

Le stockage mécanique se matérialise par exemple par des systèmes de production hydrauliques avec des réservoirs d’eau en aval et en amont. Lorsqu’il y a surproduction d’énergie solaire ou éolienne, on pompe l’eau vers le bassin du haut. Lorsqu’il y a un épisode de surconsommation, on libère l’eau du bassin en amont qui rejoint l’aval en passant par des turbines de production hydrauliques.

Changer nos modes de consommation
Une révolution des modes de production énergétique suppose aussi une évolution de notre consommation. En d’autres termes, il faudrait accepter certaines concessions.  Les trois grands postes de consommation d’énergie sont l’industrie au sens large, le bâtiment (habitations et bureaux par exemple) et le transport.

Pour Michel Huart, "il faut à la fois rationaliser notre consommation d’énergie par des moyens techniques et revoir notre approche de la consommation d’énergie. Cela demandera par exemple un flexibilité accrue de la part des industries."

Une industrie plus flexible
Pour tendre vers le 100% renouvelable, l’industrie devrait concevoir des périodes de production plus en phase avec les périodes de production d’énergie. Michel Huart parle d’un "changement de la culture de production".

Cela ne signifie pas que le cycle de production connaîtrait en permanence des hauts et des bas. Mais les entreprises devraient accepter ponctuellement ce que Michel Huart appelle des "périodes de grève des éléments météorologiques" qui supposent une baisse de la production industrielle temporaire de quelques jours par an. Dans une société 100% renouvelable, la capacité à se montrer flexible par rapport à la production d’énergie sera donc un facteur de succès.

Des bâtiments moins énergivores
Les solutions pour réduire drastiquement les besoins en énergie de nos habitations et de nos bureaux existent. "Aujourd’hui, avec une bonne isolation et des panneaux solaires, il n’est pas compliqué de rendre des bâtiments autosuffisants en énergie", avance Michel Huart. Pour les nouvelles constructions, il est effectivement possible d’atteindre des standards "passifs" ou "basse énergie" sans trop de difficulté. Mais les efforts à faire pour la bâti ancien sont plus conséquents.

L’aviation, maillon faible du transport
Dans une société 100% renouvelable, le transport devrait être multi-modal. Le "tout à la voiture" n’est plus imaginable. Michel Huart projette une société avec une grande utilisation de la voie ferrée. "Il y aurait des transports longue distance en train électrifiés et des nœuds de communication autour de gares". Depuis les gares, les gens devraient privilégier les transports en commun locaux, la mobilité douce (vélo, marche à pied…) et la voiture électrique.

"En revanche, le maillon faible du renouvelable reste l’aviation. Aujourd’hui le transport aérien reste 100% du pétrole", constate Michel Huart. Il n’existe effectivement pas d’alternative satisfaisante à l’utilisation de combustible fossile pour faire voler un avion à l’heure actuelle. L’aviation est pour l’instant l’un des grands obstacles pour parvenir à une société 100% renouvelables dans les projections.

Renouvelable et payable?
On l’aura compris, tendre vers le tout au renouvelable est techniquement possible. Mais cela ne suffira pas. Une évolution des mentalités est aussi nécessaire, couplée à une volonté politique ambitieuse.

"Pour y arriver, il faut une feuille de route précise", explique Michel Huart. Il faut des objectifs chiffrés." Reste à voir si c’est économiquement viable. La production d’énergie renouvelable implique des investissements de départ très importants. Et elle coûte cher en main d’oeuvre. Mais elle offre l’avantage de ne pas avoir besoin de combustibles et d’offrir des perspectives d’emploi.

Aujourd’hui, selon l’APERE, la facture énergétique globale de la Belgique s’élève à 40 milliards d’euros par an. La moitié de ces 40 milliards représente l’achat de combustible fossiles (charbon, gaz naturel et pétrole).

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