Le réchauffement climatique va-t-il rendre le vin belge meilleur ?

 Le réchauffement climatique pourrait entraîner le développement des vins tranquilles (blanc et rouge)" alors que pour le moment, le climat belge convient mieux à des vins blancs effervescents".
Le réchauffement climatique pourrait entraîner le développement des vins tranquilles (blanc et rouge)" alors que pour le moment, le climat belge convient mieux à des vins blancs effervescents". - © THIBAUD MORITZ - AFP

Dans le cadre de l'opération "Le Climat et Moi", vous nous avez posé vos questions sur le climat. L'un ou l'une d'entre vous s'est demandé : le réchauffement du climat va-t-il rendre le vin meilleur en Belgique?

La réponse est oui… mais avec de grandes nuances. Quelques degrés supplémentaires vont théoriquement profiter à la production de vin belge: "Sous l'angle thermique (augmentation de la température), le réchauffement climatique peut être bénéfique, explique Bruno Delvaux, ancien recteur de l’UCL et agronome dont la recherche s’oriente notamment vers la production viticole en Belgique. Un indice intègre la température et la durée du jour pour calculer le potentiel d’une région. En Belgique, cet indice qualifie le climat belge de "frais à très frais" pour la viticulture".

Mais la donne pourrait changer et nos latitudes devenir de plus en plus chaleureuses, accueillantes: "Le réchauffement climatique pourrait entraîner une forte augmentation du potentiel viticole, particulièrement vis-à-vis des vins tranquilles (blanc et rouge)" alors que pour le moment, notre climat convient mieux à des vins blancs effervescents "si le viticulteur ne souhaite pas prendre le risque de récolter ses raisins après le 10 octobre ".

Le verre à moitié plein

Par contre, si le verre est à moitié plein, il est aussi à moitié vide. Car ces effets positifs vont probablement être compensés par l’augmentation des fluctuations climatiques : "Les variations d’une année à l’autre vont aussi augmenter, notamment sur le plan de épisodes de pluie et de l'ensoleillement, dès lors la production viticole aussi", Pas de garanties donc. Surtout que "les conséquences seront variables en fonction du type de vin produit, et en particulier du cépage". En effet, les différents cépages sont adaptés à des conditions supplémentaires. Un changement dans la qualité du sol, l'ensoleillement ou la chaleur obligera sur le long terme les vignerons à changer de cépage et donc de type de vin produit.

SOS France

Côté français par contre, la donne est totalement différente. Les opportunités du Nord deviennent le cauchemar du Sud: "Maintenir la barre du réchauffement climatique en dessous des 2°C est un enjeu vital pour la viticulture française, explique Joël Rochard, spécialiste Climat à l'Institut Français de la Vigne et du Vin. Jusqu'à cette limite, c'est une évolution que l'on peut essayer de gérer, au-delà c'est une révolution qui peut être dévastatrice". Une augmentation marquée de la sécheresse pourrait notamment engendrer des disparitions de cépages, voire de régions viticoles entières, particulièrement autour de la Méditerranée, où "il y a une réelle inquiétude des viticulteurs".

Car si l'on sait adapter la vigne à des sécheresses extrêmes, comme à Santorin (Grèce) ou Lanzarote (Iles Canaries), ces conditions climatiques engendrent des rendements très faibles.

Evolution de(s) goût(s)

Mais le bouleversement dans le rythme de vie naturel de la vigne change les vins eux-mêmes. Il augmente le taux d'alcool et diminue le taux d'acidité du vin, "ce qui a des effets parfois importants sur les arômes en fonction des cépages", ajoute Joël Rochard.

Ces évolutions mettent particulièrement en péril l'exception viticole française, liée à la notion de terroir, qui fait référence à la fois à un climat spécifique et à un territoire délimité.

Une influence sur toute l’agriculture

En fait, toute notre agriculture bénéficie potentiellement de l’augmentation du gaz carbonique dans l’atmosphère. Les plantes ont besoin de CO² pour réaliser leur photosynthèse et plus de carburant équivaut à plus de rendements. Les forêts poussent plus vite, les champs d’orge aussi.

Des études sur le blé démontrent que dans le Nord de l’Europe, les pertes liées à une diminution des précipitations devraient être largement compensées par l’augmentation de la concentration en CO²: "L’agriculture en Belgique dispose d’importantes possibilités d’adaptation qui permettent de faire face au changement climatique au moins jusqu’aux environs de 3°C supplémentaires ", explique un rapport de l’UCL réalisé conjointement avec Greenpeace. Il faut toutefois rester dans le scénario d’une augmentation "raisonnable" car l’effet positif plafonne rapidement.

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